Portraits interactifs et enjeux radiophoniques. L’interface webdoc, nouveau support de l’oralité ?

Sébastien ALLAIN

Carine BEL

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Résumé

Les interfaces webdoc peuvent-elles être le support de l’oralité et du fil d’écoute connus à la radio ? Le projet Bruit Blanc dresse les portraits interactifs sonores de personnalités du transmédia. Réalisés par des étudiants de Master 2, ces portraits ont permis dès 2014 de mettre en évidence trois stratégies de consultation d’un document sonore au travers d’interfaces graphiques minimalistes. Pour interroger le potentiel de ces interfaces, notre cadre théorique croise le cinéma documentaire et le documentaire radiophonique.  De ces travaux émergent des dispositifs propices à la mutation de la posture de l’auditeur.

Mots-clés : portraits, interactivité, documentaire, journalisme, mutation.

Abstract

Can webdoc interfaces support the orality and the listening thread known on the radio? Bruit Blanc project (White Noise) presents interactive sound portraits of personalities of transmedia. Produced by students of Master 2, these portraits have allowed in 2014 to highlight three consultation strategies for a sound document through minimalist graphical interfaces. To examine the potential of these interfaces, our theoretical framework crosses the documentary film and radio documentary. From these works emerge devices conducive to the mutation of the listener’s posture.

Keywords : portraits, interactivity, documentary, journalism, mutation

Resumen

¿Pueden las interfaces webdoc soportar la oralidad y el hilo de escucha conocidos en la radio? El proyecto BruitBlanc presenta retratos sonoros interactivos de personalidades de transmedia. Producidos por estudiantes de Master 2, estos retratos han permitido en 2014 destacar tres estrategias de consulta para un documento sonoro a través de interfaces gráficas minimalistas. Para examinar el potencial de estas interfaces, nuestro marco teórico cruza el documental y documental de radio. De estos trabajos surgen dispositivos conducentes a la mutación de la postura del oyente.

Palabras clave :  retratos, interactividad, documental, periodismo, mutación

La radio change ! La radio se mêle désormais aux autres médias, se consulte via différentes interfaces dont la plupart ajoutent images et interactions. Ce changement ne fait-il pas disparaitre les spécificités de la radio ? Que reste-t-il du flux si le principe d’écoute se transforme en consultation ? Après avoir précisé le contexte de mutation auquel fait face la radio et le cadre institutionnel sur lequel s’appuie cette recherche, nous nous intéresserons spécifiquement au genre documentaire radiophonique et au format webdoc. Notre cadre théorique ancrera ce rapprochement en revenant à leur origine commune : le cinéma documentaire. Trois modes de production seront alors précisés pour arriver au versant pragmatique de cet article résumé en une question : les interfaces webdoc peuvent-elles porter l’oralité des documentaires radiophoniques d’antan ? La réponse passera par la description de trois stratégies de consultation, illustrées par les portraits interactifs sonores réalisés par des étudiants de Master 2[1]. En conclusion, nous reviendrons sur la réinterprétation des modes de production, transformant la posture de l’auditeur, en « utilisateur ».

Contexte

En janvier 2014, lors du 5e Forum Blanc [2], Christilla Huillard-Kann, directrice adjointe du Mouv’ et des nouveaux médias à Radio France, retraçait l’évolution de sa « maison » : « D’abord producteur et diffuseur de flux audio linéaires, Radio France travaille maintenant le délinéarisé, les données associées, le stockage, la valorisation, l’interactivité, l’écoute à la demande, etc. ». Un constat s’impose : s’il y a bien chez Radio France des chantiers spécialement dédiés au son – tels que les enregistrements de concert, la mise à disposition d’archives, l’utilisation de Soundcloud – ou des chantiers dévolus au support du son – tels que la RNT, l’écoute binaurale, l’écoute sur player 5.1, la chaîne tend vers un « enrichissement » du son via d’autres médias ou l’enrichissement des autres médias par le son. Cet enrichissement passe notamment par les caméras robotisées en studio, l’utilisation des smartphones pour les reportages, les coproductions et codiffusions de vidéos ou encore le chantier de la télévision connectée. En somme, Radio France s’investit dans des propositions multimédias où la spécificité de la radio n’est pas affirmée, rejoignant les propositions de ses consœurs télévisuelles France Télévision et Arte ou de l’opérateur Orange : la stratégie de marque où la charte éditoriale prime désormais sur la priorité à un média ou à la compétence historique de chacun.

