Les enjeux de la numérisation de la radio au Niger

Idé HAMANI

Séverine EQUOY HUTIN

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Résumé

Au Niger, le processus de numérisation en cours recouvre des enjeux à la fois sociopolitiques, communicationnels et techniques. Ces changements ont un impact significatif tant sur le plan des pratiques professionnelles des journalistes que sur celui des pratiques d’écoute chez les ruraux qui représentent près de 80% de la population. Cet article se fonde sur une enquête de terrain menée au Niger en mai 2014 et de juin à août 2015. L’enquête s’intéresse aux usages de la radio dans le contexte de la numérisation et permet de mettre en exergue d’une part les mutations qu’engendre la numérisation de la radio ; d’autre part les difficultés qui peuvent se poser sur les plans éducatifs, financiers, matériels et techniques.

Mots clés : radio numérique, Niger, mutations, enjeux, alphabétisation, population, journaliste.

Abstract

In Niger, the process of digital radio simultaneously covers sociopolitical, communication, and technical stakes. These changes have a significant impact from the point of view of the practices of professional journalists and that of rural, agricultural listeners, who constitute 80% of the general population. This article is based on survey conducted in Niger in May, 2014 and between June and August, 2015. The investigation focused on the uses of radio in the digital context, and shows on the one hand the transformations engendered by digital radio, and on the other hand the difficulties the process can impose on educational, financial, material and technical plans.

Keywords: Digital radio, Niger, transformations, stakes, elimination of illiteracy, population, journalist.

Resumen

En Níger, el proceso de digitalización actual recubre confluencias a la vez sociopolíticas, comunicacionales y técnicas. Según el plan de prácticas profesionales de los periodistas, estos cambios tienen un impacto significativo tanto desde el plano de las prácticas profesionales de los periodistas como acerca de las modalidades de escucha de la población rural, que representa alrededor del 80 % de la población. Este artículo se basa en una encuesta de campo realizada en Níger en mayo de 2014 y junio-agosto de 2015. La encuesta se interesa en los usos de la radio en el contexto de la digitalización y permite poner de relieve, por un lado, las mutaciones que engendra la digitalización de la radio, y por otro, las dificultades que pueden plantearse desde los planos educativos, financieros, materiales y técnicos.

Palabras claves: radio digital, Níger, cambios, confluencias, alfabetización, población, periodista.

Les radios du Niger ont fait l’objet d’études à la fois historiques et communicationnelles (Tudesq, 2002) qui se sont développées en relation avec la création spontanée de journaux et radios privées à partir des années 1990, dans le contexte de la démocratisation et du développement des médias en Afrique (Frère 2000 ; Frère 2015 ; Frère 2016). Avec l’avènement du numérique[1] à partir des années 2000, les changements des pratiques radiophoniques ont un impact significatif sur les professionnels du journalisme et posent le problème de leur qualification, de leur statut et de leur formation. Ils ont également une incidence sur l’écoute de l’ensemble des auditeurs, notamment les ruraux qui représentent près de 80% de la population nigérienne.

Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ne suit pas le même rythme dans tous les pays du monde. En Afrique, les enjeux liés à la numérisation des médias soulèvent des questions financières, engagent des ressources humaines qualifiées, dépendent du niveau d’éducation des auditeurs, etc. L’exploitation radiophonique connaît une avancée remarquable dans les pays anglophones comme l’Afrique du Sud, le Nigeria ou la Tanzanie alors que ce n’est pas le cas pour les pays francophones, notamment le Niger. À l’instar de ces pays anglophones qui, selon Guy Berger, ont démarré l’expérimentation de la télévision numérique en 2014, le Niger a cependant inauguré celle-ci en juin 2015 et prévoit la numérisation des radios en 2020. Dans cette étude, nous nous intéressons à ce programme de numérisation des médias afin de comprendre dans quelle mesure la numérisation de la radio peut bénéficier aux auditeurs et aux journalistes nigériens. Cet article s’inscrit donc dans une démarche visant à mettre en relief les facteurs motivants et les freins à l’introduction de la radio numérique dans ce pays où coexistent neuf groupes ethnolinguistiques. Nous nous appuierons sur une enquête construite à partir de méthodes mobilisées en sciences de l’information communication (Derèze, 2009 ; Copans, 2005) en tenant compte des spécificités ethnolinguistiques du terrain. L’enquête menée au Niger en mai 2014 et de juin à août 2015 porte en effet sur les usages de la radio dans le contexte de la numérisation à travers trois types de populations : les journalistes de radio du Niger, les populations en milieu urbain et les ruraux[2]. Après avoir rappelé très sommairement l’histoire de la radio au Niger, nous évoquerons ce contexte et les mutations profondes que celle-ci engendre dans le fonctionnement de ce média. Dans un second temps, nous examinerons les difficultés que le processus de numérisation peut soulever sur les plans financiers, matériels et techniques.

