Évolution des formats et modes d’expression radiophoniques

Nozha SMATI et Pascal RICAUD

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À la suite du précédent numéro consacré à la « numérisation de la radio: pratiques et perspectives », cette livraison propose à travers des études de cas français mais également anglais, espagnol ou brésilien de réfléchir à la manière dont le numérique affecte la radio et d’appréhender les transformations des formats et des modes d’expression radiophoniques par le déploiement des dispositifs numériques. Dans ce nouveau contexte transmédiatique et numérique le son est encore parfois au cœur de productions médiatiques comme en témoigne le fort développement des sites de podcasts (pure player) depuis deux ou trois ans en France (Slate, Binge Audio, BoxSons, Studio 404), et plus largement le foisonnement des créations sonores (Syntone, « La revue des podcasts »)[1].

La radio devient néanmoins un objet profondément hybride tant au niveau des formats multimédia qu’elle développe, qu’au niveau des usages et des pratiques : possibilités de consultation voire d’implication ou de participation de l’auditeur-internaute. Les divers articles réunis dans ce dossier tentent d’élucider cette hybridation dans un contexte de convergences médiatiques rendant de plus en plus difficile le fait de penser les médias séparément.

C’est à partir d’une analyse sociotechnique qu’on peut tenter de mieux cerner les « numérimorphoses » actuelles du média radiophonique qui s’est toujours caractérisé par une grande capacité d’innovation en étant le premier par exemple à permettre les pratiques en mobilité (grâce au transistor), ou en portant des technologies aujourd’hui banalisées : « sans transistor, pas d’informatique fixe ou mobile, sans radiodiffusion, pas de wifi ni de 4G, etc. » (Fauré, 2014). La radio se transforme en intégrant « de nouveaux supports (téléphones portables, tablettes, ordinateurs) », en se réinventant à travers « de nouveaux usages (en direct, en podcast, en streaming, par fragmentation) » (Equoy Hutin, 2017 : 30). Par ailleurs, l’intermédialité – si elle existe déjà depuis longtemps – pourrait de plus en plus devenir la règle pour toute œuvre fictionnelle sonore (ou même les documentaires avec les webdocs), en combinant l’apport de divers médias à l’intérieur même de l’œuvre. Il s’agit aussi de plus en plus d’intégrer l’usager ou l’utilisateur  comme élément pouvant agir sur le récit, sur le scénario, ou à travers ses capacités d’interprétation d’éléments (échanges de SMS, de messages sur les réseaux sociaux, profils Facebook …) lui permettant de reconstruire les portraits des personnages ou mieux les appréhender en l’absence de narrateur (Gournay, 2017 : 41).

Le dossier s’ouvre sur un texte de Sébastien Allain et Carine Bell qui, animés par le souci de préservation du principe d’écoute radiophonique, nous ramènent à interroger le potentiel d’interfaces visuelles type webdoc et leur capacité à « porter l’oralité des documentaires radiophonique d’antan ». Dans une démarche  documentaire et journalistique, cet article donne à voir quatre portraits interactifs sonores de personnalités du transmédia réalisés en 2014 qui explorent la capacité de la radio à s’inspirer des usages émergeant dans le contexte d’hybridation des formats. Les réalisations ici abordées participent du renouvellement du principe d’écoute propre au média et rendent compte également de dispositifs propices à la mutation de la posture de l’auditeur, devenu utilisateur et l’objet même du dispositif d’écoute, mettant en œuvre différentes stratégies de consultation. Cette mutation de la figure de l’auditeur – plus largement du public – pose la question de l’évolution de l’articulation entre l’instance de production et l’instance de réception ou de consultation, tant l’utilisateur est dans une posture participative et au cœur même ici des dispositifs scénaristiques et narratifs décrits par Sébastien Allain et Carine Bell. Cette approche expérimentale au niveau des formats cherche en effet à renouveler les modes d’usages au profit de la richesse de l’expérience utilisateur. Elle tranche ainsi avec l’injonction faite aux journalistes par leurs directions de créer les conditions de l’interactivité et solliciter une plus grande participation des publics sans qu’ils en aient forcément les moyens et le temps.

L’instance de production elle-même impliquant traditionnellement « divers acteurs ayant des rôles bien déterminés » au niveau de l’information, de la production de contenus (Charaudeau, 2006) n’apparaît plus aussi distincte de l’instance de réception et plus aussi lisible au niveau des acteurs qui y participent. L’expérience de la radio Ici et Maintenant décrite plus loin par Sébastien Poulain correspond aussi à un cadre expérimental in vivo (tant au niveau des formats que des technologies mobilisées) et resté largement confidentiel en termes d’audiences. Cette étude relate les possibilités offertes par la radio se caractérisant de plus en plus par un nouveau « régime de sa diffusion » (online et multimédia), et largement délinéarisée, modularisée et interactive (ou tentant de l’être).

En partant de l’expérience de la radio associative RIM et de la situation de la Radio Numérique Terrestre en France (RNT), Sébastien Poulain réinterroge en effet la notion de postradimorphoses dans une perspective critique permettant d’identifier ses enjeux et de nuancer ses promesses étant dépendantes de profondes évolutions techniques, économiques, sociales et politiques.. Les deux cas étudiés rendent compte de l’impact des nouvelles technologies sur la radio au niveau de la production et de la réception interrogeant ainsi la frontière du radiophonique. Aussi bien pour Ici et Maintenant que pour la RNT, ces changements technologiques radiophoniques en cours offrent un terrain d’investigation intéressant pour observer et analyser les nouveaux modes d’appropriation de ces technologies et la place qu’occupe l’auditeur. Ainsi les nouvelles « numérimorphoses » semblent tenir leurs promesses tant du point de vue de la création sonore (et du renouvellement des genres et formats), que du point de vue de l’utilisateur qui serait davantage l’équivalent d’un programmateur que d’un auditeur en fonction des possibilités d’interactions offertes par les contenus.

Toujours dans le contexte postradiophonique français, David Christoffel propose dans une volonté de conceptualisation et selon une approche critique,  de traiter de la délinéarisation. L’auteur questionne la pertinence d’une superposition de l’opposition (en termes de productions) entre l’industrie radiophonique et la création radiophonique (qui serait « artisanale ») et de la distinction entre flux et stockage (podcasts). La dimension artificielle de cette distinction bien qu’elle saute aux yeux à priori, existerait pourtant à travers les discours des auteurs multimédia réunis au sein de la société civile des auteurs multimédia (Scam). L’auteur pointe ainsi du doigt l’idée reçue selon laquelle le stockage (création de podcasts) offrirait « des espaces éditoriaux sémiotiquement plus favorables à des contenus valeureux [traduire : « plus créatifs ou originaux »] ». Cela mettrait en exergue une croyance largement techniciste dans notre société selon laquelle le mode de diffusion affecterait forcément les formats et contenus éditoriaux. Signe aussi qu’on se heurte bien souvent à la compréhension des métamorphoses médiatiques actuelles, tant « les frontières de la radio n’ont jamais été aussi floues et mouvantes » (Antoine, 2016 : 23).

Cette distinction entre deux logiques radiophoniques (de production et de diffusion) qui traverse finalement l’article de David Christoffel, se traduit par une réflexion intéressante sur la manière dont la radio délinéarisée (donc la modularité) pourrait mieux intégrer les usages multimédia déjà existants, « à venir ou imaginaires ». Il considère qu’avec ce nouveau mode de « distribution » « il ne s’agit plus tellement de capter l’écoute de l’auditeur, mais d’exciter son acquisition de contenus » par rapport à un public  qui a des « capacités à interagir dans un espace multidimensionnel, dans lequel la radio est installée dans un temps commun au jeu vidéo ou aux échanges sur messageries instantanées ».

Par rapport à ce constat, si on peut souhaiter que l’écoute attentive de la radio, celle qui crée une forme d’immersion chez l’auditeur et correspond plutôt à une écoute radiophonique structurée par l’habitude, ne disparaisse pas totalement, il ne s’agit pas cependant de « hiérarchiser les degrés d’attention à la radio », à partir du moment où comme le précise Hervé Glevarec « ils font partie d’usages possibles, voire prévus, de la radio » (Glevarec, 2017 : 81).

L’étude de Fatima Ramos Del Cano investit un autre terrain celui de l’offre en ligne des 4 radios généralistes françaises et espagnoles les plus écoutées[2], se concentrant sur une analyse des contenus proposés sur leurs sites internet en 2013-2014. L’enjeu pour ces radios autrefois exclusivement hertziennes consiste d’abord à proposer des formats et des contenus spécifiques, adaptés au web, et permettant de développer une offre personnalisée et suffisamment interactive pour intéresser et impliquer les utilisateurs. La radio doit donc être (re)pensée pour Internet. Cela fait longtemps comme le souligne l’auteure en faisant référence aux travaux de Christophe Deleu (1998) ou d’Emma Rodero (2002) que ses pages web ont cessées d’être de simples vitrines de ses contenus éditoriaux traditionnels. S’appuyant sur une riche bibliographie elle montre comment chercheurs français et espagnols ont réfléchi aux nouvelles formes de ce média dans un contexte de convergence digitale entre 1998 et 2013.

Si le développement et la consolidation du web 2.0 – mais pas forcément de médias 2.0 qui seraient plus que des médias enrichis – a transformé les modes d’accès et de consommation des contenus produits par les médias, il ressort en revanche de l’analyse de Fatima Ramos Del Cano que les ressources offertes sont peu exploitées par les radios étudiées, en particulier l’écoute à la demande et l’interactivité avec le public. En particulier l’auteure déplore l’absence d’espaces dédiés pour la production de contenus par les utilisateurs sur l’ensemble des stations limitant in fine leur participation à la création radiophonique.

Dans un autre contexte celui du Royaume-Uni, Katy Mcdonald et Guy Starkey s’attachent à évaluer l’évolution de la radio privée et ses répercussions sur la production de l’information et des contenus locaux. En exposant les exigences économiques, technologiques et réglementaires auquel est confronté le journalisme radio local dans ce pays, les auteurs examinent les conséquences de l’affaiblissement de la régulation de la radiodiffusion ainsi que de la centralisation du journalisme radiophonique dans des «hubs rédactionnels», largement utilisés par les différents groupes gestionnaires de radio au Royaume-Uni. Le travail journalistique local, in-situ se trouve remplacé par un travail dans une rédaction centralisée et éloignée de la zone de diffusion. Cette déterritorialisation de la pratique en termes d’enregistrement, de rédaction et de diffusion de l’information est rendue certes possible grâce aux nouvelles technologies faisant ainsi face à des défis essentiellement économiques. Cependant comme l’expriment les auteurs cette pratique déconnectée du terrain, de ses habitants et de ses spécificités réduit le travail du journaliste en une sorte de « journalisme Facebook » avec tout ce que cela implique sur la qualité de l’information et sur l’identité même du journaliste ; son rapport aux sources et à son public.    

La réduction des pratiques informationnelles à un journalisme de desk reposant de plus sur le travail d’un seul professionnel fournissant des flashs d’informations à différentes radios – supposément de manière différenciée – crée les conditions d’une standardisation non seulement des formats – forcément courts – mais également des modes de traitement des actualités locales. Se dessine finalement une forme de (re)centralisation de la production de l’information qui se traduit en partie par des informations « déconnectées de l’actualité ou assimilables à un agenda médiatique » avec un journaliste qui en une seule journée peut réunir la matière de reportages diffusés plus tard, le différé devenant une autre norme radiophonique. Si l’espace-temps de l’information semble bouleversé, l’accès à une offre diversifiée est une réalité soulignée par les auteurs avec la multiplication des chaînes musicales et de niche, favorisant une écoute plus partielle et ciblée.

Ces divers constats rappellent la réflexion d’Éric Scherer selon lequel « L’accès devient tout aussi, si ce n’est plus important que les contenus » (Scherer, 2015), non seulement pour le public qui picore l’information au gré des sollicitations et des supports qu’il utilise (smartphone, ordinateur, téléviseur, radio …) tout au long de la journée, mais aussi pour les nouveaux journalistes. Ces derniers se contentent le plus souvent de relayer l’information à partir de multiples sources et notamment à partir des réseaux sociaux. Face à ces phénomènes de recentralisation et standardisation du traitement de l’information par des journalistes radio, dans un contexte où les publics locaux peuvent trouver de l’information locale à partir d’un nombre plus important de sources grâce à Internet et aux applications mobiles, qu’en est-il pour les radios communautaires et associatives ? Ana Cristina Suzina tente d’y répondre à travers l’observation de la situation des radios communautaires et associatives au Brésil. Elle expose la manière dont elles font usage des ressources numériques dans un contexte de profondes inégalités face à la puissance des médias privés et de gros groupes médiatiques monopolisant le secteur. En explorant un ensemble de rapports d’expériences de radios dites « populaires » et destinées aux classes les plus modestes, l’auteure analyse l’évolution de ces stations selon trois dimensions : les aspects techniques, les dynamiques de mise en réseau (dimension collaborative) et les perspectives de changement social.

D’un point de vue technique, si les ressources digitales se heurtent à des difficultés d’équipement ou de connexions à Internet, les radios parviennent néanmoins à réduire leurs coûts de production par des échanges ou des coproductions (programmes collectifs). Par ailleurs, l’usage d’Internet et des réseaux sociaux est parfois tourné vers la captation de nouveaux publics par l’intégration de nouveaux contenus, de nouveaux thèmes, voire par une adaptation du média aux nouveaux usages (par exemple la création d’une application sur smartphone pour un jeune public). L’auteure relate en outre le processus collaboratif mis en œuvre à travers des coopérations permettant soit d’élargir la diffusion à une plus large communauté, soit pour des stations locales d’accéder à des banques de programmes pouvant intéresser leurs publics. Concernant l’appropriation des radios par les publics, Ana Cristina Suzina tout en soulignant les limites d’évaluer réellement le degré et l’impact de la participation des auditeurs à la production des contenus, met en lumière l’apport du web pour les radios hertziennes. Le territoire du web a permis à ses radios de se libérer d’un cadre législatif coercitif et, en conséquence, de mieux capter leurs audiences originelles et même de pouvoir les dépasser.

Poursuivant la réflexion sur l’évolution de la radio, Radiomorphoses réserve son troisième numéro aux mutations et enjeux de la radio en Afrique au XXIème siècle. Le secteur, dans cet espace spécifique et privilégié du média radiophonique, connait des mutations profondes structurelles, technologiques, politiques et sociales que ce prochain dossier thématique propose d’éclairer dans la perspective d’évaluer leur impact sur les modalités de fonctionnement du média, sur les pratiques et les usages tout en interrogeant le rôle politique et social des radios en ce début de siècle autant dans des pays de Afrique subsaharienne que de l’Afrique du Nord.

Bibliographie

ANTOINE Frédéric. Radio : à la recherche d’une définition, in ANTOINE Frédéric. (dir.), Analyser la radio : méthodes et mises en pratique, Louvain-la-Neuve, de Boeck, 2016, pp. 20-24.