En contrepoint de ce constat, cet article rend compte d’un projet étudiant nommé Bruit Blanc[3], inscrit au cœur du Forum Blanc, où les étudiants du Master 2 pro EIDI[4] se sont vus confier pour la 2e année consécutive, la conception de portraits interactifs de quatre personnalités du transmédia (cf. Figure 1). Contrairement à l’édition 2013 où le projet reposait sur des tournages vidéos, l’accent a été mis en 2014 sur le média son. L’objectif donné aux élèves était de se documenter en amont, de monter une trame d’entretien, puis de suivre et d’interviewer ces personnalités tout au long de l’événement, afin de dresser leur portrait.

L’objectif pour nous en tant que coordinateurs était d’explorer avec les étudiants la manière de servir le média son via les autres médias, et plus spécifiquement d’explorer la possibilité de restituer un portrait sonore, dans une démarche documentaire et journalistique inspirée par la radio et portée par une interface visuelle type webdoc. Ce type d’interface était a priori le trait d’union idéal, désigné par ailleurs par Deleu (2013) lorsqu’il écrivait que « la technologie bouleverse [aussi] l’approche du sonore : les programmes de type radiophonique, mais aussi les nouvelles productions médiatiques qui associent son et image (webdoc) ». Quel cadre théorique peut soutenir cette perspective ?

Figure 1                   Figure 1. Les quatre personnalités du projet Bruit Blanc 2014

Cadre théorique

Nos sources théoriques s’appuient sur le cinéma documentaire, source d’inspiration à la fois du documentaire radiophonique et du webdoc. Selon Deleu (2013), le genre documentaire à la radio a en effet été « insufflé par des personnalités de l’audiovisuel (Pierre Chevalier / France Culture, 2006) ou l’institution audiovisuelle tout entière (Arte radio, 2002) ». C’est donc logiquement et méthodologiquement que l’auteur s’est inspiré de la classification des modes de production du cinéma documentaire selon Nichols (1991) pour établir celle du documentaire radiophonique. Pointons tout d’abord les modes dits « d’observation » et « d’interaction » (Nichols, 1991 ; Deleu, 2013), dont la distinction fondamentale est respectivement l’absence ou la présence signifiée de l’instance médiatique. Dans le premier cas, cette instance est absente ou asservie à l’action alors qu’elle fait partie intégrante du dispositif documentaire dans le second. Dans le mode « interaction », la voix de l’instance médiatique est engagée dans un échange avec l’interviewé. Le point commun de ces deux premiers modes est néanmoins de proposer un « récit linéaire ». A l’inverse, un troisième mode dit « poétique », s’il tend comme le mode « observation » à faire disparaître l’instance médiatique, produit le plus souvent un « récit non linéaire » (Deleu, 2013).

D’autres définitions du cinéma documentaire peuvent être mobilisées dans notre cas. Suivant Kilborne (2008), le documentaire se distingue du reportage – au sens journalistique – par une série de couples antagonistes : création d’un langage cinématographique / transmission d’une information ; transmission de la pensée / transmission de faits ; subjectivité assumée / prétention à  l’objectivité ; choix esthétiques et éthiques / usage d’effets de réalité. Toutefois certains traits caractéristiques leur sont communs et la frontière est parfois levée par les spécialistes eux-mêmes. Selon Niney (2009) notamment, qu’il s’agisse de « reportage, histoire ou documentaire, chacun est censé répondre pour soi et de soi, à commencer par le réalisateur » (p. 69). Dans le cas de la radio, c’est le justement « journaliste » qui devient documentariste, le programme profitant alors de conditions et d’un traitement particuliers réunis en une définition : le documentaire radiophonique est « un dispositif à caractère didactique, informatif et (ou) créatif, présentant des documents authentiques, qui suppose l’enregistrement de sons, une sélection de ceux-ci opérée par un travail de montage, leur agencement selon une construction déterminée, leur mise en ondes définitive effectuée par un travail de mixage, selon une réalisation préétablie, dans des conditions qui ne sont pas celles du direct ou du faux direct. » (Deleu, 2013 : 79). On entendra ici par « construction déterminée » l’idée d’une scénarisation telle qu’elle est décrite pour le cinéma documentaire : « une stratégie (…) respectueuse d’une réalité en devenir » (Bories, 2001).