La radio au Niger : de l’hertzien au numérique

En 1958, deux ans avant son indépendance, le Niger s’est doté d’un émetteur radio. Cette radio d’État, la Voix du Sahel, est restée unique jusqu’à l’ouverture démocratique survenue dans les années 1990 qui a permis le pluralisme médiatique. L’aperçu historique que nous proposons ici vise à mieux comprendre le contexte de l’introduction des nouvelles technologies de communication (NTIC).

Aperçu historique

La radio nationale, première station du Niger, a été créée le 18 octobre 1958, à la veille de l’indépendance, sous le nom de Radio Niger. À l’époque, elle disposait d’un émetteur de petite puissance qui ne permettait de couvrir que la capitale et ses environs. En 1974, à la suite d’un coup d’État militaire, elle change de nom et devient la Voix du Sahel. Sur le plan institutionnel, elle fait partie de l’Office de Radiodiffusion Télévision du Niger (ORTN), créé le 11 février 1967. La modulation de fréquence (FM) a été introduite en 1983 avec la construction de la maison de la radio par le projet de coopération allemande GTZ (Agence allemande de coopération technique). Le même projet a permis l’édification des bâtiments dans toutes les provinces pour créer des stations régionales qu’on appelle « des radios de région » ou « radio djahar » en langue haoussa.

Niger

Figure 1 : Le Niger et les pays limitrophes

http://www.canalmonde.fr/r-annuaire-tourisme/monde/guides/cartes.php?p=ne, consulté le 10/04/2016

Après le coup d’État de 2010, la Voix du Sahel a été dotée de trois consoles modernes. En 2015, elle fonctionne avec cinq consoles dont une a été acquise pour renforcer les capacités de la radio à l’occasion des préparatifs des cinquièmes jeux de la francophonie organisés au Niger. Dans le cadre du programme de la TNT, de nouveaux émetteurs de télévision sont déjà installés dans quatre régions, notamment à Niamey, Dosso, Maradi et Zinder (fig. 1). Progressivement, les autres régions bénéficieront des mêmes équipements. Cette transition concerne à la fois les télévisions et les stations de radio.

Les étapes de la numérisation

Selon Guy Berger, la décision de la numérisation des médias africains a été prise en 2006 lors d’une conférence des radiocommunications par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT). La décision, approuvée par 101 pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient, a conduit tous les pays africains dans un processus devant s’achever fin 2015. Une deuxième échéance a été proposée pour des pays n’ayant pas été en mesure de mettre en œuvre de grandes avancées technologiques. L’année 2020 a été retenue pour certains pays dont le Niger (Berger, 2011). Dans ce processus, il est important de rappeler que la plupart des radios du Niger ne disposent pas encore de sites internet et celles qui en disposent ne diffusent pas en streaming.

À Niamey, le 17 juin 2015, a été inaugurée la Télévision Numérique Terrestre (TNT). Au centre émetteur PK-5, un émetteur télé numérique pour toutes les télévisions de la capitale a été mis en place. Selon le directeur de la radio nationale, les matériels de production, d’exploitation et les studios sont en voie de renouvellement. Le déploiement de consoles numériques, dont le remplacement est prévu au courant 2016, prévoit également l’acquisition d’équipements (lecteurs de bandes magnétiques), qui permettraient de transférer toutes les données, les archives sonores sur des disques durs et sur des serveurs de stockage de données. L’introduction des NTIC permet ainsi d’observer un changement profond dans le paysage radiophonique nigérien.