CHARAUDEAU Patrick. Discours journalistique et positionnements énonciatifs. Frontières et dérives, In Énonciation et responsabilité dans les médias. Semen, [en ligne], n° 22, 2006, consulté le 10 octobre 2017. URL : http://semen.revues.org/2793

DELEU Christophe. Les médias et I’lnternet en France. Les Cahiers du Journalisme, 4, 1998, pp. 172-203.

EQUOY HUTIN Séverine. Penser et analyser la numérimorphose des écritures radiophoniques. Les Cahiers de la SFSIC, 14, Juin 2017, pp. 28-36.

FAURÉ Laurent.  Analyser les pratiques discursives radiophoniques : nouveaux enjeux et perspectives, Cahiers de praxématique [En ligne], 61 | 2013, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 22 octobre 2017. URL : http://praxematique.revues.org/2429.

GLEVAREC Hervé. « Ma radio » : attachement et engagement, INA Éditions, 2017, 119 p.

GOURNAY Aurélia. Émergence de nouveaux modes de narration et de réception dans les séries TV : de l’inter- à la méta-médialité dans Sherlock et Black Mirror. Les Cahiers de la SFSIC, 14, Juin 2017, pp. 37-45.

RODERO Antón Emma. La radio en Internet: El reclamo de un nuevo producto radiofónico diseñado para la red. Actas III Congreso Nacional de Periodismo Digital. Huesca, España (Vol. 17), 2002.

SCHERER Éric. A-t-on encore besoin des journalistes ? (Manifeste pour un « journalisme augmenté »), PUF, 2015, 208 p.

Notes

[1] Pour l’Espagne il s’agit de OndaCero, Cadena SER et la COPE, pour les privées,  et de la radio publique Radio Nacional de España (RNE).  Pour la France ce sont des stations de radio privées (RTL, Europe 1) et deux radios publiques (France Inter et France Bleu) dans le cas français.

[2]« La revue des podcasts », Syntone, http://syntone.fr/chroniques/la-revue-des-podcasts/

Pour citer cet article

Référence électronique

Nozha SMATI, Pascal RICAUD, « Évolutions des formats et modes d’expression radiophoniques », RadioMorphoses, [En ligne], n°2 – 2017, mis en ligne le «22/10/2017», URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/08/04/introduction/

Auteurs

Nozha SMATI est enseignante en sciences de l’Information et de la Communication,  Université Lille 3, chercheuse associée au laboratoire GERiiCO (Lille 3) et à l’Équipe GRECOM-LERASS (Toulouse 3).

Courriel : nozha.smati@univ-lille3.fr

Pascal RICAUD est Maître de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication, Université François Rabelais de Tours, Équipe PRIM.

Courriel : pascal.ricaud@univ-tours.fr

Sommaire – numéro 2

Dossier. Évolution des formats et modes d’expression radiophoniques

Sous la direction de  Nozha Smati, Pascal Ricaud

Nozha Smati, Pascal Ricaud
Évolution des formats et modes d’expression radiophoniques

Sébastien Allain, Carine Bel
Portraits interactifs et enjeux radiophoniques. L’interface webdoc, nouveau support de l’oralité

Sébastien Poulain
Les postradiomorphoses : enjeux et limites de l’appropriation des nouvelles technologies radiophoniques en période de transition médiatique

David Christoffel
Utopies délinéaires

Fátima Ramos del Cano
Las nuevas vías de consumo y participación radiofónica a través de la web: análisis comparado de las cadenas españolas y francesas

Katy McDonald, Guy Starkey
L’évolution des pratiques dans la production du journalisme radiophonique : une étude de cas au Royaume-Uni

Ana Cristina Suzina
The use of digital resources in Brazilian community and associative radios

Varia

Simon Ngono
La médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun : enjeux et logiques au cœur de la constitution d’un espace public

Vinciane Votron
Connexions, de l’auditeur de la radio à la naissance d’une communauté

Positions de thèses

Blandine Schmidt
Radiographie de l’interactivité radiophonique, Thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication, sous la direction de Jean-Jacques Cheval, soutenue à l’Université de Bordeaux Montaigne, le 15 juillet 2016.

Béatrice Donzelle
Le journal parlé de France Inter dans les années 1960. Journalisme de service public et propagande en démocratie, Thèse de doctorat en Histoire culturelle, sous la direction de Christian Delporte, soutenue à l’Université de Versailles-Saint Quentin-en-Yvelines, le 6 décembre 2013.

Eugénie-Myriam Bocek-Valy
Pierre Lhande (1877-1957) et le corpus des Radio-sermons aux origines de la radiophonie, Thèse de doctorat en Théologie catholique, sous la direction de Pierre-Marie Beaude, soutenue à l’UFR SHS Nancy – Metz, le 21 novembre 2015.

Notes de lecture

Frédéric Antoine
Actualité d’André-Jean Tudesq, sous la direction de Annie Lenoble-Bart et Jean-Jacques Cheval, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, MSHA, 2016. 284 pages.

Comité de lecture

Comité de lecture

RadioMorphoses remercie les membres du comité de lecture qui ont contribué à ce deuxième numéro :

Annie Lenoble Bart (Université Bordeaux Montaigne)

Pierre C. Bélanger (Université d’Ottawa, Canada)

Séverine Equoy Hutin (Université Franche comté)

Hervé Glevarec (Centre national de la recherche scientifique)

Isabel Guglielmone (Université de Technologie de Compiègne)

Carolyne Lee (Université de Melbourne, Australie)

Albino Perdroia (IEP de Paris, cabinet Lab Radio)

Nicolas Sourisce (Université François Rabelais de Tours)

 

Connexions, de l’auditeur de la radio à la naissance d’une communauté

Vinciane VOTRON

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Résumé

Qui sont les auditeurs qui réagissent à la radio ? Cet article propose un portrait des personnes qui interviennent dans Connexions, une émission d’information de la RTBF. En six émissions diffusées en mars 2013, nous avons pu identifier près de 300 auditeurs. Plus de la moitié ont accepté de répondre à notre questionnaire. Quels sont leurs points communs ? Quelles sont leurs motivations ? Leur interaction favorise-t-elle la création d’une communauté en marge de l’émission ? Et si oui, le rôle des auditeurs est-il en train de changer ? Le rapport entre le pôle production et réception de la radio pourrait tendre vers une certaine horizontalité.

Mots-clés   : Radio, interaction,  communauté,  auditeurs, portrait

 

Abstract

Who are the listeners who intervene to give their opinion on the radio ? This paper offers a portrait of the people interacting during the RTBF radio information program Connexions. In March 2013, weattended six broadcasts and were able to identify almost 300 listeners. More than half of them agreed to fill out our questionnaire. What are their commonalities ? What are their motivations ? Do they promote, through their interactions, the creation of a community, next to this program ? In that case, is the role of the listeners going to change ? The relationships between the production and the reception divisions could tend to become horizontal.

Keywords : radio, interaction,   community,   listeners, portrait

 

Resumen

¿Quiénes son los auditores que reaccionan en la radio? Este artículo propone un retrato de las personas que intervienen en Connexions, un informativo de la RTBF. En seis programas de marzo de 2013, hemos identificado a cerca de 300 auditores. Más de la mitad de estos aceptaron contestar a nuestro cuestionario. ¿Qué tienen en común? ¿Cuáles son sus motivaciones ? Favorece su interacción la creación de una comunidad en margen  del programa?  Y si es así, ¿está cambiando el papel de los auditores? La relación entre el polo productivo y el polo de recepción pudiese tender a una cierta horizontalidad.

Palabras clave : radio,  interaccion,  comunidad, auditores, retrato

 

Qui sont les auditeurs qui réagissent à la radio ? On connaît leur prénom, parfois le lieu où ils habitent ; on reconnaît la voix de certains, mais c’est à peu près tout ce qu’on en sait. Et pourtant, donner la parole aux « anonymes » (Deleu, 2006) est une pratique qui existe depuis les débuts de la radio. Un siècle plus tard, leur statut a-t-il évolué ? L’auditeur du XXIème siècle n’est plus celui qui écoute un programme, assis à côté du poste. Aujourd’hui, les moyens de communication sont plus nombreux et variés pour prendre contact avec les émissions interactives. L’auditeur peut plus facilement relayer des informations. Assistons-nous dès lors à la naissance d’une communauté d’auditeurs actifs, qui réagissent sur les ondes, se répondent sur les réseaux sociaux et participent à la création de l’émission ? Nous tenterons de dresser le portait de ces auditeurs actifs, d’analyser leurs motivations en se concentrant sur leur démarche plutôt que sur le contenu de leurs interventions. Ces auditeurs ont-ils pris une place dans le paysage radiophonique, au point de les rendre indispensables ?

Si les débuts de la radio ont surtout accordé la parole à des anonymes dans des émissions de jeux ou de divertissement (Deleu, 2006) ; aujourd’hui, cette parole profane envahit aussi le domaine de l’information, jusqu’ici réservée à des journalistes professionnels. En nous appuyant sur la classification établie par Nicolas Becqueret (2006), nous avons décidé de nous concentrer sur les émissions qui respectent un contrat d’information. Il y a un apport cognitif : le média veut transmettre un savoir à l’auditeur à propos de faits d’actualité. Le mécanisme d’interaction permet-il de diffuser une information dans un sens inversé (de l’auditeur vers le média) ? La radio tendrait-elle vers l’horizontalité dans ses rapports aux auditeurs ? Et dans les faits, prennent-ils la place des journalistes, des invités ou restent-ils cantonnés à un rôle précis dans cet échange ?

C’est le cas de l’émission Connexions proposée lors de la matinale 7h-9h entre 2011 et 2014, sur La Première, chaîne publique d’information de la RTBF en Belgique francophone. Entre 8h30 et 8H55, les auditeurs réagissent par téléphone, par email ou sur les réseaux sociaux. La veille vers 17h, une question, liée à une thématique d’actualité politique au niveau national ou international voire qui touche des sujets de société, est formulée et postée sur les réseaux sociaux. Un journaliste anime la discussion sur le fil Twitter de l’émission et sur la page Facebook. Le lendemain matin, il reçoit un invité en studio. Il relaye également les interventions des auditeurs et des internautes, en direct ou indirectement au travers de la lecture d’un tweet ou d’un commentaire posté sur Facebook.

L’article se concentrera sur les auditeurs de cette émission, mais dans le cadre de notre thèse[1], nous avons étudié d’autres programmes qui offraient également cette parole au public. Il est pratiquement impossible d’étudier l’ensemble de la population des auditeurs qui réagissent dans les émissions d’information interactives : « Les populations visées sont en général plus vastes et aussi plus dispersées. Il devient difficile d’entrer en relation avec tous les membres » (Jones, 2000 : 175). Il s’impose alors de ne prendre contact qu’avec une partie d’entre eux, en constituant un échantillon représentatif. Nous avons suivi cette logique pour établir notre corpus. Sur un mois déterminé à l’avance, nous avons assisté aux émissions chaque jour de la semaine (une le lundi, une le mardi, etc.) avec un total de six éditions, sans privilégier les thématiques susceptibles d’engendrer une interaction plus intense. Nous ne connaissions d’ailleurs pas la thématique du jour avant de venir assister à l’émission. En tout, nous avons assisté à six émissions de Connexions en mars 2013 et nous avons récolté les coordonnées téléphoniques de 299 personnes différentes. Parmi elles, 164 personnes ont accepté de répondre à notre questionnaire, ce qui nous donne un taux de réponse de 54,84%.

L’article tentera de cerner les différents profils de ces auditeurs actifs, l’usage qu’ils font des médias et les motivations qui les poussent à réagir. De quoi se sentir intégrés dans une communauté, au sens où les membres du groupe consomment les mêmes produits médiatiques, en partagent les usages et les valeurs et les affichent comme signe d’appartenance ?

Portraits des auditeurs actifs

Moyens de communication utilisés, âge et sexe des auditeurs actifs

Le dispositif de Connexions permet aux auditeurs de contacter l’émission au travers de différents moyens. Il s’avère que 43,9% (72/164) ont réagi par téléphone ; au niveau des réseaux sociaux, 38,4% (63/164) ont tweeté et 18,9% (31/164) ont posté des messages sur Facebook ; enfin, 9,1% (15/164) des personnes interrogées ont utilisé le site internet de l’émission pour envoyer leurs commentaires. Seuls 6% alternent les moyens de communication, à savoir la plupart du temps soit Facebook, soit Twitter ou laissent un message sur le répondeur à l’invitation du journaliste après avoir discuté avec lui sur les réseaux sociaux.

L’utilisation de tel ou tel moyen de communication n’est pas anodine. Au fil de notre analyse, nous avons pu établir des catégories d’auditeurs au regard des moyens de communication utilisés. Chaque personne justifie l’usage du téléphone, des réseaux sociaux ou du site internet par habitude ou pour une question de facilité d’accès. Toutefois, les nouvelles technologies permettent de toucher un public plus averti avec des objectifs établis dans la démarche de prise de parole.

Le téléphone reste le moyen privilégié des auditeurs pour atteindre la station de radio. Mais c’est plus de la moitié des femmes qui décrochent leur combiné (26/45 femmes) pour entrer en contact avec l’émission. C’est aussi le moyen le plus utilisé par les personnes âgées de 65 ans et plus (21/27). Ce moyen de communication, le plus ancien et le plus classique, reste très lié à la radio. La filiation entre la technologie du téléphone et la création de la radio en atteste. Ne parlait-on pas de la TSF (Télégraphie sans fil) pour désigner les premiers essais radiophoniques ? Dès les débuts de la radio, le téléphone occupe une place de choix « parce que le téléphone coûte moins cher et permet à une personne située à distance de s’exprimer dans le poste » (Deleu, 2006 :23). Et aujourd’hui, il garde autant de poids parce que la radio ne peut exister sans le son. Les auditeurs soulignent la facilité d’utilisation du téléphone par rapport aux technologies plus avancées. Marie, 50 ans, employée, originaire de Tournai, téléphone à l’émission Connexions : « Je préfère, c’est de ma génération » ; Jean-Marie, 55 ans, employé, originaire de Liège : « Le téléphone, c’est plus facile. Je n’aime pas ce qui est moderne. Je n’aime pas la technologie. »

Toutefois, de nouveaux moyens de communication émergent, tels que les réseaux sociaux et le site internet. Le graphique ci-dessous illustre parfaitement les différences d’utilisation des moyens de communications en fonction du sexe. De manière générale, les auditeurs actifs sont majoritairement des hommes (119 hommes pour 45 femmes). Mais la tendance s’alourdit lorsque les auditeurs utilisent les outils numériques pour entrer en contact avec l’émission. 54tweetos sur 63 sont des hommes. En ce qui concerne les courriels, 14/15 sont envoyés par des hommes. Le réseau social Facebook est le seul à se rapprocher de l’équilibre avec 14 femmes pour 17 hommes.

Graph 1    Graphique 1 : Répartition des répondants selon leur sexe et le moyen de communication utilisé

Le moyen de communication utilisé dépend aussi de l’âge des auditeurs actifs.