Le rapprochement de ces deux champs – cinéma documentaire et radio – via l’interface webdoc invite donc à se préoccuper en premier lieu du mode de production qui relie. Nous verrons plus tard que la posture de l’auditeur devenu utilisateur impose une révision importante, « la réalité en devenir » prenant également sens dans l’actualisation de cette réalité.

Proposition

Le cadre théorique ainsi posé, notre question principale et proposition de travail pour les étudiants consiste à savoir comment préserver le principe d’écoute tout en proposant une consultation via une interface type webdoc. Notre hypothèse est que de telles interfaces peuvent favoriser un aller-retour entre écoute pure et manipulation visuelle, d’une part en assurant un flux pouvant parcourir l’ensemble du portrait ; et d’autre part en incorporant des éléments sonores pour repérer les points d’interaction et engager une exploration intentionnelle. En résumé la perspective était d’avoir une piste audio principale portant un contenu dont les différents segments s’agencent automatiquement et une piste additionnelle formée avec des jalons sonores qui indique lorsqu’il est possible de prendre « la main sur l’écoute ». Il faut encore préciser que ce projet ne vise pas l’enrichissement ou l’augmentation d’un enregistrement sonore préexistant tel que peut le décrire Guglielmone (2012). Dans ce cas, une logique de remédiation vise à « prendre en compte le flux radiophonique stable dans son intégralité et subséquemment, d’ajouter les fonctionnalités de navigation » (ibid :  133). La capacité technique inhérente au numérique permet alors une « fragmentation, déconstruction et reconfiguration » (idem) du flux par les auteurs. En contrepoint, il s’agit ici de penser à la fois l’interaction entre des séquences sonores et l’interaction entre ces séquences et d’autres médias, avant de les produire conjointement, ex nihilo.

Le cahier des charges donné aux étudiants peut se résumer ainsi :

  • Proposer un portrait organisé suivant 4 thématiques,
  • Offrir une consultation selon des chemins multiples, à la fois au sein des thématiques et entre ces thématiques,
  • Envisager l’expérience utilisateur sur une durée allant de 1à 4 minutes – la consultation se faisant au sein d’une durée totale de 30 minutes de montages.
  • Proposer une écoute qui se poursuit, si l’utilisateur n’intervient pas.
  • Et enfin, utiliser exclusivement le logiciel Klynt, jusque-là dévolu aux webdoc dont l’image est le matériau principal.

Résultats

Alors quels résultats pour préserver le principe d’écoute ? À la suite de plusieurs mois de conception et de réalisation, les projets finalisés ont mis en exergue trois stratégies de consultation.

Écoute chapitrée

Première stratégie, le portrait de Camille Duvelleroy est construit à partir de quatre de ses projets professionnels. Ce découpage nous amène à parler de « chapitrage », d’autant qu’au sein de chaque projet, les séquences sont elles-mêmes chapitrées (point blanc) (cf. Figure 2). On notera que les séquences sont parsemées de contenus additionnels et de renvois vers les autres projets, répondant en cela au cahier des charges. La lecture est séquentielle, car le flux principal est suspendu lors de la consultation des séquences additionnelles. Le mode de production s’apparente à « l’observation », car toute trace des questions à l’interviewée a été supprimée. Par ailleurs, la ligne de temps symbolise en elle-même des portions de récit linéaires.

Figure 2                                   Figure 2. Portrait de Camille Duvelleroy