L’introduction des NTIC au Niger

Le Niger dispose de connexions internet depuis le 13 novembre 1996. Dans le cadre de sa politique nationale concernant les NTIC, l’État a défini un certain nombre d’actions de renforcement des médias avec l’appui du PNUD et de l’UNICEF. En juillet 2007 a été adoptée une stratégie d’accès universel aux services de communication et d’information en milieu rural et périurbain. L’objectif était de doter toutes les communes rurales en infrastructures pour permettre l’accès aux services de la téléphonie et d’internet avant la fin 2015. Le Niger avait obtenu lors de la rencontre « ICT Ghana 2008 »[3], le financement d’une étude de faisabilité et de réalisation d’un backbone[4] national devant relier la région de Tillabéry (fig. 1) à la frontière avec le Tchad (IPAO, 2008). C’est en juin 2015 qu’a eu lieu à Tillabéry le lancement de ces travaux de construction du backbone national. La réalisation de ce projet s’ajoute également à celui de la liaison « fibre optique » entre l’Algérie, le Niger et le Nigeria. Le constat que l’on peut faire aujourd’hui au Niger est que le développement de l’informatique et du Web a changé le mode de production des radios.

L’évolution de l’usage de l’internet a engendré de fortes implications de la part des hommes et des femmes de radio dans les activités de production (Lafrance, 2013). Avant l’avènement de l’internet, pour envoyer des sons ou des fichiers télévisuels à la radio mère ou à la télévision nationale, les journalistes des stations régionales utilisaient un faisceau. C’était par ce biais que la station régionale diffusait son signal et recevait le signal de la radio nationale et de la télévision. Quand les journalistes produisaient un élément pour la radio nationale, ils élaboraient les montages compilés dans une cassette. Ensuite, le ou la journaliste se rendait au faisceau pour se connecter avec Niamey et procéder à l’envoi. Désormais, dans toutes les stations régionales, c’est par internet que les journalistes des régions envoient leurs productions à partir des salles de montage. Aujourd’hui, le téléphone portable joue un rôle capital dans les activités de la radiodiffusion entre les journalistes et entre journalistes et auditeurs. Il permet aux auditeurs d’appeler directement les studios lors des émissions participatives notamment « sujet du jour »[5]. Cela explique que, dans le quotidien du journaliste d’aujourd’hui, en plus du téléphone fixe présent dans le studio, le téléphone portable joue un rôle primordial. Ce dernier a encore un autre rôle : il se substitue au micro parce qu’il permet de capter plus facilement des sons (Damome, 2016). Il constitue un matériel très simple par rapport à la lourdeur des anciens enregistreurs. Le téléphone portable permet d’enregistrer, de stocker et facilite également la transmission de ces sons aux collègues présents en studio. De plus, il donne la possibilité aux journalistes de diffuser en direct un événement grâce à un appel téléphonique. Avec le smartphone qui s’est répandu dans toutes les localités du Niger, le nombre d’auditeurs se multiplie, participant ainsi au passage vers la radio numérique.

Les acteurs de la numérisation et leurs motivations

Le processus de numérisation des médias est en cours dans tous les pays africains et selon le Directeur général de l’ORTN, Loïc Crespin, le Niger figure parmi les pays les plus avancés. En 2015, pendant notre enquête, la numérisation de la radio n’était pas encore d’actualité. Les responsables chargés de conduire le processus se consacraient alors à la TNT, projet pilote dans l’ensemble du processus.

L’État constitue le premier acteur de cette numérisation : selon Abdou Mani, ministre des Télécommunications, des Postes et de l’Économie numérique du Niger, l’État juge nécessaire d’accompagner la population pour qu’elle s’approprie la TNT, car, initialement, une certaine ambiguïté règne, liée aux modalités d’acquisition des équipements numériques. L’octroi du marché de la TNT a soulevé des interrogations à la fois dans la population et dans l’opposition politique qui avait publié un « livre blanc », accusant le gouvernement d’avoir passé le marché de la TNT de gré à gré. Le gouvernement a lancé une campagne de communication visant à sensibiliser les populations sur la TNT, à travers les chaînes de télévision publiques et privées ainsi que la presse écrite et les stations de radio. Parmi les dispositions prises, une phase de transition permettant de faire émettre simultanément l’ancien et le nouveau signal a été prévue. Une autre étape du plan d’accompagnement gouvernemental a consisté à doter l’ensemble des foyers nigériens de décodeurs, c’est-à-dire de boîtiers permettant de gérer la diffusion des deux signaux. Le ministre des Télécommunications souhaite que « […] les Nigériens ne soient pas victimes de l’avènement de la TNT et qu’ils en profitent […] Je suis le président du comité interministériel, mais il ne m’appartient pas de prendre la décision de dire que le décodeur va être vendu ou donné gratuitement […] Nous allons plaider au sein du comité pour que, dans la mesure du possible, le décodeur soit donné gratuitement à la population et à défaut être vendu pour le franc symbolique. Nous connaissons le pouvoir d’achat des Nigériens et si nous prenons le risque de faire de la surenchère sur le décodeur, ça va bloquer complètement le projet de la TNT, et ce n’est pas notre objectif[6]. »

Sur le plan législatif, selon le directeur de communication du Conseil Supérieur de la Communication (CSC)[7], quel que soit le niveau d’alphabétisation, la population est capable de s’approprier les NTIC sans que de nouvelles lois ne viennent régir leur usage. L’exemple le plus probant est celui de l’introduction pour la première fois du téléphone mobile au Niger qui s’est imposé jusqu’à devenir un véritable loisir.