Graph2     Graphique 2 : Proportion des répondants en fonction de leur âge et de leur moyen de communication

Deux grandes tendances émergent dans ce graphique : Twitter est fortement utilisé par les jeunes ; l’utilisation du téléphone augmente avec l’âge et est le seul moyen de communication utilisé par les plus de 80 ans. Les e-mails, eux, ne sont plus du tout utilisés par la jeune génération mais le sont par les plus âgés. Au niveau de Facebook, c’est le moyen de communication qui rassemble le plus de générations. La tranche d’âge la plus représentée des auditeurs actifs se situe entre 35 et 65 ans, ce qui correspond à l’audience cible de La Première[2].

L’émission Connexions a voulu s’adresser aux jeunes, majoritairement présents sur les réseaux sociaux. L’utilisation de ces outils numériques a permis de toucher une audience plus jeune, active principalement sur Twitter. François, 31 ans, tweetos de Connexions explique pourquoi il utilise Twitter : « C’est une question de rapidité dans l’échange et le débat. La formule doit être concise et courte ». Les tweetos sont particulièrement attentifs à l’interaction générée sur Twitter. Mickaël Bouvy, 36 ans, employé, originaire du Luxembourg est un habitué de l’émission Connexions. Pour lui, « Twitter est plus interactif, cela donne la possibilité d’interagir avec certaines personnes qu’on ne connaît pas ». Alexandre, 54 ans, producteur de télé, originaire de Bruxelles insiste sur le côté  interactif : « C’est horizontal. Tout le monde est sur le même pied. ». À cet égard, l’usage des réseaux sociaux modifie les relations entre les auditeurs et la radio et crée un public connecté : « Les auditeurs anticipent/continuent une discussion sur les réseaux sociaux sur les thèmes introduits par le programme radiophonique, en ajoutant des commentaires, du contenu, des liens, des références, des citations ou des suggestions » (Bonini, 2014 : 9). Les auditeurs apportent ici de l’information qu’ils partagent directement avec les autres usagers des réseaux sociaux, relayés à l’antenne par le journaliste.

Usages des médias des auditeurs actifs

Appartenance à un parti politique et médias utilisés

Les auditeurs qui réagissent sont-ils des simples anonymes ou parmi eux, certains hommes et femmes politiques se glissent-ils pour faire passer une idée, prendre le pouls de l’électorat ou clarifier certains dossiers ?

Graph3      Graphique 3 : Lien politique des répondants en fonction des moyens 
                    de communication utilisés

À première vue, le non l’emporterait. Toutefois, 59/164 se disent proches d’un parti politique (militant, sympathisant, membre, représentant) dont 23 par téléphone ; 24 sur Twitter, 11 sur Facebook et 6 par mail. Si la majorité d’entre eux prennent la parole en leur nom propre, il ne faut toutefois pas écarter le fait que certains utilisent cette émission comme une vitrine personnelle ou à des fins électoralistes.

Les auditeurs actifs sont-ils des usagers « multimédias », au sens strict du terme ? Premier constat, la majorité des auditeurs (87/164) ne réagissent dans aucun autre média que l’émission Connexions. D’autres (73/164) n’hésitent pas à donner de la voix dans d’autres émissions radios interactives, que ce soit sur la même chaîne (Le Forum de Midi, Tout autrechose), sur d’autres chaînes publiques (Vivacité, C’est vous qui le dites) ou des chaînes concurrentes (RTL, Les auditeurs ont la parole).

graph4          Graphique 4: Utilisation d'autres supports médiatiques

Certains auditeurs actifs restent fidèles à une émission : une relation de proximité s’installe alors entre celui qui écoute, le programme en question et la chaîne qui le diffuse. D’autres auditeurs n’hésitent pas à changer de station pour donner leur avis sur des ondes différentes.

En ce qui concerne les utilisateurs des réseaux sociaux, on observe qu’ils sont également actifs sur d’autres supports (Forum, blog, émissions de télévision) en produisant eux-mêmes du contenu via des plateformes interactives. Les tweetos sont actifs sur la toile et semblent connaître très clairement le fonctionnement des médias. Le courrier des lecteurs est, lui, moins utilisé.

Fréquence d’écoute et d’intervention

Les auditeurs actifs sont des fidèles qui écoutent l’émission tous les jours, voire plusieurs fois par semaine. Seules quelques personnes prétendent avoir écouté l’émission par hasard avant de donner leur avis. Enfin, une petite catégorie d’auditeurs assure ne jamais écouter l’émission sur les ondes. Ce sont majoritairement les internautes qui se donnent rendez-vous sur le fil Twitter ou la page Facebook de l’émission afin de discuter de la question, sans toutefois faire le pas vers le média d’origine, à savoir la radio.

Graph5                   Graphique 5 : Fidélité des auditeurs actifs

Les auditeurs connaissent les animateurs, la mécanique de l’émission et peuvent se prévaloir d’une certaine compétence médiatique, qui leur sert à adapter leur discours aux exigences de chaque format d’émission. On peut identifier quatre éléments qui forment cette compétence médiatique : la critique des médias ; la connaissance des médias et du système médiatique ; l’usage des médias en incluant la participation interactive à travers les médias et la capacité à produire un contenu médiatique créatif et innovant. Mieux les auditeurs connaissent un média, une émission ; plus ils auront tendance à participer en produisant du contenu.

Parmi les auditeurs actifs, nous avons créé trois catégories : les occasionnels qui ont réagi une seule fois sur les six émissions étudiées ; les réguliers (entre deux et trois fois sur les six) et les assidus (quatre et plus).

Graph 6       Graphique 6: Fréquence d’intervention des auditeurs actifs en  
                    fonction du  moyen de communication utilisé

Ce sont les occasionnels qui réagissent le plus souvent et ce, principalement au téléphone. En ce qui concerne les réguliers et les assidus, c’est-à-dire les habitués de l’émission, ils sont beaucoup plus présents sur Twitter. Cette différence peut aussi s’expliquer par les usages entre les différents moyens de communication. Nous qualifierons le téléphone de média discontinu car, au contraire des réseaux sociaux, il ne permet pas une connexion continue avec l’émission. Les utilisateurs des réseaux sociaux, eux, en général, restent connectés en permanence sur Facebook ou Twitter. Cette facilité d’usage permet une spontanéité dans la réaction des tweetos, encouragée par l’émulation du noyau dur de l’émission. Ils sont une poignée d’auditeurs à se donner rendez-vous sur Twitter pour discuter de la question du jour. Chacun donne son point de vue, des échanges se créent et certains franchissent même le pas de prolonger la discussion dans la vie réelle. La chaîne de radio a aussi voulu profiter de cette connivence entre les auditeurs en les invitant à un petit-déjeuner à la radio : rencontre des animateurs et intervention des auditeurs en direct, dans le studio. Le média renforce ainsi le lien social qui unit les auditeurs et les producteurs de l’émission. De quoi dessiner les contours d’une communauté.

Statut autoproclamé

À quel titre les auditeurs actifs réagissent-ils ? En majorité (124/164), les auditeurs actifs réagissent en tant que « Monsieur et Madame tout-le-monde » et ce, quel que soit le moyen de communication utilisé. Toutefois, une catégorie émerge : celle des spécialistes. Ils sont une quarantaine à se présenter à la radio à titre d’expert en la matière. D’expert, ils n’en ont en fait pas vraiment le titre, ils affichent plutôt une connaissance du terrain, une pratique professionnelle, ancrée dans leur vie quotidienne. Ils savent de quoi ils parlent puisqu’ils vivent la problématique dans leur vie de tous les jours. Ces auditeurs dits spécialistes ont pour objectif de faire profiter de leurs connaissances à l’ensemble de l’audience de l’émission. Nous pouvons observer une inversion quant à l’origine de l’apport cognitif. Ce n’est plus le média en tant que tel qui informe ses auditeurs, mais les auditeurs qui s’informent entre eux. Le média garde toutefois le contrôle de cet échange.

Grap7      Graphique 7 : Répartition des "spécialistes" selon le moyen de 
                    communication utilisé

Twitter semble être le lieu de rendez-vous de ces spécialistes qui, ils ne s’en cachent pas, appartiennent aussi parfois à des lobbies tels que des partis politiques, des syndicats, des ONG  et qui par ce biais entendent faire passer un message. Nous y reviendrons.

Interventions des auditeurs actifs

Base de leur réaction et type d’intervention

La plupart des auditeurs réagissent lorsqu’ils connaissent le sujet. Viennent ensuite le partage d’émotion et l’expérience de vie quotidienne. Il est à noter que Twitter semble être le moyen le plus adéquat pour communiquer ses connaissances, ce qui peut paraître paradoxal, au vu du nombre limité des caractères (140). Nous retrouvons ici les experts de terrain qui rectifient une information sur la thématique qu’ils affectionnent.

graph8                    Graphique 8 : Base de la réaction des répondants

Il est évident que la plupart des auditeurs actifs appellent, tweetent, envoient des mails ou utilisent Facebook pour donner leur avis. Certains font plus que donner leur avis : ils avancent une réflexion, émettent des suggestions en s’appuyant sur des informations qu’ils donnent au public. Celles-ci prennent parfois la forme d’une question, surtout sur Twitter ; mais souvent cette question révèle un avis bien tranché sur la question. Le témoignage reste une manière d’interagir à la radio et plus spécifiquement au téléphone. Certains n’hésitent pas non plus à prendre leur combiné pour rectifier une information. Ainsi, Gaëlle affirme : « Généralement, je réagis à des commentaires complètement faux » ; tout comme Geoffroy : « Quand j’entends des grosses conneries, des erreurs, de la manipulation politique ». Enfin, les messages « clin d’œil » sont typiques de la twittosphère qui collectionne les bons mots de ses internautes.

En réalité, on assiste à « un glissement d’un régime de questions vers un régime d’opinions » (Deleu, 2006 : 104). Jusque-là, l’auditeur d’émissions plus anciennes telles que Le téléphone sonne était perçu comme « celui qui pose des questions à des spécialistes et pas comme celui qui a une opinion à faire partager » (Deleu, ibid). Auparavant, celui qui passait sur antenne était considéré comme « une personne en quête d’un savoir, que les spécialistes de l’émission détenaient et acceptaient de lui transmettre, confortant la radio dans sa mission traditionnelle d’information et d’éducation » (Deleu, ibid). Donner son avis, « ne faisait pas partie des mœurs de la radio ».

Motivations des auditeurs actifs

Pourquoi les auditeurs actifs décident-ils de décrocher leur téléphone, d’envoyer un mail, de poster un commentaire sur Facebook ou sur Twitter ?

Faire entendre son avis

Une des tendances générales est la possibilité pour les auditeurs de pouvoir dire ce qu’ils pensent à un plus grand nombre. Les auditeurs y voient un porte-voix pour leurs idées. Anne, 40 ans, de La Louvière prend régulièrement la parole dans Connexions : « Je ne peux pas m’en empêcher. C’est dans ma nature. Je défends mes idées. Il faut qu’elles soient entendues. »

Débat contradictoire

Une partie des auditeurs va plus loin : non seulement ils aiment donner leur avis, mais ils veulent confronter leurs idées à celles des autres. Danielle, 54 ans, Liège, Connexions : « J’aime bien débattre, discuter, échanger des idées et voir aussi le point de vue des autres. Parfois je dis l’inverse de ce que je pense pour provoquer le débat ». Lars Nyre et Brian O’Neill mettent en avant la notion d’attraction sociale : «altruisme, morale ou sens du consensus» (2012 : 211). En général, ces intervenants aiment participer au débat démocratique. Ces espaces dédiés à la parole du citoyen permettent à tout un chacun de dialoguer, d’échanger et ce, notamment grâce aux réseaux sociaux. Les tweetos sont assez friands de cette nouvelle manière de communiquer. Mickaël, 36 ans, originaire du Luxembourg, avoue se remettre en question au contact des autres auditeurs de Connexions : « Donner mon point de vue, avoir l’occasion de connaitre le point de vue des autres. C’est intéressant d’avoir des pensées avec d’autres, c’est en discutant avec d’autres  qu’on se rend compte qu’on est à côté de la plaque ».

Correction

Nous l’avons déjà dit, la plupart des auditeurs actifs réagissent quand ils connaissent bien le sujet. S’ils entendent des propos incorrects, ils ne peuvent rester inactifs. Ils décrochent leur téléphone, envoient un message en donnant des informations précises ou en corrigeant les erreurs entendues à l’antenne. Gaëlle, 35 ans, de Bruxelles réagit occasionnellement dans Connexions : « Généralement, je réagis à des commentaires complètement faux ou parce qu’on m’interpelle. Je ne réagis pas de manière altruiste. »

Aspect ludique

L’aspect ludique est très présent sur Twitter. Les réflexions des tweetos sont souvent empreintes de second degré et de bons mots. Christophe explique sa démarche: « Par jeu, parce qu’il n’y a pas de différence entre les gens dans une conversation sur Twitter ». Philippe ne cache pas ses intentions : « Pour ajouter du bruit au bruit. Pour apporter un angle différent, une autre lumière, pour dire une bêtise et détendre l’atmosphère (…) ».

Rester en relation

Intervenir dans ces émissions donne la possibilité de dialoguer, de discuter, de tisser des relations sociales que les auditeurs n’auraient pas dans la vie réelle. On retrouve ici la vocation relationnelle de la radio « à qui on parle ». La radio reste un moyen de tisser du lien social. C’est aussi une façon pour les auditeurs de garder un pied dans la vie « active », comme Marie-Claude : « J’ai cessé d’avoir une vie active. Je n’ai pas voulu m’isoler du monde et être une femme « casserole ». Déjà enfant, j’aimais débattre : chacun donnait son idée. Mes parents étaient assez actifs. J’ai été baignée là-dedans. Il y a un besoin de vie sociale ».

But politique

Nous l’avons mentionné plus haut, un tiers des répondants sont proches d’un parti politique. Tous ne défendent pas les couleurs de leur parti, mais certains ne s’en cachent pas. Leur intervention vise à « promouvoir un certain système politique et les valeurs plus ou moins contestées pour le développement de la société » (Nyre and O’Neill, 2012 : 214).

Benoit ne cache pas ses visées : « Je suis un homme politique : la mise à l’agenda d’un sujet par Connexions permet de s’exprimer sur un sujet ou de rectifier quelque chose qui peut être présentée de manière partielle » ; tout comme Patrick : « Il faut être présent sur Twitter, il faut exister politiquement. Pour la visibilité des opinions du parti, c’est professionnel ».

Outre les formations politiques, d’autres organisations ont bien compris l’utilité de cet outil. Syndicats, ONG et autres lobbies se bousculent sur la toile et sur la twittosphère pour exister. C’est le cas de Nicolas : « Dans le cadre de mon boulot, je dois défendre le point de vue des ONG. Même si j’ai tendance à être un citoyen actif et responsable, mon rôle est de défendre mon point de vue dans les médias ». Ces leaders d’opinion s’affrontent sur le terrain médiatique et ont tendance à cliver les débats.

Intérêt personnel

Sur les réseaux sociaux, chaque intervenant a le même poids que les autres. Dès lors, certains y voient une opportunité afin de faire entendre leur point de vue. Isabelle ne fait pas de mystères sur ses intentions : « Cela fait trois ans que je tiens un blog. J’essaye de me faire entendre, mais le dialogue n’a pas lieu. Quand on a une opinion, il faut savoir se faire entendre, donc j’essaye de passer dans Connexions ».