Écoute trans-thématique

Autre stratégie, si la structure du portrait de Paul Young est assez similaire au portrait précédent, la différence réside dans les parcours qui sont ici formalisés, à la manière d’un réseau, d’une structuration « synaptique » (cf. Figure 3). Toutes les séquences sont mises à plat via une matrice et les connexions assurent la cohérence entre les séquences cliquables. Depuis l’entrée « Network » présentée ci-dessous, deux autres séquences reliées sont cliquables pour poursuivre l’écoute. Les connexions renvoient soit vers la même thématique, soit vers les trois autres, ce qui nous amène à parler d’une lecture « trans-thématique ». Cette fois, le mode de production est à rapprocher du « poétique » : Paul Young a livré à la fois un discours imagé et en soit poétique ; plus encore, il l’a livré par bribes et rebonds successifs, produisant des unités signifiantes disjointes qui inscrivent ce portrait dans une production « non linéaire » caractéristique de ce mode. Pour qualifier cette interface plus avant, nous sommes tentés d’emprunter les mots de Deleu lorsqu’il parle de la voix de l’instance médiatique pour ce mode : son rôle « n’est pas forcément de guider, d’orienter, ou d’être perçue comme [une voix] repère. Tout au contraire, [cette voix] (elle) peut raconter, étonner, déstabiliser […] » (Deleu, 2013 :168).

fig3                                         Figure 3. Portrait de Paul Young

Écoute désolidarisée

Dernière stratégie, la lecture du portrait de Pierre-Mathieu Fortin donne lieu à une écoute et une consultation « désolidarisées ». La partie écoute est à droite dans la grande colonne et la partie consultation dans les deux colonnes de gauche (cf. Figure 4). On retrouve à droite le principe d’une ligne de temps comme dans le portrait de Camille Duvelleroy[5], mais ici le flux audio se poursuit lors de l’exploration des contenus textuels dans les menus de gauche. Par cette exploration désolidarisée ou désynchronisée, l’utilisateur précède ainsi l’interruption du flux en repérant les séquences qu’il souhaitera enchainer.

FIG4                                 Figure 4. Portrait de Pierre-Mathieu Fortin

Au-delà de ces stratégies, quelle a été l’utilisation des autres médias pour préserver la prédominance de l’oralité ? Très vite, les choix se sont portés sur des interfaces épurées, écartant la présence de photos ou de vidéos qui pourraient venir contrarier la priorité donnée au son. Intuitivement, les groupes ont développé un travail graphique centré sur le symbolique – visuels créés à partir de formes géométriques et leurs significations : rond, croix ou viseur du photographe (cf. Figure 5 et 6) – et le monochrome (cf. Figure 7) ou le dégradé (cf. Figure 8), faisant écho à la notion de flux et d’amplitude sonores.

FIG5

      Figure 5 et 6. Usage du visuel, le symbolique pour l’univers de l’interviewé

Quant au média texte ? L’usage du texte s’est généralisé pour guider l’utilisateur. Il s’est avéré précieux pour signifier des parcours et signaler des points d’interactions (cf. Figure 7 et 8). Dans chacun des portraits, on retrouve, des textes-titres introduisant une narration – « Camille au pays du transmédia », « Écouter le hors-champs », « A little dive info Paul Young’s mind », « Storytelling d’un parcours éclectique » –, des textes-boutons servant de repères informatifs, des textes-citations – portant la voix de l’interviewé, comme une façon de scander son discours. De fait, ces textes ne servent pas la présence de l’instance médiatique et focalisent sur l’interviewé. On retrouve là les spécificités du documentaire intimiste de type biographique qui « conduit souvent l’instance médiatique à s’effacer comme énonciateur, au profit du personnage placé au centre du dispositif, omniprésent, qui semble guider l’évolution du récit. » (Deleu, 2013 : 159).

FIG6   Figure 7 et 8. Usage du texte pour guider l’utilisateur dans le contenu sonore

Analyse

Alors que dans « radio enrichie », l’auteur fractionne le flux à la production, dans les portraits présentés ci-dessus, il ouvre la possibilité à l’auditeur de prendre la main pour rassembler les séquences et organiser ce flux, suivant différentes stratégies. L’auditeur des portraits peut ainsi, alterner entre deux options : se laisser porter par le flux automatiquement organisé par le webdoc ou conduire son propre parcours à travers les navigations suggérées. Dès lors les termes de l’équation sont renversés : le fil d’écoute étant intimement lié à l’utilisateur, la consultation n’est pas un frein à l’écoute, mais son origine. Du point de vue de l’auditeur c’est l’actualisation du matériau – en lui-même multilinéaire – qui donne lieu à un flux, à une écoute continue, ce que Saint-Martin et al. (2009) appellent « une forme de montage souple “non fixé” de l’auditeur ».