Sur le plan socio-économique, la TNT suscite le renouvellement du matériel de production et de diffusion dans les centres existants et la création de nouveaux centres de diffusion[8]. Le projet recouvre donc des enjeux en termes d’emplois.

Les professionnels des médias, et notamment les techniciens qui travaillent dans les centres émetteurs, sont également très enthousiastes. Le passage au numérique offre aux professionnels des possibilités nouvelles pour la réalisation de projets permettant par exemple de coupler un projet de la radio numérique terrestre (RNT) avec la TNT : « A mon avis la RNT peut bien marcher puisqu’on peut l’injecter dans le programme de la TNT sous forme de RDS (radio data système). »[9]. La plupart des journalistes que nous avons rencontrés voient le projet de numérisation d’un bon œil : pour Sitou Issa Bachirou, Directeur Général de la radio Al-Ummah, elle permet une large diffusion des émissions à travers l’utilisation des sites web, les streamings audio, les réseaux sociaux, les applications androïdes et le système d’exploitation mobile « IOS ».

La situation des radios nigériennes et les défis du numérique

Au Niger, comme dans beaucoup de pays, la FM est presque saturée : il n’y a plus de fréquences libres pour les nouveaux demandeurs et il faut attendre un désistement ou la fermeture d’une station pour bénéficier de sa fréquence. Cela provoque souvent des interférences entre deux radios qui utilisent la même fréquence dans une zone[10]. Avec la numérisation, plusieurs radios pourront diffuser sur une seule fréquence sans interférences. En effet, la radio numérique donne une possibilité de diffuser plusieurs programmes sur la même fréquence à travers le système de multiplexage, contrairement à l’analogique. Grâce aux différentes possibilités de diffusion qu’offre la numérisation, la plupart des radios publiques et privées ont pu développer des programmes en ligne, dits web programmes, tout à fait inédits. Le numérique, avec les possibilités de stockage et d’archivage des émissions, devrait être une réponse durable aux problèmes de conservation des archives : il ouvre la voie à un accès au plus grand nombre (Cavelier, Morel-Maroger, 2005 : 90-91). Si la numérisation démocratise l’accès aux archives, elle pourrait également être une alternative pour l’écoute des radios analogiques et favoriser la pénétration des web radios chez les ruraux. Des cultivateurs de Boubon et de Karma que nous avons rencontrés nous ont témoigné de leur goût pour la musique pendant les travaux agricoles. Ceux-ci souhaiteraient que les radios diffusent plus de musique lorsqu’ils travaillent dans les champs. Celle-ci les accompagne et les motive. La radio numérique pourrait conquérir ainsi le monde rural par les programmes musicaux (Pedroia, 2012). On peut également postuler qu’elle permettra aux radios associatives et aux animateurs de se constituer plus facilement en petits réseaux. Toutefois, la numérisation peut soulever des problèmes pour certaines stations. Les radios privées et les radios associatives n’ont pas de ressources humaines et financières suffisantes pour supporter les coûts de la redevance destinés à l’entretien des matériels numériques. C’est dans ce contexte que nous avons choisi de conduire une enquête de terrain afin de mieux cerner les attentes des populations et des professionnels quant à la numérisation des radios.

Enquête sur les pratiques radiophoniques au Niger

Notre enquête de terrain au Niger a pour objectif de déterminer les attentes des populations rurales et urbaines ainsi que celles des journalistes dans le cadre du projet de numérisation de la radio. De manière générale, une enquête de terrain permet de mieux comprendre le comportement et la perception d’un groupe de personnes sur un sujet donné par un recueil d’informations ciblées. Elle est utilisée dans de nombreux domaines scientifiques, notamment en anthropologie, en sociologie, en sociolinguistique, en communication, en journalisme, etc. Elle permet de disposer d’informations inaccessibles par d’autres méthodes. Les techniques d’enquête varient en fonction des hypothèses, des besoins et des attentes de l’analyste.