Cette forme d’activisme serait caractérisée par le désespoir de certaines communautés d’auditeurs de ne pas se retrouver dans la programmation des médias, que ce soit par rapport à leur manière de penser ou leurs histoires, soit les fondements de la construction d’une identité.

Conclusion

Les premiers résultats de cette analyse nous montrent que les personnes qui réagissent dans ces émissions interactives sont majoritairement des hommes, informés, actifs dans les médias, fidèles à l’émission et qui ont une connaissance des sujets mis sur la table. Bref, ces émissions attirent un public initié : initié au sujet, à la technique, aux médias, à la parole publique.

Ces auditeurs réagissent toutefois avec des objectifs différents. Plus leur implication semble importante, plus on tend vers la création d’une communauté. En passant à la radio, l’auditeur pose un acte d’engagement, qui prend sens dans sa vie de tous les jours, qui le révèle dans la sphère publique, en ralliant d’autres membres de la communauté. Geoffroy Patriarche (2008) développe la notion de communautés d’usagers « dont les sous-cultures propres se ressourcent dans les significations, les compétences et les usages que partagent les membres du groupe et qu’ils affichent comme autant de signes d’appartenance » (Patriarche, 2008 :192). La communauté est basée sur le partage et l’adhésion, à travers la consommation, des goûts et la pratique en lien avec un produit média : « La communauté est le lieu où les pratiques sociales de signification et de fabrication de sens se coordonnent autour de suppositions et de pratiques partagées de communication » (O’Neill, 2014 :160). Un phénomène qui se remarque surtout avec les utilisateurs des réseaux sociaux qui veulent faire passer un message afin qu’il soit relayé vers les décideurs.

Au regard de cette étude, les échanges sur les réseaux sociaux, en marge de l’émission radio, (que ce soit entre auditeurs ou entre auditeurs et journalistes), tendent à l’horizontalité. Les intervenants le font sur un pied d’égalité, même si c’est le journaliste qui choisit de relancer tel auditeur ou de solliciter tel autre afin qu’il laisse un message sur le répondeur. Il s’inspire directement des débats du net pour établir sa conduite de l’émission. Les internautes se sentent alors valorisés et intégrés dans une communauté.

Bibliographie

BECQUERET Nicolas. Un modèle d’analyse du discours des émissions interactives, in Recherches en Communication, ANTOINE Frédéric, Les nouvelles voies de la radio, n°26, Louvain-la-Neuve : 2007, pp. 203-223.BONINI Tiziano. The new role of radio and its public in the age of social network sites. First Monday, peer-reviewed journal on the internet [En ligne], consulté le 31/08/2016, http://firstmonday.org/article/view/4311/4093#author

DELEU Christophe. Les anonymes à la radio. Usages, fonctions et portée de leur parole, Bruxelles : De Boeck, 2006, 232 p.

JONES Russel. A. Méthodes de recherche en sciences humaines, Bruxelles : De Boeck, 2000, 332 p.

NYRE Lars et O’NEILL Brian. For and against Participation: A Hermeneutical Approach to Participation in the Media, in Bilandzic Helena, Patriarche Geoffroy,Traudt Paul J., 2012, The social use of media. Cultural and Social Scientific Perspectives on Audience Research, Bristol-Chicago : Intellect, pp. 201-220.

O’Neill, Brian, Gallego, J. Ignacio, & Zeller, Frauke. New perspectives on audience activity: ‘prosumption’ and media activism as audience practices. In Niko Carpentier, K.C.S. & Hallett, L. (eds.). Audience Transformations: Shifting Audience Positions in Late Modernity. London : Routledge, 2014, pp. 157-171.

PATRIARCHE Geoffroy Publics et usagers, convergences et articulations, in Réseaux, 2008/1, n° 147, pp. 179-216.

Notes

[1] Les auditeurs réagissent et se dévoilent dans les émissions radios interactives. Typologie des auditeurs actifs : de l’usager à la communauté, thèse de doctorat en préparation sous la direction du Professeur Frédéric Antoine, Université Catholique de Lovain (UCL)

[2] Selon les études d’audience du CIM (Centre d’Informations sur les Médias), en mars 2013, sur La Première, à l’heure de l’émission Connexions, le groupe 35-65 ans comptait 48,4% d’auditeurs et le groupe 65+, 45,5%.

Pour citer cet article

Référence électronique

Vinciane VOTRON, «Connexions, de l’auditeur de la radio à la naissance d’une communauté», RadioMorphoses, [En ligne], n°2– 2017, mis en ligne le «22/10/2017», URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/06/03/connexions/

Auteure

Vinciane VOTRON est docteure en communication, Université Catholique de Louvain (UCL), Observatoire de Recherches sur les Médias et le journalisme.

Courriel : vinciane.votron@uclouvain.be

La médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun : enjeux et logiques de la constitution d’un espace public

Simon NGONO

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Résumé

L’article porte sur la médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun. À partir des entretiens semi-directifs réalisés auprès de dix journalistes locaux, il examine les enjeux et les logiques au cœur de la constitution d’un tel espace public dans un pays qui est encore en phase de démocratisation et où la parole profane est en quête de reconnaissance dans les émissions de débats radiophoniques. À défaut d’insister sur l’aspect lié à la recomposition du champ médiatique camerounais, avec la consécration de nouveaux acteurs, cet article questionne aussi les trajectoires d’expertise qui découleraient de la prise de parole dans la sphère publique par des acteurs profanes.

Mots-clés : parole profane, émissions radiophoniques, médiatisation, espace public, Cameroun

Abstract

The article focuses on the media coverage of secular speech in radio debates in Cameroon. Based on semi-structured interviews with ten local journalists, he examines the issues and logics at the heart of building such a public sphere in a country that is still in a phase of democratization and where profane speech is on the lookout recognition in radio debates. In the absence of insisting on the aspect related to the reconstruction of the Cameroonian media field, with the consecration of new actors, this article also questions the trajectories of expertise that would result from public speaking in the public sphere by profane actors.

Keywords : profane speech, radio broadcasts, media coverage, public sphere, Cameroon

Resumen

El artículo está sobre la cobertura de los medios de la palabra profana en las emisiones de radio de debates en Camerún. A partir de entrevistas semiestructuradas con diez periodistas locales, que examina los problemas y la lógica en el corazón de la constitución de un espacio tan pública en un país que todavía está en el proceso de democratización y de la cual la palabra profana está buscando reconocimiento de las emisiones de debates de radio. A falta de hacer hincapié en el aspecto relacionado con la reconstrucción del campo de los medios de Camerún, con la consagración de nuevos jugadores, este artículo también cuestiona las trayectorias de los conocimientos que surgirían de hablar en la esfera pública por actores laicos.

Palabras clave: lenguaje profano, programas de radio, los medios de comunicación, el espacio público, Camerún.

Le champ médiatique connaît un développement considérable ces dernières années au Cameroun. En effet, la démultiplication des médias qu’on observe dans le pays, s’accompagne également d’une diversification de l’offre de contenu proposée au public. Dans les radios urbaines du pays, la nouvelle offre est constituée des émissions de débats radiophoniques qui portent généralement sur des sujets d’actualité. C’est cette configuration structurelle et symbolique de l’expression publique que nous qualifions d’espace public. En nous appuyant sur les travaux de Dominique Wolton (1997), l’espace public sera entendu ici comme lieu d’expression libre et où la critique se déploie contre la société, les clercs, et le pouvoir de l’État. Depuis les années 2000, les dispositifs radiophoniques d’échange plus ou moins contradictoires se généralisent dans l’espace médiatique camerounais et contribuent à la modification et à la structuration de l’offre d’expression dans le pays. Contrairement aux thèses de Jürgen Habermas (1992) sur l’idée d’un espace ouvert à la critique, mais avec un niveau raisonnable, les débats radiophoniques camerounais accordent, dans leur majorité et de façon systématique, la parole à tous types d’individus et davantage aux profanes.

Dans ces émissions, nous constatons qu’il n’est pas question de la parole experte souvent considérée comme possédant, à elle seule, les modalités du regard critique légitime sur la chose publique, mais plutôt de la parole profane. Le profane pouvant être défini ici comme tout individu « ne se réclamant d’aucune des formes de légitimité prévalant traditionnellement à la prise de parole publique » (Granjon, 2014 : 28). Il s’agirait des « individus situés en périphérie » (Ibid, 2014 : 28), c’est-à-dire loin des sphères publiques dominantes. Partant de tels constats, les questions de ce travail se présentent comme suit : comment se structure l’espace public de débat dans les radios urbaines au Cameroun ? Quelles sont les rationalités à l’œuvre dans la constitution de tels lieux d’échange médiatiques ? L’hypothèse que nous formulons est que les émissions de débats radiophoniques au Cameroun sont marquées par des stratégies de conquête et de fidélisation du public par les médias, lesquelles viseraient à créer la proximité à travers la participation ; ceci par l’octroi de la parole à une catégorie d’individus souvent exclue des sphères d’expression publiques au Cameroun.

Pour vérifier l’hypothèse formulée, nous faisons recours à une démarche qualitative. Au niveau théorique, cette démarche mobilise l’analyse de la stratégie des acteurs pour comprendre les logiques de la médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun. Pour ce faire, nous avons réalisé dix entretiens compréhensifs (Kaufmann, 2011) avec les journalistes des villes de Douala (6) et de Yaoundé (4). Menés entre janvier et février 2017, ces entretiens concernaient les journalistes officiant dans les émissions de débats radiophoniques suivantes : Cité en conversation, Fenêtre sur la rue, Magic attitude, Température, Debate, On refait l’actu, Croisade, Le banquet, Vide ton sac et Transversale. Leur choix repose sur le fait qu’elles ont un format interactif, à partir duquel les auditeurs peuvent intervenir sur des questions d’actualité mises en débat par l’instance médiatique. Les critères ayant prévalu lors de la sélection des journalistes sont les suivants : la fonction au sein de la radio (présentateur de débats radiophoniques) et l’ancienneté (au moins quatre ans). Il convient de préciser que la rencontre avec les journalistes n’a pas été facile. Le contexte socio-politique tendu depuis que le Cameroun s’est engagé dans la lutte contre « Boko Haram »[1] renforce davantage la suspicion et la réticence, même lorsqu’il s’agit d’un travail scientifique. Nous précisons également que les journalistes rencontrés ont requis l’anonymat. Le présent article se propose de mettre en lumière les logiques de constitution de l’espace public à travers les émissions de débats radiophoniques mettant en scène la valorisation de la parole profane dans un pays, qui est encore en phase de démocratisation (Owono Zambo, 2016 : 7). Dans une autre perspective, ce travail rend compte des pistes liées aux trajectoires de l’expertise et de leurs détenteurs dans un pays où la parole publique, malgré quelques aspérités, connaît une certaine explosion.

Les médias camerounais à l’ère du monopole étatique et sous l’emprise de la propagande politique (1960-1990)

Au lendemain de la proclamation de l’indépendance du Cameroun le 1er janvier 1960, Ahmadou Ahidjo, premier président de la République prend les rênes du pays et s’engage dans la construction du jeune État indépendant. Pour ce faire, il nationalise la radio. Par nationaliser ici, il faut entendre la volonté politique du nouveau pouvoir de prendre le contrôle direct de la radio. En effet, dans la construction du pays, le président Ahidjo met ses concitoyens à contribution. Le procédé se caractérise par le rejet de la critique et l’absence d’un discours « autre » que celui du pouvoir en place.

La période qui s’ouvre à partir de la décennie 1960 s’accompagne d’un ensemble de restrictions de libertés. Il s’agit d’abord de la restriction de la liberté « d’aller et venir » à l’intérieur du territoire. Par la suite, le système de contrôle social s’étend également à l’une des formes de libertés les plus fondamentales, à savoir : la liberté d’expression. Ainsi, la presse est fortement invitée à accompagner le pouvoir dans son action de construction du pays. La radio, quant à elle, doit jouer le rôle d’outil d’information au service du pouvoir en place. Dans les faits, elle est appelée à parler des projets prioritaires du « père de la nation » [2] et à expliquer aux populations l’orientation politique du pouvoir en place et en quoi celle-ci est pertinente pour le pays. Son travail consiste à produire un discours de promotion du développement économique et celui lié à la construction de l’unité nationale.

Dans ce contexte, la radio unique se mue en auxiliaire de l’action gouvernementale. Elle n’a pas la vocation à critiquer. Elle accompagne plutôt le gouvernement dans sa mission d’unité nationale et de progrès. D’ailleurs, lors d’une réunion de chefs d’État africain sur le développement de l’Afrique en mars 1962, le président Ahidjo laisse entendre que « les moyens de communication sociale ainsi que les technologies de la communication doivent être au service de l’État dans sa mission d’unité nationale et de progrès »[3]. Plus encore, « qu’ils doivent être des relais de l’activité gouvernementale et de soutien des institutions dans leur mission de développement »[4]. Il s’agit ici d’une conception ahidjoïste des médias. Car pour lui, les médias doivent contribuer à l’édification de la société en véhiculant les valeurs et idéologies dominantes du pouvoir. C’est dans cette optique de propagande politique qu’il procède à la censure des journaux qui se montraient critiques à l’égard de son gouvernement. Comme le fait remarquer Fabien Éboussi Boulaga, « en 1960, il en paraissait 79 de façon régulière. En 1968, il n’en reste plus que 10, tous pro-gouvernementaux, à une exception près, L’effort camerounais [qui est un journal catholique] » (Éboussi Boulaga, 1997 : 169). Cette période se caractérise par la pensée unique puisque dans le même temps, les partis politiques qui exerçaient dans le pays avaient été interdits.

Du système de monopole étatique à la «libéralisation» du champ audiovisuel camerounais (depuis 2000)

La décennie 1990 marque la fin du monopole de l’État sur les médias. Elle correspond également à l’émergence du pluralisme dans ce domaine. Le pluralisme est favorisé par la loi de 1990 sur la liberté de communication sociale laquelle a donné naissance aux journaux tels que : Challenge hebdo, La Nouvelle Expression, Dikalo, Mutations, etc. Dans le même temps, cette décennie se caractérise par une extrême prolifération de titres. En 1996, par exemple, on dénombre « près de 1300 journaux [qui] se sont créés » au Cameroun (Atenga, 2007 : 7). Dans le domaine de l’audiovisuel, par contre, le pluralisme n’avait pas débuté au cours de la même décennie et ce, malgré la promulgation de la loi pré-citée. Il aura fallu attendre le décret du 3 avril 2000 pour que le monopole de l’État sur l’audiovisuel soit complètement levé [5].

Dans la ville de Douala, les premières radios privées créées datent des années 2000. Parmi celles-ci, nous pouvons citer : RTM créée le 31 décembre 2001, Radio Équinoxe qui émet depuis avril 2002, Sweet FM depuis décembre 2002, etc. Les radios citées sont à considérer comme pionnières dans le paysage audiovisuel privé de la capitale économique du pays. À cette catégorie de radios urbaines, il faut ajouter les nouvelles qui ont pignon sur rue à Douala. Il s’agit, par exemple, de Radio Balafon, Dynamic FM, RSI, Radio Veritas, etc.