Ce renversement n’en appelle-t-il pas un autre ? L’importance donnée aux modes de production ne doit-elle pas basculer du côté des modes de réception ? Il nous faut tout d’abord constater la transposition des postures engendrée par l’hypermédia : le journaliste / documentariste devient designer d’interaction et l’auditeur devient utilisateur (cf. Figure 9. Transposition des postures). Le choix de tous les groupes de ne pas signifier la présence du documentariste (l’instance médiatique) met l’accent sur cette posture d’utilisateur. Cette mise en retrait de l’instance médiatique favorise la prise directe de l’utilisateur sur le flux oratoire et l’ordonnancement ou la mise en phase du discours sur l’attente de l’utilisateur. On le comprend  ici, le respect « d’une réalité en devenir » est cette des choix d’organisation du fil d’écoute.

Au-delà de cette transposition, il s’agit bien d’un renversement : en nous appuyant sur des travaux consacrés aux jeux sérieux documentaires ou serious doc game (Allain, 2013), nous pouvons aussi constater que cet utilisateur a une double posture. Sur un second plan, il devient aussi l’objet du dispositif d’écoute, c’est-à-dire un interviewé : ses choix et ses intentions sont « écoutés » en temps réel par le programme, qui a pour but premier de servir l’interaction. Par ailleurs, ses traces d’activités seront analysées a posteriori par le designer d’interaction pour suivre la fréquentation de son projet, améliorer son accessibilité, valoriser les parcours les moins fréquentés, etc. Enfin, cet utilisateur peut être écouté par d’autres utilisateurs, via l’utilisation de moyens de communication additionnels, de partages d’expériences, témoignages, autoportrait, tel qu’il est pratiqué dans le mouvement i-docs !

fig9Figure 9. Transposition des postures sur deux plans (gris clair / gris foncé)

Conclusion

À l’heure du webdoc, i-docs, docu-game, news game ou encore serious doc game, dans un contexte où les formats s’hybrident, où les récits débordent les plateformes et où la consultation de l’information est ubiquitaire, ces travaux montrent que la radio a tout autant à s’inspirer des usages émergents, qu’à affirmer sa spécificité : son matériau principal, la prépondérance de l’audio sur les autres médias, en un mot son oralité.

Le son captive ! Nous avons été surpris par la curiosité des participants côtoyés lors du Forum Blanc à propos de ces portraits sonores, tant du côté des auteurs que celui des diffuseurs. L’usage du son en matière d’oralité et de flux est pour eux un questionnement de plus en plus abordé. Le son serait-il un média propice à l’interaction ? Pour le philosophe Nancy (2002), « l’image serait tendancieusement mimétique et le son tendanciellement méthexique – c’est-à-dire dans l’ordre de la participation, du partage ou de la contagion » (ibid :25). C’est alors tout autant les modes de production que les modes de réception qui importent. De ce point de vue, les propositions des étudiants du Master 2 EIDI à la fois préservent et renouvellent le principe d’écoute. Si les enjeux radiophoniques ont été cette année encore minoritaires dans les conférences du Forum Blanc, la question de l’écoute aura concerné l’ensemble des projets transmédia et sera finalement au cœur de ces portraits qui le restituent.

Le projet ayant reçu un excellent accueil en 2014, il a été reconduit en 2015 pour dresser les portraits interactifs sonores de François Le Gall, producteur interactif (Camera Talk Productions), de Michel Reilhac, architecte narratif, designer d’expérience (Mélange) et de Margaux Missika, productrice (Upian). Puis en 2016 avec la réintroduction d’une touche d’image photographique pour les portraits de Pierre Cattan, producteur transmédia (Small Bang), Claire Leproust (Association des producteurs d’expériences numériques / Fablab Channel), Chloé Jarry, productrice nouveaux médias (Camera Lucida) et Simon Bouisson, auteur, réalisateur. L’ensemble des portraits est consultable en ligne (voir bibliographie).

Bibliographie

ALLAIN Sebastien.  Serious game et perception du réel : lecture documentarisante et potentiel cognitif. Thèse des Universités de Genève et Grenoble, 2013. [En ligne]. http://bit.ly/seriousdocgame

ANTHEAUME Alice.  Le Journalisme numérique, Paris : Presses de Sciences Po, 2013, 192 p.

BORIES Claudine.  Association des cinéastes documentaristes (France), Comment peut-on anticiper le réel ? Paris : ADDOC, 2001, Cinéma documentaire.