Les techniques d’enquêtes en information-communication

Pour mener une investigation « localisée », c’est-à-dire une étude sur un terrain délimité et circonscrit, Gerard Derèze propose trois types d’observations : directe, secondaire et furtive (Derèze, 2009 : 89-90). Jean Copans (2005) propose, quant à lui, une démarche d’observation participante qui correspond à l’observation directe de Derèze. L’empan temporel et le(s) type(s) de populations à observer constituent deux paramètres fondamentaux : notre étude s’est concentrée sur trois catégories : les professionnels de radio, les populations urbaines et les ruraux. L’approche par le terrain doit permettre d’appréhender dans quelle mesure la situation socio-économique et sociale du Niger configure le processus de numérisation de la radio et quels sont les facteurs qui conditionnent le processus, l’accélèrent ou le freinent.

Présentation de l’enquête

Pour comprendre l’environnement radiophonique (Cheval, 2003), notamment les nouvelles pratiques d’écoute chez les auditeurs, comme les pratiques professionnelles des journalistes de radio, nous avons donc réalisé une enquête durant l’été 2015 auprès d’auditeurs dans deux quartiers de Niamey, auprès de populations agricoles et auprès de professionnels de la radio. Pour cela, nous avons réalisé d’une part une enquête par questionnaire auprès d’auditeurs et de journalistes et d’autre part des entretiens semi-directifs avec les responsables des stations de la Voix du Sahel, de la station régionale de Maradi (fig. 1), de la radio Alternative, de la radio Al-ummah et le directeur technique de la radio d’IFTIC. Cette méthode par questionnaire nous a paru la plus adaptée au vu des difficultés à trouver les journalistes sur place. Nous avons donc déposé des exemplaires que les professionnels ont renseignés après leur passage au studio. Pour les professionnels des médias, nous avons adapté la formulation et le contenu des questionnaires afin de nous adapter au mieux à leur milieu socioprofessionnel et à leur quotidien. Pour les auditeurs, les latitudes de l’enquête ont permis de les mettre dans une situation confortable, propice au dialogue et à la confiance.

La démarche de l’observation participante (Copans, 2005) recommande le balisage d’un empan temporel. En nous inspirant de cette méthode, nous avons choisi la période qui s’étend de juin à août 2015. Au Niger, c’est à ce moment-là qu’ont lieu les travaux agricoles, mais cela correspondait également au moment des préparatifs pour les élections présidentielles de 2016.

Notre choix s’est porté sur les populations rurales, mais également sur deux arrondissements communaux de la capitale Niamey II et V. Nous avons sélectionné les quartiers de Lamordé (commune V) et Boukoki (commune II), en raison de la forte concentration des populations et de la représentativité des neuf groupes ethnolinguistiques du pays. Le campus universitaire de Niamey se trouve, quant à lui, à Lamordé (commune V) : nous faisons l’hypothèse que ce quartier concentre davantage d’individus ayant connaissance du processus de numérisation en raison de leur niveau socio-éducatif. Enquêter auprès d’étudiants devait nous permettre de trouver des informateurs ayant d’une part des notions sur la radio numérique grâce à leur niveau éducatif et d’autre part provenant de différentes régions et représentant ainsi tous les groupes ethnolinguistiques du pays.

Quelques résultats

Dans le quartier de Lamordé, 222 personnes ont répondu au questionnaire. Pour Boukoki, 155 personnes ont collaboré à notre enquête. En ce qui concerne les professionnels de radio, nous avons distribué 105 exemplaires dans sept stations de radio notamment à la Voix du Sahel, à Radio Anfani, à Sarraounia Fm, à Dounia Fm, à Radio Ténéré, au groupe Radiotélévision Labari (dont une quinzaine de copies par radio) pour une durée de deux semaines, prolongée une fois à cause de l’insuffisance de réponses obtenues. Nous n’avons finalement récolté que 31 copies sur les 105 distribuées. À Al-Ummah, nous n’avons pas déposé d’exemplaires, car nous n’étions pas informés de son existence au moment de la distribution du questionnaire. C’est plus tard que nous avons soumis un questionnaire, que le directeur général de la station a renseigné. Nous nous sommes également rendus à Boubon et à Karma dans la région de Tillabéry (fig. 1) pour rencontrer des cultivateurs et recueillir leurs témoignages.