À Yaoundé, force est de constater que le pluralisme audiovisuel a débuté bien avant la signature du décret du 3 avril 2000 que nous avons précédemment évoqué. En effet, plusieurs radios souvent qualifiées de « pirates » ont commencé à émettre peu avant les années 2000 (Ngono, 2014). C’est le cas de Radio Reine, station chrétienne appartenant à l’Abbé Jean-Marie Bodo, qui a diffusé ses programmes dès 1999. C’est après la signature du décret du 3 avril pré-cité que le champ audiovisuel de la capitale politique du Cameroun sera enrichi de multiples autres radios urbaines : RTS, Radio Lumière, Magic FM, Radio Venus, TBC, Satellite FM, Radio Environnement, etc. Cette floraison de radios urbaines s’accompagne d’une rude concurrence, chaque radio voulant se positionner dans le vaste marché médiatique camerounais. Pour ce faire, certaines ont dû revoir leurs offres de contenu. Des variétés musicales, aux flashs d’informations, en passant par les jeux, les agendas radiophoniques ont connu de sérieuses mutations. De même qu’ils se sont diversifiés au cours des dernières années avec l’introduction des programmes axés sur un genre médiatique spécifique : les débats (Ngono, 2016 : 66).

En effet, depuis 2002, dans les radios urbaines camerounaises, se développent des émissions dont le format et la philosophie générale consistent à mettre en discussion des sujets portant sur l’actualité et sur lesquels les auditeurs peuvent intervenir. Ces espaces d’échanges consacrent alors de nouvelles formes d’espaces d’expression pour tous types d’acteurs et surtout pour des publics profanes. C’est dans cette logique que semblent s’inscrire les émissions de débats radiophoniques, qui occupent désormais une place primordiale dans les agendas médiatiques au Cameroun. À titre d’exemple, nous pouvons citer les émissions de débats radiophoniques telles que : Vide ton sac, À vous la parole, Le grand débat, Magic Attitude,4S, Surface de vérité, etc. Dans la section qui suit nous analyserons les logiques au centre de la constitution d’un espace public de débat radiophonique dans le contexte camerounais.

Les logiques d’acteurs dans la constitution d’un espace public de débats radiophoniques au Cameroun

Entre logiques de captation et de fidélisation des acteurs profanes

La logique de captation, telle que développée par Patrick Charaudeau (2005), consiste en une opération médiatique dont l’objectif est d’obtenir l’adhésion du public, en prétendant combler les attentes de celui-ci. Il s’agit d’une logique de séduction. Charaudeau ajoute que pour atteindre cette logique de captation, les médias procèdent différemment. Au Cameroun, comme dans la plupart des pays, les médias investissent principalement dans la mise sur pied des programmes en phase avec l’adhésion du public. Ainsi, les émissions de débats radiophoniques participent de cette logique de recherche/captation des auditeurs.

À la question de savoir pourquoi diffuser des débats à la radio, un journaliste de Hit FM, une radio privée de Douala, explique que : « C’est pour pallier à la carence des émissions de débats où ce type d’acteurs aurait la parole pour s’exprimer. Nous avons donc trouvé mieux de proposer ce genre d’émission afin de mieux atteindre nos auditeurs ». Il faudrait préciser qu’au Cameroun, nombreuses sont les émissions de débats où interviennent des universitaires, hommes politiques, journalistes, experts et parfois des acteurs de la société civile. En créant des dispositifs médiatiques similaires, les radios urbaines faisant partie de notre corpus entendent combler un vide au niveau des espaces de la parole médiatique au Cameroun. De ce fait, l’espace public n’est plus seulement confisqué par des acteurs dominants, mais prend aussi la configuration d’un espace de médiation où des acteurs profanes peuvent produire et faire entendre une parole plus ou moins contradictoire. Les journalistes rencontrés lors de notre recherche justifient l’octroi de la parole aux profanes par la volonté de rupture avec le rituel/ou pratiques médiatiques en vigueur au Cameroun. Pour le présentateur de l’émission Cité en conversation sur Hit FM, « il s’agit de rompre avec la routine des débats toujours télévisés, d’apporter un autre son de cloche et de donner la parole même aux profanes ». Il apparaît que les journalistes considèrent les émissions de débats radiophoniques comme un moyen de mettre un terme à la monotonie observée dans les agendas médiatiques au Cameroun.

Par ailleurs, la création des émissions de débat permet aussi aux radios urbaines de se positionner dans le champ médiatique camerounais. À travers ce type d’émissions, les radios apparaissent comme des tribunes permettant aux profanes de prendre part au débat citoyen. Se montrer assez proche des préoccupations du public, c’est aussi une logique qui émerge des entretiens semi-directifs réalisés avec les journalistes de notre corpus. Car ces émissions ont la particularité de toucher à toutes les préoccupations de la vie de la nation à l’instar de : la cherté de la vie, les coupures intempestives d’eau et de la fourniture électrique, le chômage des jeunes, etc. Telles qu’organisées, elles ont la vocation d’être des lieux de délibération, mais aussi de participation au débat citoyen. Comme l’a souligné un journaliste de Magic FM, en entretien, « de telles émissions parlent du quotidien des gens, en leur donnant la parole. C’est ainsi qu’ils se sentent concernés ».

Le caractère populaire de ce type d’émission poursuit d’autres finalités. Il s’agit pour les journalistes de « toucher le plus grand nombre d’auditeurs en leur donnant la parole pour intervenir sur des sujets d’actualité » (journaliste de Campus FM, à Yaoundé) ; de « fidéliser les auditeurs en diversifiant la grille des programmes » (journaliste de Hit FM à Douala) ; « et en accordant des espaces d’expression à toutes les couches sociales même les plus défavorisées » (journaliste de Magic FM à Yaoundé). Car ces émissions permettent aux citoyens de pouvoir s’exprimer ; de donner leurs points de vue sur la marche du pays. Il est aussi question d’amener les citoyens à se familiariser avec la radio, de maintenir le contact avec les auditeurs. Dans une autre perspective, faire intervenir les acteurs profanes a une dimension symbolique : celle de faire croire qu’ils participent à la vie de la nation. Donner la possibilité aux citoyens de critiquer les autorités apparaît comme une stratégie qui va au-delà d’un acte citoyen, mais permet aussi aux médias de se positionner dans le champ de l’expression publique au Cameroun[6].

Par ailleurs, le partage d’expérience apparaît ici comme une composante essentielle de la participation aux émissions de débats radiophoniques. Une relation de confiance s’établit entre les acteurs profanes et les radios. Cette relation se fonde principalement sur une (inter)dépendance. Ceci dans la mesure où chaque acteur a forcément besoin de l’autre pour se réaliser ou atteindre son objectif spécifique. D’un côté, les auditeurs sont animés par le souci de faire-part de leur vécu et de leurs expériences à la radio. De l’autre côté, les médias entendent plutôt capitaliser sur la valorisation d’une parole médiatique profane, qui serait plus prisée dans un contexte où la confiance à l’égard des hommes politiques tend à s’effriter.

Quel est l’apport de la parole profane dans les émissions de débats que vous organisez au sein de votre radio ? Les réponses reçues (80% des 10 journalistes interrogés) se rapprochent de cette déclaration d’un journaliste de Sky One Radio pour qui : « elle [la parole profane] traduit les expériences du terrain, du « bas peuple » et pose des préoccupations à l’endroit des décideurs ou dénoncent certaines décisions ou certains actes administratifs ». À travers une telle déclaration, l’on est tenté de dire que le « pouvoir de l’expert » est désormais redouté au sein de l’espace public médiatique. Dans le cadre des émissions de débats radiophoniques au Cameroun, la parole experte semble plus que jamais remplacée par celle des acteurs profanes souvent pour des raisons d’ego à la fois du journaliste qui choisit les intervenants et l’expert qui n’intervient que sur invitation. Un journaliste officiant à Campus FM justifie cela par le fait que c’est : « parce que nul n’a la science infuse. Le profane a autant droit à la parole que l’expert ». Il y a comme une extension du capital d’expertise, qui n’est plus seulement reconnu aux experts, mais à ceux qui sont mieux placés pour expliquer leurs expériences de la vie quotidienne.

La recomposition du champ radiophonique camerounais : vers de nouvelles trajectoires d’expertise dans l’espace de la parole publique ?

Dans un ouvrage collectif intitulé Le profane en politique. Compétences et engagement du citoyen publié en 2008, Thomas Fromentin et Stéphanie Wojcik s’intéressent à l’aspect de démocratisation des modalités de l’expertise en se basant sur la place de la parole profane en politique. À travers la participation de cette catégorie d’acteurs dans le champ politique, c’est non seulement un exercice de citoyenneté, qui est instauré, mais aussi un capital important dans l’explication des faits ou phénomènes sociaux et des expériences de la vie quotidienne qui se trouve valorisé.

Dans le cas camerounais, la participation des citoyens aux débats radiophoniques tend à changer le regard qu’on a du profane. Ainsi, elle appelle à de nouvelles catégories d’analyse du profane. Parler de recomposition du champ médiatique camerounais revient à mettre en lumière les catégories d’acteurs qui opèrent dans les émissions de débats. Au cours des entretiens réalisés, à la question de savoir quels sont les profils et statuts des acteurs qui prennent régulièrement part auxdites émissions, les réponses des journalistes sont identiques. Il s’agit entre autres des « bayam sellam » ; des « ben-skinneurs » ; des vendeurs à la sauvette, des analphabètes [7] » (journaliste à Campus FM). Nous pouvons constater que ceux qui interviennent dans les émissions de débats radiophoniques se recrutent dans les catégories socioprofessionnelles populaires. Il s’agit des couches sociales vulnérables et qui se servent des débats radiophoniques comme lieux d’existence, voire d’interpellation du politique.

Au cours des entretiens menés, il ressort également que très peu d’universitaires et d’hommes politiques interviennent dans de telles émissions. Selon un journaliste de Magic FM, « à la radio, c’est plus facile d’entendre les profanes intervenir. Ce qui n’est presque jamais le cas des experts et les autres acteurs sociaux. Comme si ceux-ci réservaient leur parole à la télévision. Du coup, nous faisons avec les profanes à la radio ».

Nous postulons qu’il y aurait comme une division des espaces d’expression au sein de l’espace public camerounais, qui fait qu’en fonction du média, les acteurs qui y investissent ne soient pas les mêmes. À la radio, ce serait la parole profane qui est mise en valeur. Alors qu’à la télévision, c’est le plus souvent la parole experte qui est privilégiée. Il faut préciser que seule une étude empirique plus poussée permettrait de tirer des conclusions sur la fragmentation différentielle de la participation des publics dans l’espace médiatique (Glevarec ; Pinet, 2009) au Cameroun. Cela dit, la segmentation des espaces médiatiques que nous tentons de relever ici tient non seulement à la participation en fonction du type de média, mais prend aussi en compte la valeur du capital social que possèdent les publics des médias. La forme de l’espace public qui émerge au Cameroun serait celle dite « fragmentée ». Elle rejoint une thèse déjà explorée et promue par Bernard Miège (2010). Ce dernier rejette d’ailleurs l’idée d’un espace public « unique ».

En effet, la recomposition de l’espace public à laquelle on assiste émerge à partir des réalités d’un modèle alternatif de l’espace public, lequel repose sur l’expression des classes sociales souvent oubliées, ou pas dignes de discours considérés comme légitimes dans la sphère publique. Dans le contexte camerounais, nous pouvons relever une nouvelle configuration des acteurs sociaux (Cabedoche, 2015). Celle-ci se traduit par l’intrusion de nouveaux acteurs au sein de la sphère publique médiatique, ceux que nous avons cités précédemment. En donnant la parole aux acteurs dits profanes, ces émissions se transforment ainsi en « des lieux d’expression de la citoyenneté » (journaliste de Hit FM) et vise aussi à « informer, éduquer et sensibiliser les profanes, en leur permettant de s’exprimer à travers les débats radiophoniques » (journaliste à Campus FM).

Il convient, en revanche, de mettre en évidence les nouvelles trajectoires d’expertise, qui émergeraient ou qui se constitueraient à partir de la participation régulière des profanes dans ce type d’émissions. Le mot « expertise » ici peut être mis entre guillemets. Car, il ne s’agit pas forcement d’une expertise issue de la détention d’un capital social conséquent [8]. La particularité de ce type d’expertise tient au vécu quotidien, aux expériences de la vie quotidienne auxquelles font face les profanes, qui appellent pour prendre part aux émissions de débats radiophoniques. Il convient de penser l’expertise ici sous deux angles : celui de l’expérience vécue et celui de la maîtrise des réalités sociales. Pour paraphraser Christophe Deleu (2006), la radio n’a plus seulement la vocation de mettre sur la scène publique la parole d’auditeurs anonymes, mais elle constitue dorénavant un lieu où les auditeurs se saisissent de la parole pour discuter et échanger des expériences vécues.

Nous constatons ici que ce sont les acteurs de la médiation (hommes politiques, journalistes, experts, etc.) qui sont mis de côté. La production d’une expérience par les acteurs profanes eux-mêmes apparaît comme une nouvelle catégorie analytique de l’expression médiatique dans un pays où les « parleurs publics » ont fait de la langue de bois un mode d’expression. Cela se traduit par le fait que toute prise de parole au sein de l’espace public par des acteurs dominants est souvent confinée dans des logiques de clientélisme politique. Autrement dit, prendre la parole sur un sujet d’actualité est considéré comme action ou exercice de (con)quête d’un poste de nomination.

En guise de conclusion

À défaut de conclure, disons que deux logiques semblent expliquer la place et le statut de la parole profane dans les émissions de débats dans les radios urbaines au Cameroun : logique de captation et de fidélisation des acteurs profanes. Les deux s’incrustent et se chevauchent dans un environnement médiatique concurrentiel (en termes de défis de production des émissions en phase avec l’adhésion du public) et dans un contexte marqué par l’émergence d’espaces publics alternatifs et où la parole profane, bien qu’encore embryonnaire, est en quête de reconnaissance. Donnant la parole à des acteurs considérés comme « non méritants » de l’espace public, les promoteurs de débats radiophoniques camerounais participeraient ainsi à la consécration d’une nouvelle forme d’expression avec de nouveaux types d’acteurs. Nos résultats révèlent une recomposition de pratiques professionnelles et journalistiques, qui ne considèrent plus seulement les experts, des gens avec un certain capital comme seuls détenteurs de la parole légitime au sein de l’espace public, mais tentent de valoriser une parole profane comme modalité du vécu, des expériences et à partir de laquelle le média peut tirer sa propre épingle du jeu.

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WOLTON Dominique. Penser la communication, Paris : éditions Flammarion, 1997, 388 p.

Notes

[1] Littéralement, l’expression « Boko Haram » signifie l’éducation occidentale est un péché. Selon les autorités camerounaises, il s’agit d’un groupe terroriste.

[2] L’expression « père de la nation » fait référence à un acteur qui a joué un rôle important dans la construction d’une nation. Il s’agit aussi de celui qui est à la tête de la nation et qui décide de tout.