CIMELIERE Olivier.  Journalistes, nous avons besoin de vous ! Edicool, 2011, 237 p.

CHRISTOFFEL David. Utopies délinéaires, Colloque international Vers la post radio, 26 au 28 novembre 2009, Paris.

CYRULNIK Natacha. Représenter le monde et agir avec lui : la méthode du documentaire de création. Thèse de l’Université de Sud Toulon Var,  2008.

DELEU Christophe. Le documentaire radiophonique. Paris : L’Harmattan, INA éditions, 2013.

DESHAYS Daniel. De l’écriture sonore, 1999,  Entre vues, 239 p.

GUGLIELMONE Isabel. La radio « enrichie ». Nouveau support, nouveau récit ? Recherches en communication, n° 37, 2012.

KILBORNE Yann. L’expérience documentaire. Approche communicationnelle du cinéma de réalité. Thèse de l’Université de Paris 8, 2008,

NANCY Jean-Luc.  À l’écoute, éditions Galilée,  2002, 85 p.

NICHOLS Bill. Representing Reality: Issues and Concepts in Documentary, Indiana University Press, 1991, 313 p.

NINEY François. Le documentaire et ses faux-semblants, Klincksieck, 2009, 207 p.

Portraits interactifs réalisés en 2013 par les élèves du Master 2 EIDI [En ligne]. (consulté le 10 septembre 2015) : http://bit.ly/Au-Blanc2013

Portraits interactifs sonores réalisés en 2014 par les élèves du Master 2 EIDI[En ligne] [(consulté le10 septembre 2015) : http://bit.ly/bruit-blanc-2014

Portraits interactifs sonores réalisés en 2015 par les élèves du Master 2 EIDI [En ligne] [(consulté le10 septembre 201)5 : http://bit.ly/bruit-blanc-2

SAINT-MARTIN Dominique et al., Écouter, voir. Radio & hypermédia, Colloque international Vers la post radio, Paris, 26 au 28 novembre 2009.

Notes

[1] En tant que coordonnateurs du projet Bruit Blanc, Sébastien Allain et Carine Bel tiennent à remercier Patrick Eveno et Christelle Rony de CITA pour leur confiance, Sabine Demri et Ghislaine Chabert de la CCI Formation et de l’Université Savoie Mont Blanc qui dirigeaient le Master 2 EIDI, l’ensemble des intervenants du projet, Florent Pitiot (conception sonore), Thierry Morlet (ergonomie), Pierre-Alexandre Cavé (intégration Klynt) et bien entendu les étudiants pour leur travail et leur implication.

[2] Convention internationale réunissant les professionnels du transmédia ou crossmédia qui accueille pour la 1re fois Radio France parmi ses intervenants.

[3] Outre le fait de garder une résonance avec le titre de la convention Forum Blanc, l’expression Bruit Blanc a été choisie pour évoquer l’effet sonore de la « neige », produit sur les téléviseurs analogiques déréglés, autre interface en question.

[4] Master 2 pro EIDI – Écriture interactive et design d’interaction, formation de la CCI Haute-Savoie en collaboration avec l’Université Savoie Mont Blanc. L’objectif donné aux élèves était de se documenter en amont, de monter une trame d’entretien, puis de suivre et d’interviewer ces personnalités tout au long de l’événement, afin de dresser leur portrait.

[5] En effet, si les trois descriptions appuient les lignes de force de chaque stratégie, celles-ci ne sont pas exclusives.

Pour citer cet article

Référence électronique

Sébastien ALLAIN, Carine BEL, « Portraits interactifs et enjeux radiophoniques. L’interface webdoc, nouveau support de l’oralité ? », RadioMorphoses, [En ligne], n°2 – 2017, mis en ligne le «22/10/2017», URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2016/12/27/portraits/

Auteurs

Sébastien ALLAIN est chercheur associé au TECFA (Université de Genève), LLSETI (Université Savoie Mont Blanc), membre de la chaire UNESCO ITEN, Membre de l’OMNSH, docteur en sciences de l’information-communication et en sciences de l’éducation.

Courriel : sebastien.ashm@gmail.com

Carine BEL est journaliste et conceptrice rédactrice indépendante, agence carinebelstudio.

Courriel : carinebelstudio@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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