Nous allons présenter successivement les résultats des enquêtes menées dans les quartiers de Lamordé et Boukoki puis nous nous intéresserons aux témoignages des cultivateurs et des professionnels.

Observations sur l’enquête de Lamordé et Boukoki

Les 222 enquêtés de Lamordé, âgés de 18 ans et plus, regroupent les habitants du quartier et les étudiants de l’Université Abdou Moumouni de Niamey. Nous n’avons pas voulu les consulter séparément, car notre objectif était d’obtenir des informations liées à la radio numérique sur l’ensemble du quartier. À la question « connaissez-vous la radio numérique ? », 28 personnes ont répondu positivement, soit 12% des répondants ; 177 (soit 80%) disent ne pas connaître la radio numérique, 17 (8%) ont demandé de passer à la question suivante sans donner de réponse.

Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs. On peut d’abord souligner les raisons socioculturelles et l’analphabétisme. Ces deux phénomènes ralentissent l’introduction et le développement des nouvelles technologies liées à l’écoute de la radio. Ensuite, on peut évoquer le manque de curiosité chez certains et l’insuffisance de sensibilisation aux médias numériques pour d’autres. Hors du campus, nous avons appliqué la méthode traditionnelle du « porte à porte » de façon à favoriser la participation des hommes et des femmes de tous âges. 156 des enquêtés répondent qu’ils écoutent quotidiennement la radio pour se tenir informés ou se divertir. Lorsque nous leur avons demandé de choisir entre radio analogique et radio numérique, 79 enquêtés souhaitent pouvoir disposer du numérique et 118 préfèrent rester à l’analogique. Cinq enquêtés ont opté les deux supports de diffusion ; 25 ne se sont pas prononcés.

La même question sur la connaissance de la radio numérique a été posée aux habitants de Boukoki : 41% des 155 enquêtés disent ne pas connaître la RNT ; 24% (37 personnes) ont affirmé qu’ils connaissent la radio numérique même s’ils n’ont pas encore eu l’occasion de s’en servir. Mais presque la moitié des personnes interrogées n’ont pas voulu répondre à cette question. L’hypothèse que nous pouvons avancer ici est que les enquêtés ne s’attendaient pas à une question sur la radio numérique qui n’était pas d’actualité dans le pays. Par ailleurs, quand on demande aux enquêtés de choisir entre la radio numérique et analogique, les réponses sont encore beaucoup plus surprenantes : 55 d’entre eux souhaiteraient continuer à écouter leurs émissions sur les anciens transistors. Ils affirment que c’est ce qu’ils connaissent le mieux. 30 personnes désirent du changement parce qu’elles estiment, selon leurs propres termes, que « c’est le meilleur » ou plutôt « c’est mieux que l’analogique ». Par contre, 70 personnes se sont abstenues. Nous n’avons pas insisté auprès de cet échantillon qui n’a pas souhaité répondre.

Connaissez-vous la radio numérique ? Lamordé Boukoki
Nombre de répondants 222 155
Oui 28 37
Non 177 63
Sans réponse 17 55

Figure 2 : « Connaissez-vous la radio numérique ? », résultats obtenus dans les quartiers Lamordé et Boukoki.

En somme, de Lamordé à Boukoki, 377 personnes ont répondu aux questionnaires dont 65 disent connaître la RNT, 240 ne la connaissent pas et 72 s’abstiennent de répondre. Nous pouvons en conclure qu’une large majorité des enquêtés ne sait pas ce qu’est une radio numérique. Cette méconnaissance de la RNT constitue-t-elle un frein pour une partie de la population nigérienne ?

Les freins à la numérisation pour la population rurale

Au Niger, près de 80% de la population est analphabète. Or, il est nécessaire de savoir lire et écrire, d’avoir accès à un certain matériel et à la pratique des nouvelles technologies pour écouter la radio sur internet via un site, une application de radio ou une plateforme de stockage d’émissions radiophoniques. Ceci constitue donc l’obstacle principal.

Notre connaissance du terrain et nos observations dans la région de Dosso (fig. 1), notamment à Goubey (Doutchi), Mokko, Wangal kaina-koira, Bangoufada-Siddo et dans des villages de la région de Tillébary (Karma, Boubon et Kahé), ont confirmé que, contrairement aux jeunes qui préfèrent écouter la musique, les plus âgés sont traditionnellement enclins à écouter la radio pour s’informer. Ainsi, ils portent un intérêt particulier aux informations relatives à la pluviométrie. Dans les journaux de 13h et 20h de la Voix du Sahel, en période agricole (juin-août) la présentation de la météo est très suivie et commentée par la communauté villageoise.