[3] Se référer au discours Ahmadou Ahidjo prononcé lors d’une réunion des chefs d’État africain sur le développement de l’Afrique en mars 1962.

[4] Ibid.

[5] Il s’agit du décret N°2000/158 du 03 avril 2000 fixant les conditions et modalités de création et d’exploitation des entreprises privées de communication audiovisuelle.

[6] Il faut souligner que ces émissions sont contrôlées par le pouvoir. Lire par exemple, Fanny Pigeaud, Au Cameroun de Paul Biya, Paris, éd. Karthala, 2011, 276p.

[7] Au Cameroun, l’expression populaire « ballam sellam » qui découle de l’anglais buy and sellfait référence aux revendeuses. Et l’expression « ben skinneurs » désigne les conducteurs de motos taxis dans les grandes villes du pays.

[8] À propos du concept de « capital », se référer, par exemple, à Pierre Bourdieu,Choses dites, Paris, Les éditions de minuit, 1987, p. 161.

Pour citer cet article

Référence électronique

Simon NGONO, «La médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun : enjeux et logiques de la constitution d’un espace public», RadioMorphoses, [En ligne], n°2– 2017, mis en ligne le «22/10/2017», URL: http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/06/02/cameroun-radio/

Auteur

Simon NGONO est Doctorant en Sciences de l’Information et de la Communication au laboratoire du Gresec (EA608), Université Grenoble Alpes.

Courriel : simon.ngono@univ-grenoble-alpes.fr

 

 

The use of digital resources in Brazilian community and associative radios

Ana Cristina SUZINA

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Abstract

This article proposes an observation of the uses of digital resources in community and associative radios in Brazil, trying to point out their potential influence over the practices. The analysis is based on 23 reports of experience presented by popular  media actors in a national event and on interviews made with leading actors from two radio stations in Brazil. The initiatives are observed under three dimensions, regarding technical aspects, networking dynamics and the perspective of social change.

Keywords: radio, digital resources, Brazil, citizenship, social change

Résumé

 Cet article propose une observation des usages des ressources numériques par radios communautaires et associatifs au Brésil, en essayant de souligner leur influence potentielle sur les pratiques. L’analyse est basée sur 23 rapports d’expérience présentés par des acteurs des médias populaires à un événement national et sur des entretiens réalisés avec des acteurs en deux radios au Nord-est Brésilien. Les initiatives sont observées sous trois dimensions : des aspects techniques, la dynamique de mise en réseau et la perspective de changement social.

Mots-clés : radio, ressources numériques, Brésil, citoyenneté, changement social

Resumen

Este artículo presenta una observación de la utilización de recursos digitales en radios comunitarias y de grupos de la sociedad civil en Brasil, buscando realzar su influencia sobre las prácticas comunicativas. El análisis está basado en 23 relatos de experiencias presentadas por comunicadores populares en un congreso nacional y en entrevistas hechas con comunicadores líderes de dos radios del nordeste brasileño. Las iniciativas fueron analizadas desde tres perspectivas, orientadas cada una a aspectos técnicos, a dinámicas de trabajo en red y en relación a la búsqueda del cambio social.

Palabras clave : radio, recursos digitales, Brasil, ciudadanía, cambio social

Manuel Castells defends the idea of communication as a central power in modern societies and argues that the emergence of digital culture has made it greater than ever. It is supposed to introduce changes in contexts of asymmetries, considering that “the entry barriers in the Internet industry are much lower than in the traditional communication industry” (Castells, 2013). Taking Brazil as a stratified society (Fraser, 1992), this article proposes an observation of the uses of digital resources in community, church-related and associative radios in that country, trying to point out their potential influence over the practices.

The country reproduces its social and economical inequalities in the media sphere. According to social actors working on the equality of communication, no more than 11 families own most of the media in the country while thousands of applications for licenses for the establishment of community radio stations go for decades without a proper answer. On top of that, the reality of a great number of community and associative radios is marked by huge efforts to overtake the lack of resources of all types.

This analysis is based on 23 reports of experience presented by popular[1] media actors in a national event and on interviews made with actors leading two radio experiences in Brazil. The impacts observed will be presented in three analytical dimensions: the technical dimension, the collaborative dimension, and the dimension of social change.

In the field, the media actors consulted frequently talk about digital resources for describing their activities, for pointing to a perspective or for unfolding partnerships and shared initiatives. Our assumption is that they are already aware of the potential of digital resources on technical and collaborative dimensions as a means to improve their work or to make processes easier, but their role as a boost for societal changes seems to be still underestimated. They say frequently that they feel powerfully connected to people fighting for the same goals, but it is not clear how this concept is actually translated into action. There is evidence for assuming also that the use or the desire to use digital resources is related to a concern to be seen and recognized, which can be connected to the construction of identities, both individual and collective.

This article is organized in five sections. The first one describes briefly the approach applied and is followed by a presentation of the sample. Then, it proceeds to a description of the three dimensions of analysis. The fourth section discusses the findings observed in each of them, and the fifth one proposes a general conclusion.

The approach

This article is based on the analysis of 23 reports of experiences presented during the 8th Mutirão Brasileiro de Comunicação. The event is a biennial national congress organized by the Catholic Church in Brazil, which gathers communicators from all over the country, mostly related to grassroots catholic initiatives in the field of communication, but also other community and popular experiences. It was conceived as a place for sharing experiences among peers, stimulating debates around relevant issues and providing several workshops where participants exchange information with the audience. Considering the extensive hold of the Catholic Church in Brazil and its social engagement in many regions and sectors (Dornelles, 2007), the set of contributions appeared to be relevant for identifying trends.

The 8th Mutirão was realized in the city of Natal, Rio Grande do Norte, in October 2013, and drew around one thousand participants. The program counted on 113 shared initiatives during three days of workshops and 96 of them counted on written abstracts of 2-4 pages that were the material used for the present analysis. In total, 23 contributions reported experiences where the radio was the main medium. The analysis of reports was carried out with the support of NVivo software – version 10. The three dimensions proposed were transformed into coding labels and applied to the texts. The program identified the occurrence of certain characteristics and allowed associations between them to enrich the interpretation of the way actors described their practices.

Two more experiences were included in the study, the Rádio Casa Grande, in Nova Olinda/CE, and the Rádio Ibiapina, in Florânia/RN. This approach consisted of a one week field visit to each radio station, including observation of practices in studio and interviews with staff members, such as the content coordinator of each radio, and broadcasters responsible for specific programs.

The sample

Half of the initiatives (12) are situated in the Northeast region and the other regions were represented as follows: four reports from the Southeast, three from the South, two from the North and one from the Central West; one report did not identify its geographical position. It is important to consider, then, that the findings are influenced by this distribution. But, taking into account the concern about asymmetries, they still present an interesting framework. Even if life conditions have improved in the Northeast in the last years, it is still a region marked by poverty and huge inequalities.

The distribution of age is relatively balanced. Half of the initiatives (12) have existed for less than five years while eight have existed for more than ten years. The range of diffusion is also well distributed: nine community experiences, six regional, five municipal, three global and two national. It is important to say that some reports identified the initiative as local and global simultaneously, already pointing to an impact of digital culture. This classification considers the audiences beyond the original community, because of the wide access allowed by web platforms.

Finally, even if the event focuses predominantly in communication practices of the Catholic Church, 14 reports declared an attachment of the radio station to this institution while nine of them indicated property or management of NGOs and other local associations. Believers are the target public of nine of the initiatives analyzed, while 12 of them are directed towards a general audience and four towards a scholarly one.

Rádio Casa Grande and the Rádio Ibiapina were chosen because of their geographical situation, both in the Northeast region of the country like the majority of reports. The first case is attached to a local NGO focused in culture and children development; the latter is attached to the Catholic Church.

Dimensions of analysis

The observation was originally guided by the results of the reference research work of Cicilia Peruzzo about the use of communication by popular movements (Peruzzo, 1998). The initial objective was to observe if and how weakness and strengths pointed out by this author in the 1990’s (Table 1) were still present in the initiatives selected for the present study, as well as to identify other relevant characteristics that could point to new trends, specially regarding the role of digital resources. For the purposes of this study, digital resources were understood as electronic technologies, such as the internet, social networks and the world wide web, among others, that are used by media actors as a main or complementary resource for producing and diffusing information.

Table 1: Weaknesses and strengths of popular communication initiatives, according to Peruzzo (1998)

Weaknesses Strengths
reduced range, improper means, limited use of media, regardless of variety, lack of technical skills, content untapped, manipulation, lack of financial resources, use in emergency situations, political influence, unequal participation diversification of tools, ownership of resources and techniques, conquest of space, critical content, institutional autonomy, articulation with culture, reworking of values, identity formation, predisposition to service, preservation of memory, media democratization, conquest of citizenship

Searching for the evolution of these findings, we organized them according to  three dimensions of analysis, as follows :

The technical dimension

This dimension encompasses predominantly aspects related to how information is produced and disseminated, what resources are available to create and maintain the medium, how the medium reaches society, among others. The analysis of reports and the field observations focused in the following aspects: institutional autonomy, availability of resources, adequacy of media, kind of “staff”, range of diffusion, variety of content.

The  collaborative dimension

This dimension aims to reveal the use of networking practices to enhance and/or enlarge the media practice effects, that is, what are the connections established with other media or with other social groups in order to improve the production and/or the diffusion of contents.

The dimension of social change

This dimension is associated with the use of a medium to make an action or idea stronger and then transform a given situation. It is related to descriptions made by the actors, where they justified the existence of the media with arguments concerning rights, representativeness or the intention of contributing to create a new social order. The analysis focused on aspects such as: participation of the community, appropriation of media, resources and techniques, approach, management.

General findings

The presence of digital resources was observed in most of the reports of experiences analyzed and in both radio stations visited. Only seven out of the 23 reports did not mention any digital practice, but it is important to observe that five out of these seven were initiatives where the radio was used in educational projects, frequently in schools. For instance, two of them actually mentioned the internet in cooperation with radio and/or education.

In the context of what we can describe as a regular use of radio – generally speaking, producing and diffusing information and/or entertainment – the impact of digital culture revealed several perspectives. On the one hand, there was evidence of its contribution for improving the production process, in ways such as access to sources of information or possibilities of exchanging contents. However, it was not clear if there was a concrete impact on the level of participation of the communities and audiences in these processes. On the other hand, it was also possible to observe an enlargement of audiences, meaning that the production of these media becomes available to people other than their original public. In this sense, a question arises around the potential enrollment and the visibility of more voices in the constant fight for domination and influence in the public sphere (François & Neveu, 1999). This double sided configuration is described by the managers of the Portuguese and Spanish web radio channels Migrantes :

“For migrants both channels are a tool of articulation and visibility. Articulation among migrant communities in various regions, through the web devices that create contacts in real time and network. Visibility to the extent that the migratory phenomenon in question shall be placed on the media, which discusses the circumstances in which migrants live and their claims.” (Lara & Gheller, 2013)

Observing the practices, 11 out of 23 reports pointed out to the use of social networks, with facebook leading the preferences. Actually, there is a trend of applying the term “network” associated to the presence in social networks and meaning “being connected”. The possible implications of this understanding will be better developed in the following sections. Another frequent use of digital resources is related to the availability of productions online; 12 out of 23 reports described this kind of practice.

From the account of the actors, the introduction of digital resources produces impacts in the definition of territory and public – some actors classify their media as communitarian, for example, but still mention an international audience because of the enlarged access provided by the internet –, in their capacity of performing as alternative sources of information, as well as in their ability of making issues visible. In general, digital resources are seen as a solution already in place and/or as a hope to solve problems and to improve radio production and diffusion.

In the following, the findings will be discussed according to the three analytical dimensions proposed before.

Technical dimension

As already mentioned, this dimension looks to the conditions for establishing and maintaining a radio station and the means for reaching audiences. According to the reports analyzed, digital resources represent the possibility of reducing costs of production, meaning better opportunities for the continuity and expansion of the projects as well as for institutional autonomy. This advantage was particularly highlighted by those working with web radios, as stated by Cláudio Viana Gonçalves, from the web radio São Francisco, in Itapipoca (CE), Northeast region:

“The radio via internet offers the opportunity of expanding the variety of programs. The cost of going online is reduced and it is possible to reach “small communities” of audience interested in more specific music genres.” (Gonçalves, 2013)

Even if internet connection is still low or unstable in many places in Brazil, it makes it possible to share and even produce collective programs with participation of outlying communities. The Rede de Notícias da Amazônia, in the North region, for example, produces a daily news program with information coming from 13 community radios all over the region. The low bandwidth avoided the installation of a system where all members could upload and download productions from a common server or website, but it is still enough to send and receive pieces. (Santos & Sena, 2013)

The use of digital resources is also related to the improvement of content production. Both in the reports and in the field visits, media actors revealed how they are able to reach sources of information like never before. It includes the use of search engines and the access and reproduction of contents produced by partners or peers wherever they are. Actors also recall more mobility for reporting from different places and more possibilities for making contents available in different formats like podcasts, for example.

When it comes to the aspect of reaching society, there was frequently a blog or a facebook page related to many of the initiatives. This presence on the internet may be read under several perspectives. First, there is the idea of expanding audience, which is challenged by inequalities in the infrastructure. For example, in the case of Rádio Casa Grande, in Nova Olinda (CE), Northeast region, the general connectivity in the city is around 300K and the number of homes with a computer is small. Anyway, the project has many digital interfaces to diffuse information and activities. Besides the institutional web pages, the coordinators of the project motivate the children participating in the activities to have their own blogs and tell the world their news.

“We motivate each kid to have his/her blog, because it is a way of showing themselves off virtually to the world. How the Casa Grande is doing today, there will be people out there in São Paulo, in Japan, that will know the reality of Fundação Casa Grande.” (Diniz & Marope, 2013)

This situation reveals the development of a double-pronged strategy. While the local community still depend on the traditional radio services, new publics can be reached. The group leading the web radio São Francisco, for instance, think about young audiences with their smart phones. Through the internet, the public of web radio Migrantes can follow the programs all over the world and keep connections with their original backgrounds. However, some reports assign to digital resources advantages that were already attributed to the radio itself, such as the possibility of reaching people who could not go to the Church through programs available in the internet.

Another observation that must be made is that, even if media actors praise the potential of digital resources for enlarging audiences, frequently they are used just as another mean of communication, along with or in place of the telephone. The report from Willamy Renan de Jesus, from a community radio in Lucena (PB), Northeast region, illustrates this situation:

“Through social networks and the telephone, the audience could establish direct contact with the radio presenter, who interacted alive, improving the character of entertainment of the program.” (Jesus, 2013)

Finally, the use of social networks is providing a mean for measuring the audience and the quality of productions, according to the reports analyzed. ‘Likes’, sharing and comments are recalled by media actors as symbols of the success of the programs, as reported by the team leading the web TV and the web radio of a parish in Natal (RN), Northeast region:

“Since the beginning till currently, the results achieved by the web TV and the web radio in the parish of Nossa Senhora da Candelária are very expressive and positive. The first evidence is the constantly growing number of page hits to the parish’s website (…) Another important point that confirms the good results are the testimonials of internet users following the productions.” (Fonseca, Santos, & Medeiros Jr, 2013)

Collaborative dimension

In this dimension, the analysis focused on practices of networking, in the sense of gathering efforts among media or other actors for improving the potential of producing and diffusing information. The most frequent practice identified was what could be called a distribution partnership, i.e, digital resources have been used for making ready content available among partners. Media actors talk about broadcasting productions done by peers and about exchanging material.