En outre, si l’on considère le faible pouvoir d’achat des populations rurales, on peut aussi dire que le coût des récepteurs numériques constitue un véritable obstacle. Sur le terrain, nous avons rencontré un agriculteur de Boubon qui se déplace toujours avec son poste transistor. Il nous a déclaré ne pas pouvoir s’en séparer, mais il a précisé être disposé à recourir à la RNT si cela n’occasionnait pas des frais supplémentaires dans la mesure où celle-ci lui permettrait d’écouter aussi les radios étrangères.

Un cultivateur de Boubon. Fig.2

Figure 3 : Un cultivateur de Boubon en famille. Au premier plan un poste radio pendant les travaux agricoles (2013).

Le manque d’engagement des journalistes dans le processus

La réticence à participer massivement à l’enquête de la part des journalistes (31 questionnaires sur 105 distribués) peut trouver une explication dans le contexte politique pré-électoral : en effet, les élections présidentielles ont eu lieu en février 2016. La complexité des élections provoquée par l’arrestation et le départ en exil de plusieurs membres de l’opposition politique a agité les consciences des populations. Nous pouvons y voir ici un signe de méfiance de la part des professionnels journalistes, notamment vis-à-vis d’un chercheur extérieur à leur communauté. Notre enquête nous a permis d’avoir connaissance de l’existence de pressions exercées sur les journalistes, consécutives à des couvertures médiatiques de manifestations non autorisées.

En réponse à la question « quelle place peut avoir la radio dans le programme de numérisation des médias qui démarre en juin 2015 en Afrique ? », une large majorité de journalistes trouve le programme « important » (23 personnes), « incontournable » (5 personnes) ; 28 sur les 31 répondants approuvent le programme de numérisation des médias ; 3 n’ont pas répondu à cette question. Seules 6 personnes sur les 31 ont répondu positivement à la question « votre radio diffuse-t-elle en streaming sur internet ? » ; 14 ont répondu non et 10 n’ont pas souhaité répondre. Une personne a coché la case « en cours ». Malgré leur reconnaissance de la radio numérique en termes de qualité de son et d’écoute, 8 ont considéré ce nouveau projet comme une source de perte d’emplois, de restriction d’auditoire voire de fermeture des stations les plus fragiles financièrement. Compte tenu du nombre de répondants et de l’effectif des stations de radios que nous avons sollicitées, il ressort que les journalistes ne sont pas encore engagés dans ce processus.

Dans le souci d’améliorer la formation des journalistes du Niger, une radio-école a été créée en 2007 par l’IFTIC, le principal centre de formation de journalisme du pays. Son objectif est de mettre les étudiants en situation professionnelle. La formation au numérique a commencé depuis 2005 avec l’apprentissage sur des caméras numériques. La radio-école dispose d’une console moderne, qui peut être utilisée en numérique tout comme en analogique. Le directeur technique explique : « Malgré que nous diffusions en analogique, nos productions sont directement enregistrées en numérique et dès que le temps pour le numérique arrivera on l’utilisera en numérique ». En dépit des efforts de cette école en faveur de la pratique des NTIC, sur le terrain, les professionnels des radios semblent ne pas avoir une maîtrise de l’outil numérique ou n’ont pas la volonté de l’utiliser.

Pour avoir une idée de l’usage de la technologie numérique des journalistes du Niger, nous avions réalisé en mai 2014 une enquête en ligne auprès des professionnels de radio. Notre questionnaire était centré sur le processus de numérisation. Malgré les partages du lien de l’enquête sur les réseaux sociaux et les envois par courriels, les journalistes n’ont pas souhaité nous donner de réponse. Sur une quinzaine de liens envoyés, nous n’avons obtenu qu’un seul retour. Certains ont répondu qu’ils ne disposaient pas d’une bonne connexion pour pouvoir répondre. D’autres, au lieu de cliquer sur le lien comme cela leur était indiqué pour remplir le questionnaire, ont préféré nous adresser quelques mots. Il semble que les journalistes, peut-être faute d’une bonne maîtrise du système informatique et de l’internet, ne s’intéressent pas encore à ce nouveau système de diffusion.