It must be said that the best experiences observed in this dimension came from groups that were already working together before, independently from the use of digital resources. It can be seen, for instance, in the cases of Rede de Notícias da Amazônia and Rede Católica de Rádio. The radio stations that form these networks already existing and the digital resources made possible for them to share contents on behalf of a common goal, which is making Amazon known by Amazon people in the first experience and making local experiences of catholic communities visible for the whole country in the second one.

In the case of Rede de Notícias da Amazônia, the project includes the whole work of training and building up common concepts among professionals taking part in the initiative. It includes an important effort of giving voice to local actors and presenting the region from a local perspective, in opposition to what the founders of the project consider as a biased view coming from mainstream media. The digital resources, even though limited, support the dynamic of collective production that is constructed within other regular activities.

In the case of Rede Católica de Rádio, digital resources are used for strengthening the networking dynamics already in place for decades. Based on a digital news platform which combines a website and applications specially developed for answering to their needs, the members of this network are able to diversify their contents through a permanent exchange of productions from all over the country. It improves the quality of services and it also works as a financial solution. Small radio stations can engage in large projects, offering their presence in remote places as an original source of information for the partners and providing national and deep covering for their local audiences.

“The new technologies came to sum up with radio, allowing more integration (…) This proposal [of having a news digital platform within the Rede Católica de Rádio] aims to integrate, through the internet, catholic radio stations with low financial resources, offering news articles in written and audiovisual formats, as a way for qualifying the network with information produced in local news rooms, based on an intranet and an extranet platform that makes possible the exchange of contents from local perspectives, that improve the working conditions in a collaborative environment and that, also, improve the quality of production with exclusive news.” (Romanini, 2013)

Dimension of social change

The analysis in this dimension looked for practices focused on objectives such as getting an issue or idea publicly stronger and/or improving life conditions for certain groups. Two aspects may be highlighted. The first relates to patterns of participation and the second concerns the appropriation of channels. They were considered as elements of social change because they may contribute to the democratization of communication through the diversification of voices in the public sphere.

As mentioned before, it was not possible to identify whether the use of digital resources is producing a relevant impact in the participation of communities in the production process. Frequently, media actors talk about benefits of digital resources in the participation associating with more opportunities of reaction and of using contributions from the public as a content. that is, people have more channels to express their opinions and share their perspectives in the framework of radio productions and, in return, these contributions are easily used to nourish the programs.

It is important to recognize that the analysis of a set of 2-4 page reports is not enough to identify such a complex process as participation. The field visits did not yield much information either. Radio Ibiapina does not use digital resources for public purposes. Its programs are not available on the internet and the radio is not present on social networks. As mentioned before, Rádio Casa Grande has a diversified presence on the internet, but it is situated in a city where the access to internet is very low. The field observation registered dynamics of participation but they were not related to digital resources.The contribution of this analysis is, then, to point out some evidence that confirm that the term participation must be carefully used, according to precise criteria.

Concerning the appropriation of channels, the contributions of digital resources seems to be more easily observable. The first evidence, present both in the reports and the in the field visits, is the disagreement of media actors in relation to the Brazilian laws regarding the distribution of radio licenses. There were several narratives of difficulties for obtaining a permission for broadcasting. In this context, digital resources may take over legal and bureaucratic barriers, especially in the caseof web radios.After waiting for 15 years for receive permission for a regular community radio station, the coordinators of Rádio Cantareira FM, in the city of São Paulo (SP), Southeast region, defend their advantages:

« Communication via web radio extends the voice of the community since the community radio legislation limits coverage to a radius of 3 km, antenna up to 30 feet tall and 25 watts of power. Another complicating of the law is the limitation of only one frequency channel for community radio stations by county. In this context the web radio breaks certain barriers of community broadcasting legislation and reaches other cities, states and countries.” (Rosembach & Zottis, 2013)

Another benefit coming from the reduction of barriers for developing a radio project in a digital environment is the possibility of getting some or more space for “invisible” social groups or issues. The activities promoted by Instituto Comradio, in Piauí, in the Northeast region, have been integrating, among others, blind people and their claims in the public debate. After being trained and getting appropriate equipment, they started to use radio, occupying a place in a professional market and delivering messages that discuss the inclusion of handicap people in society.

The report of the web radio Migrantes goes in the same direction, with a confirmation of the potential of digital radio productions for building recognition to social groups and highlighting issues concerning their life conditions. In this case, there was also a reference to the possibility of agenda setting that comes with the fast and wide diffusion of information on the web. Issues debated on digital platforms can be easily multiplied and introduce alternative topics in mainstream media.

Conclusions

Departing from the findings of Cicilia Peruzzo in the 1990s, it is possible to identify important evidences of evolution influenced by the use of digital resources. Some weaknesses are still very present, such as the lack of financial resources, the limited use of media or the lack of technical skills, even if digital resources may contribute to build solutions – for instance, web radios are presented as much cheaper than traditional radios. In turn, the answer to the situation of unequal participation, that sounds as a promise in the context of internet practices, is not solved yet.

On the other hand, the cases allowed us to observe opportunities of improving production processes and enlarging audiences – and consequently increasing visibility for social groups and public issues, which confirm many of the strengths already observed by Peruzzo.In this sense, digital resources represent a chance for diversification of tools and contents, and an occasion for media democratization while granting more visibility for the perspective of citizens.

It is important to highlight that this study identifies trends. The sample can be considered representative, but its geographical and institutional orientation must be recalled; as well as that, except for the two radio stations actually visited, all the analysis was made upon reports of experience; that is, the description of practices made by the actors themselves. As mentioned before, this article aimed to raise some questions and aspects related to the use of digital resources by community and associative radios in Brazil. Each of these questions and aspects may be taken mostly as a point of departure for future and deeper research.

Bibliography

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LARA, Roseli Salete Rossi, & GHELLER, Sergio. Webradio Migrantes: Canais em português e espanhol dão visibilidade para os coletivos de imigrantes latino-americanos. 8º Mutirão Brasileiro de Comunicação. Natal (RN), 2013.

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ROMANINI, João Carlos, Portal de notícias baseado na produção do rádio. Natal (RN): 8th Mutirão Brasileiro de Comunicação (original file), 2013.

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SANTOS, Joelma Viana, & SENA, Edilberto Francisco Moura, Rede de Notícias da Amazônia: O rádio ligando a Amazônia e aproximando seus habitantes. Natal, RN: 8th Mutirão Brasileiro de Comunicação (original file), 2013.

Notes

[1] The term popular is applied according to its Latin-American approach, referring to the culture of the so-called popular classes such as indigenous people, those living in peripheries and suburbs, campesinos and all groups that are excluded from the dominant elite culture. It also refers to practices searching for the emancipation and the improvement of life conditions of these groups.

Pour citer cet article

Référence électronique

Ana Cristina SUZINA « The use of digital resources in Brazilian community and associative radios», RadioMorphoses, [En ligne], n°2 – 2017, mis en ligne le «22/10/2017», URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/06/02/digital-resources-brazilian/

Auteur

Ana Cristina SUZINA, PhD Student. CRIDIS – Université Catholique de Louvain / CAPES Scholar

Courriel : anasuzina@hotmail.com

Le journal parlé de France Inter dans les années 1960. Journalisme de service public et propagande en démocratie, thèse de doctorat en Histoire culturelle, sous la direction de Christian DELPORTE, Université de Versailles-Saint Quentin-en-Yvelines, le 6 décembre 2013.

Béatrice DONZELLE

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Le constat d’une culture populaire en développement pousse le ministère de l’Information  à créer en 1963 une station de radiodiffusion de type généraliste à destination du « grand public ». Il s’agit d’utiliser les moyens médiatiques de masse pour informer, éduquer, divertir, et cultiver les citoyens, mais aussi pour asseoir la communication gouvernementale. La radiodiffusion est alors encore très largement devant la télévision, en termes d’équipement, de moyens de diffusion, et d’usages. Les journalistes et les journaux parlés de la station sont soumis à la tutelle du ministère de l’Information, notamment à travers le service de liaison interministériel pour l’information (SLII) et les briefings, réunions périodiques au cours desquelles le ministre reçoit les journalistes de la presse écrite, de la télévision, et de la radiodiffusion publique et privée. Cette mise sous contrôle est complétée par une restriction des moyens d’actions des journalistes face à leur hiérarchie, et accompagnée d’une politique de relations publiques interne à l’établissement. Cependant, les journalistes de France Inter veillent au quotidien à préserver leur autonomie et à respecter les principes déontologiques de leur profession.

La tutelle du gouvernement sur l’audiovisuel public et la nature même du régime gaullien soulèvent des questions sur la nature des informations diffusées par le Journal Parlé de France Inter. Visent-elles à convaincre les Français, à propager une idéologie, à imposer des options, ou au contraire à leur donner les moyens de choisir et de se forger leur propre opinion? Autrement dit, le Journal Parlé de France Inter est-il un organe de propagande au service du gaullisme, ou une instance d’information au service du public ? Rappelant que la propagande, loin d’être l’apanage des dictatures et des contextes violents ou belliqueux, a toujours existé en démocratie, nous proposons de la définir comme l’action de propager massivement des opinions afin de convaincre. En termes moins concis, la propagande regroupe tout ce qui consiste à propager, répandre, diffuser, vulgariser une opinion, une conviction, une pratique, une doctrine, via des moyens de communication grand public tels que les médias de masse, dans le but de conquérir, reconquérir, convaincre, orienter l’opinion publique, d’agir sur les esprits, ou de se concilier le plus grand nombre d’individus. Ce qui distingue la propagande des autres formes de persuasion et de communication, ce sont les moyens techniques employés, c’est-à-dire l’emploi de vecteurs massifs de diffusion. En effet, la vocation à convaincre est partagée par les autres techniques de communication publique. De même, l’argument du contenu des messages ne permet pas de discriminer la propagande des autres stratégies communicationnelles, que ce soit dans son propos (médical, éducatif, politique, idéologique, électoral, etc.) ou dans les procédés employés : la propagande, y compris en contexte démocratique, peut en effet manier les émotions, la séduction, mobiliser les mythes et stéréotypes, comme elle peut s’appuyer sur la raison, de même qu’elle peut passer par les discours, les signes, ou les images, pour manipuler comme pour éclairer.

Les états-majors de la radiotélévision publique et de la tutelle opposent la notion « d’information », vécue comme facteur de démocratie, à celle de « propagande », considérée comme malhonnête, manipulatrice, aliénante, et antidémocratique. S’ils rejettent et dénient l’idée d’avoir recours à des procédés propagandistes, la volonté d’influencer les journalistes de l’ORTF, et, par leur intermédiaire, l’opinion publique, est réelle. Dans le traitement de l’actualité diplomatique par le JP de France Inter de 1963 à 1969, cela passe notamment par une approche gallocentrée des événements mondiaux, une volonté de redéfinir les équilibres internationaux, d’amplifier le rôle de la France sur la scène mondiale, et d’amoindrir le poids des deux grandes puissances que sont les États-Unis et l’URSS. Dans la couverture de l’actualité intérieure, la politique de sensibilisation à la régionalisation s’inscrit dans une action de communication gouvernementale de longue durée. De même, pour assurer le maintien au pouvoir des gaullistes à l’issue de l’élection présidentielle de 1965, le SLII exerce une action permanente sur les producteurs du JP. Enfin, le conflit qui oppose la rédaction de France Inter à sa direction et au gouvernement lors des événements de 1968 illustre le poids des contraintes que représentent pour les journalistes ces tentatives d’orientation de l’opinion, mais révèle aussi leur capacité de résistance face aux pressions hiérarchiques et leur attachement au principe du droit à l’information.

France Inter se définit à la fois comme un vecteur de masse pour la diffusion de la pensée gaulliste, et comme un moyen de fournir un «service public» informatif et culturel aux Français. Dès lors, se posent deux questions. Quels contenus caractérisent ce service public, et à quel(s) public(s) est-il destiné. S’adressant au grand public, France Inter est conçue comme une station généraliste, dont les programmes et les informations doivent être adaptés à toutes les catégories d’auditeurs. Les états-majors synthétisent dans le concept de « culture populaire » les missions d’informer, éduquer, divertir et cultiver attribuées à la radiotélévision publique. Si ce concept pose un problème de définition aux chercheurs, c’est en tant que culture du plus grand nombre, culture partagée et culture authentique qu’elle est investie par ces acteurs. Le JP de France Inter, responsable de l’information au quotidien, sur la station la plus écoutée, est au cœur de cette logique. Du lancement de France Inter en octobre 1963 à l’élection présidentielle en décembre 1965, le journal parlé prend le visage d’un instrument d’éducation civique à destination du grand public, avec l’objectif d’expliquer le réel et de lui donner du sens, tout en assurant la rapidité et la permanence de l’information face à la concurrence d’Europe n°1. Les pratiques, ancrées dans la tradition journalistique française, mêlent journalisme de collecte, et « new journalism ». De 1966 à l’été 1967, le journal s’oriente vers un style plus populaire, et use, pour tenir tête à la concurrence de la télévision, de procédés de séduction du public. La rédaction applique une séparation stricte des faits et des commentaires. Si la première période est caractérisée par la production d’un « discours » journalistique, la deuxième se distingue nettement par un recul du discours au profit du « récit ». Puis, à partir de l’automne 1967, récit et discours journalistiques se côtoient, de même que se mêlent, au sein d’éditions différentes, journalisme d’information et journalisme de communication.

Le travail de recherche, mené sous la direction du Professeur Christian Delporte, s’inscrit dans une tradition d’histoire culturelle, définie par Pascal Ory comme une « histoire sociale des représentations », et inaugurée par les historiens des Annales. L’approche culturelle consiste notamment à s’intéresser tant au contexte de production qu’au contenu et à la réception des objets culturels étudiés. Celle-ci implique, au point de vue méthodologique et bibliographique, de croiser le champ historique avec d’autres disciplines en sciences humaines et sociales. Cette nécessité est confortée à la fois par la double problématique traitée ici, autour des pratiques de propagande en démocratie et de journalisme de service public, et par le support radiophonique des journaux analysés. La radio, au cœur de cette étude, est depuis les années 1970 l’objet de recherches en histoire, en sociologie, en sciences politiques, et en sciences de l’information-communication. Ces travaux ont constitué pour nous un précieux apport bibliographique et méthodologique. La fabrication du Journal Parlé de France Inter au quotidien est l’objet de notre deuxième partie. L’apport théorique des sociologues des médias nous a été essentiel pour mener notre analyse. Selon Cécile Méadel, « la question qui sous-tend toute sociologie de l’information » est la suivante : « pourquoi, comment et par quels processus les émissions d’information sont-elles fabriquées ? Comment la radio transforme-t-elle une production extérieure en un produit radiophonique qui corresponde à ses exigences?». Nous avons mobilisé la sociologie du journalisme et de l’information, la sociologie des journalistes. La problématique propagandiste a également situé nos interrogations au croisement de l’histoire et des sciences politiques.