Après l’inauguration de la TNT le 17 juin 2015, nous avons interviewé le D.G de l’ORTN sur la formation des journalistes en technologie numérique. Celui-ci reconnaît qu’aujourd’hui, la manière de travailler a certes changé et qu’il faudrait que les journalistes apprennent à monter des éléments par eux-mêmes. Selon lui, cela n’a rien à voir avec le basculement au numérique : « J’entends dire que les journalistes ne sont pas formés à la TNT, le journaliste n’a pas besoin d’être formé à la TNT […] », se justifie-t-il. Notre enquête sur la numérisation de la radio auprès des professionnels du Niger, permet de conclure que les journalistes et certains responsables, faute d’engagement ne donnent pas l’impression d’une maîtrise des NTIC.

Conclusion

À l’instar des autres pays africains qui ont démarré l’expérimentation des médias numériques, le Niger s’est également lancé dans la course. Le projet a commencé avec les télévisions et dans quelques années les radios ne fonctionneront plus avec les anciens moyens de diffusion. Nous avons tenté de faire ressortir les possibilités de ces nouveaux dispositifs en relation avec de nouveaux supports et de nouvelles pratiques pour faire émerger la radio de l’avenir. L’ensemble des auditeurs consultés dans l’enquête menée durant l’été 2015 s’est exprimé en fonction de leur réalité socio-éducative et économique. L’enquête de terrain nous a aidés à comprendre que la numérisation de la radio est encore peu ancrée dans la culture des populations urbaines, rurales comme dans celle des journalistes (Maigret, 2015). D’autres approches, centrées notamment sur le discours radiophonique en tant que tel, sur la relation entre tradition orale et radio, mais aussi d’autres populations cibles comme les auditrices et les femmes journalistes du Niger pourront nous permettre de compléter les résultats que cette enquête a permis de mettre au jour.

Bibliographie

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Notes

[1] « Numérique » désigne ici l’utilisation de la technologie informatique pour coder le son et l’image (Balle, 1998 : 166) ; allié au web, il permet notamment la diffusion en ligne.

[2] Cette étude s’inscrit dans le cadre plus large d’un travail de recherche doctorale conduit au sein du pôle « Conception, Création, Médiations » (laboratoire ELLIADD).

[3] La rencontre a permis d’élaborer une feuille de route pour les investissements en matière de TIC en Afrique de l’Ouest.

[4] Un backbone est un réseau national de Numericable qui interconnecte les différents réseaux câblés. Il permet de mutualiser des différents services comme la télévision ou la radio.

[5] Diffusé par la Voix du Sahel depuis 2010, du lundi au vendredi dans les neuf langues du Niger notamment en langue zarma par Moussa Saley et Fati Ousseini ; en haoussa par Moussa Leko et Abdoulaye Moussa. L’émission a lieu de 8h05 à 9h.

[6] Interview d’Abdou Mani, réalisée le 17 juin 2015.

[7] Entretien avec Agali Moumouni, directeur de communication du CSC, le 4 septembre 2015.

[8] Centre où sont installés des émetteurs en radio ou en télévision. Au Niger, outre le chef-lieu des régions, on retrouve des centres secondaires situés au niveau des départements et dans certaines communes pour couvrir les zones d’ombre. Un centre de diffusion peut aussi être défini comme une station de radio ou une chaîne de télévision.

[9] Interview de Hamidou Soumana, maintenancier au PK-5, réalisée en août 2015.

[10] C’est le cas d’Albanna de karma 95.1 FM qui utilise la même fréquence que la radio de l’Assemblée nationale. Ainsi, quand une session se déroule à l’Assemblée, les auditeurs d’Albanna ne peuvent plus écouter leur station. Dans la région de Maradi nous avons fait le même constat. Dans la zone de Tessaoua, située à 135 km de la ville de Maradi, une radio diffuse sur une fréquence dominant celle de la station régionale.

Pour citer cet article

Référence électronique

Idé HAMANI, Séverine EQUOY HUTIN. « Les enjeux de la numérisation de la radio au Niger », RadioMorphoses, [En ligne], n°3 – 2018, mis en ligne « 15/05/2018 », http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2018/05/17/enjeux-numerisation-radio-niger/http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2018/05/17/enjeux-numerisation-radio-niger/

Auteurs

Idé HAMANI est Doctorant en Sciences du Langage à l’Université de Franche-Comté, ELLIADD-CCM.

Courriel : hamanide@yahoo.fr

Séverine EQUOY HUTIN est Maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Franche-Comté, ELLIADD-CCM.

Courriel : severine.equoy-hutin@univ-fcomte.fr

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