Les limites chronologiques et thématiques choisies ont autorisé une exploration approfondie des sources, tant écrites que sonores, permettant de retracer le processus de fabrication de l’information diffusée par le JP de France Inter de 1963 à 1969. D’abord, puisque la problématique porte sur la dimension « service public » ainsi que sur l’insertion de la politique de l’information de France Inter dans les stratégies de communication politique du gouvernement, la question des prescripteurs d’agenda a été traitée essentiellement à partir du dépouillement des archives du ministère de l’Information. Nous avons ainsi pu explorer l’ensemble des procès-verbaux du SLII pour les années 1963-1965, et l’ensemble des courriers reçus et envoyés par le ministère de l’Information en lien avec l’information radiophonique, qu’il s’agisse de courriers d’auditeurs ou de correspondances et de notes échangés avec les responsables de l’ORTF. L’étude de la fabrication du Journal Parlé de France Inter au quotidien s’appuie sur l’écoute d’un corpus sonore couvrant trois semaines par année, de 1963 à 1969 : une au premier semestre de chaque année, une au second, et une dernière correspondant à la période estivale. Pour assurer une représentativité de l’ordinaire du JP, ces semaines n’ont pas été choisies en fonction d’événements particuliers. Elles ont été sélectionnées de manière à pouvoir assurer une traçabilité de la fabrication de l’information, de sa conception à sa diffusion. Plusieurs corpus ont été croisés à cette fin, notamment : les procès-verbaux des réunions du SLII et des briefings ; ceux du conseil d’administration de l’ORTF ; les archives de la direction générale ; les sondages menés auprès des auditeurs. Pour chacune des semaines sélectionnées, l’ensemble des éditions conservées à l’Inathèque ont été écoutées. C’est donc le corpus sonore qui constitue la trame de base de notre analyse des journaux parlés de France Inter entre 1963 et 1969. Une transcription exhaustive et chronométrée de chaque édition constituant ce corpus s’est révélée indispensable à l’étude que nous souhaitions en faire. Ce travail chronophage constitue la première étape préalable à toute analyse portant sur un corpus sonore, sans appui textuel ni visuel. L’écoute de ce corpus raisonné a permis d’établir des statistiques et de repérer la chronologie des rhétoriques journalistiques appliquées dans le JP de France Inter, et évoquées plus haut. La périodisation qui en découlait entrait en totale conformité avec ce qui se dessinait à la lecture des archives écrites. Parallèlement, des compléments d’écoute ont été effectués quand l’analyse le nécessitait.

Pour citer cet article

Référence électronique

Béatrice DONZELLE, «Le journal parlé de France Inter dans les années 1960. Journalisme de service public et propagande en démocratie», thèse de doctorat en Histoire culturelle soutenue sous la direction de Christian Delporte, Université de Versailles-Saint Quentin-en-Yvelines, le 6 décembre 2013. RadioMorphoses, [En ligne], n°2 – 2017, mis en ligne  «22/10/2017», URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/02/21/journal-france-inter/

Auteur

Béatrice DONZELLE est Docteure en Histoire culturelle, ATER UHA, Université de Bourgogne-Franche-Comté

Courriel : beadonzelle@yahoo.fr

 

Radiographie de l’interactivité radiophonique, sous la direction du Professeur Jean-Jacques CHEVAL, Université Bordeaux Montaigne, le 15 juillet 2016.

Blandine SCHMIDT

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Phénomène incontournable sur la bande FM, les programmes radiophoniques accordent une place substantielle à l’expression des anonymes. Les émissions interactives ont bousculé les fondements de la relation entre un média et son public conduisant à la définition de nouveaux usages et de nouvelles pratiques. De nos jours, la modernisation des outils de communication tels que le téléphone (téléphone mobile, SMS) et la démocratisation de l’usage d’internet ont engendré des mutations au sein des médias ainsi que la création d’interfaces spécifiques. SMS, e-mails, tchats, forums, blogs, réseaux sociaux sont autant de moyens mis à la disposition des auditeurs pour interagir. Dans le cadre de notre thèse, nous avons abordé ces programmes en prenant en compte la manière dont le média lui-même se positionne par rapport à son public. Nous avons constaté qu’un grand nombre d’entre eux sont tournés vers l’idée de service, annonçant une intention d’accompagnement des auditeurs dans leur vie privée. Le type d’assistance proposée dans le cadre d’une émission service interactive va dépendre de la station, voire de l’émission elle-même.

Ces programmes sont pour nous le révélateur d’une évolution des rapports sociaux dans la France du début du XXIe siècle. Nous souhaitons ainsi mettre au jour et comprendre la place occupée par le média radiophonique dans notre société. Nous postulons que les émissions service actuelles révèlent et reflètent de nouvelles orientations dans la pratique et les usages des médias. Mais dans ce cas les stations de radios sont-elles actrices ou simplement outils de médiation ? Les publics sont-ils instrumentalisés ou se saisissent-ils de ces espaces médiatiques de manière autonome ? En matière d’appropriation des moyens de communication par le public, que permettent et impliquent l’utilisation de ces nouvelles interactions techniques ? Quelles sont les mutations actuelles dans la relation interactive ?

D’un point de vue théorique et conceptuel, nous nous sommes basés sur les recherches de Christophe Deleu concernant les aspects historiques, sociaux et techniques de l’interactivité à la radio. L’approche sociologique d’Hervé Glevarec sur la réception dans le cadre radiophonique a apporté une base significative dans la manière d’aborder notre objet de recherche. La démarche historique de Jean-Jacques Cheval a été déterminante dans l’intégration d’une dimension diachronique dans notre travail. Nous nous sommes aussi intéressés à l’approche monographique de Dominique Cardon dans la collecte et l’analyse des données de nos terrains. La pensée de Dominique Mehl à propos de la redéfinition de l’espace public et l’exposition de soi dans le cadre médiatique nous ont permis d’établir un cadre de référence complété entre autres par les écrits de Patrick Charaudeau et Rodolphe Ghiglione sur l’insertion et l’instrumentalisation de la parole des gens ordinaires dans les médias. Enfin, nous nous sommes appuyés sur les travaux d’Edward T. Hall et son approche des relations interpersonnelles replaçant le corps et nos perceptions sensorielles au centre des réflexions.

Afin de comprendre les évolutions en matière de participation des auditeurs, nous avons d’abord adopté une démarche historique en portant notre attention sur les émissions pionnières et plus particulièrement celle de Menie Grégoire créée en 1967 sur RTL. Objet de recherche particulièrement intéressant et pertinent, il nous est apparu légitime de revenir sur ce programme qui a contribué à rompre la frontière entre la sphère privée et la sphère publique. Nous avons exploité de nombreuses archives sonores disponibles sur le web et à l’Institut National de l’Audiovisuel à Paris. Nous avons aussi réalisé un entretien semi-directif avec Menie Grégoire afin de confronter ses propos avec nos éléments de réflexion. Dans le cadre d’une démarche méthodologique d’exemplification, nous avons procédé à l’analyse d’un échantillon de lettres accompagnées des annotations des membres de son équipe éditoriale issu du fonds d’archives personnelles de l’animatrice aux Archives Départementales d’Indre et Loire à Tours. Concernant les programmes contemporains, notre terrain de recherche principal est constitué de deux émissions exclusivement basées sur la participation des auditeurs : « Ça peut vous arriver » sur RTL et « Lahaie, l’amour et vous » sur RMC. Se positionnant au service des auditeurs, ces deux programmes ont des champs d’intervention différents – la consommation pour le premier, l’amour et la sexualité pour le second. Qu’il s’agisse de Brigitte Lahaie sur RMC ou de Julien Courbet sur RTL, tous deux sont des personnalités connues dans la sphère publique, leur conférant un statut de star.

Afin de refléter la transversalité de notre thématique et l’interdisciplinarité de notre recherche, nous avons déterminé plusieurs composantes dans notre approche méthodologique. En parallèle d’une veille informationnelle, nous avons procédé à de nombreuses écoutes actives pour déterminer, répertorier et analyser les dispositifs interactifs sur les ondes et sur le web. En plus d’un travail d’enquête en ligne sur les sites web des stations, nous avons opéré une immersion en ligne sur le tchat de « Lahaie, l’amour et vous ». Tout en gardant à l’esprit les difficultés méthodologiques que peut entraîner le traitement des données récoltées sur le terrain, nous avons opté pour une observation participante in situ dans les locaux des stations analysées. Inspirés des pratiques des ethnologues, nous avons tenu un journal de terrain afin de recueillir nos différentes observations et réflexions. Pour mieux comprendre les représentations sociales et mentales de ceux qui font la radio interactive, nous avons réalisé des entretiens semi-directifs avec les animateurs et les membres des équipes éditoriales. Nous avons fondé une partie de notre analyse critique sur l’exploitation de ces entretiens sur un mode déclaratif. Venant soutenir notre propos, les nombreuses citations intégrées dans notre texte sont aussi présentes pour « donner à entendre » leurs réponses dans la perspective d’une approche sonore de l’écrit.

Adoptant une démarche empirique, nous proposons une description analytique des divers modes et dispositifs interactifs. Après avoir fourni un apport contextuel conséquent en proposant une présentation détaillée des stations et programmes étudiés, nous retraçons la place, le rôle, les attributions et les choix des personnes qui contribuent à leur élaboration. Nous confrontons leurs discours et leurs pratiques avec nos propres analyses. Nous apportons également un éclairage conséquent sur la manière dont le public s’approprie les outils interactifs, sur leurs motivations ainsi que sur l’utilisation des contenus produits par l’instance médiatique. L’analyse de la sélection et du traitement des auditeurs à l’antenne et hors antenne constitue un axe central de notre réflexion. Ne convoitant plus forcément la représentativité de leur auditoire, les stations s’attachent désormais à produire un spectacle radiophonique. À ce titre, nous avons révélé plusieurs dispositifs favorisant la mise en scène de la parole des auditeurs, des animateurs et l’évolution de leurs statuts. De plus, nous avons observé un élargissement des pratiques interactives dans le cadre radiophonique. Notre travail démontre l’apparition de bifurcations dans l’interactivité radiophonique dévoilant la présence d’un hors-champ et d’un sur-champ radiophonique. Simultanément au direct, divers types d’interactions (entre auditeurs et avec le média) ont lieu en ligne. Elles peuvent constituer dans le premier cas une passerelle vers l’antenne ou dans le second cas une passerelle vers d’autres interfaces sur le web. Enfin, nous proposons sur un plan plus conceptuel un essai de proxémie radiophonique traitant des différentes positions d’écoute et d’interaction adoptées par un auditeur lambda en fonction de l’appropriation de l’espace et de la place de son corps par rapport aux technologies de l’information et de la communication.

Pour citer cet article

Référence électronique

Blandine SCHMIDT, «Radiographie de l’interactivité radiophonique», thèse en Sciences de l’information et de la communication, soutenue sous la direction de Jean-Jacques Cheval, Université Bordeaux Montaigne,  le 15 juillet 2016. RadioMorphoses, [En ligne], n°2 – 2017, mis en ligne  «22/10/2017», URL :  http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/02/21/interactivite-radiophonique/

Auteur

Blandine SCHMIDT est Docteure en Sciences de l’information et de la communication, Université Bordeaux Montaigne.

Courriel : schmidt.blandine@gmail.com

Pierre Lhande (1877-1957) et le corpus des Radio-sermons aux origines de la radiophonie, sous la direction de Pierre-Marie BEAUDE, École doctorale Fernand-Braudel, UFR SHS Nancy – Metz, 21 novembre 2015.

Eugénie-Myriam BOCEK-VALY

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Ce travail de recherche est dans la continuité et dans l’approfondissement d’une étude commencée lors de la rédaction du mémoire de Master à l’Université de Lorraine. Ce mémoire traitait de l’apport original du média « théâtre » dans une démarche pédagogique auprès des élèves dans les collèges jésuites au XVIIesiècle. La représentation des pièces devant le public prolongeait cette action éducative visant ainsi le plus grand nombre. Pierre Lhande est dans la droite ligne de cet esprit d’innovation, en phase avec l’évolution des idées et des progrès scientifiques et technologiques propres à l’époque, tout en sauvegardant l’ancrage dans la tradition de l’Église catholique. Le 2 janvier 1927, le jésuite Pierre Lhande s’adresse pour la première fois aux auditeurs à l’occasion des vœux de Nouvel An. Pionnier de la prédication à la radio, il perçoit immédiatement la portée de l’impact médiatique de ce nouvel outil de communication. Il poursuit ses interventions à la radio de 1927 à 1934 sous la forme de « sermons » qu’il nomme parfois, « causeries » ou encore « conversations », entre autres dénominations. Le succès est total au regard des courriers des auditeurs et des articles de presse élogieux.

Cette étude s’articule autour du corpus des Radio-sermons. Ce corpus est constitué de huit ouvrages ou recueils, écrits par Pierre Lhande, édités respectivement de 1927 à 1934 (Éditions Spes). La recherche se décline en trois parties : une première sur la présentation de l’auteur, la deuxième sur le contenu du corpus et la troisième davantage ciblée sur la perception par Pierre Lhande du rôle et de l’histoire de la radio. Les « sermons » sont retranscrits dans chaque ouvrage, ce qui en fait d’ores et déjà un document rare en soi, mais la singularité de l’ensemble va au-delà de la retranscription fidèle de la prédication. Son caractère inédit se double du témoignage de Pierre Lhande dans les préfaces, les postfaces, les conclusions où il développe plus largement son point de vue sur l’exceptionnel vecteur de culture qu’offre ce média. Il y expose également sa position sur l’épineuse question de l’expression religieuse à la radio soumise aux principes de laïcité qui fait débat en France. Cet aspect politique n’est pas évoqué dans la prédication sauf sur l’antenne de Radio-Luxembourg dans un seul « radio-sermon » où il informe les auditeurs de la raison de son interdiction de prêcher en France depuis le studio de Radio-Paris. Destinés aux lecteurs, ces préfaces, conclusions ou postfaces traitent de cette problématique, recueil après recueil, en une plaidoirie pour la pérennisation des émissions où l’expression religieuse plurielle a sa place, se défendant de tout prosélytisme religieux. Scrupuleusement, il mène ce combat en consignant ses constats et ses propositions.

La problématique principale s’articule autour de la thématique de l’innovation au cœur de la tradition. Une des lignes conductrices de la recherche s’attache à saisir comment Pierre Lhande a réussi à maintenir le juste équilibre du discours adapté au nouveau média, en conservant la liberté de parole qui le caractérise, dans le respect des principes fondamentaux chrétiens liés à la prédication. La définition que Pierre Lhande donne de lui-même : « prêtre, pasteur, écrivain, chroniqueur », a été le pivot de la démarche sur cette question. Ce choix quant à la ligne conductrice de l’ensemble de la thèse a été crucial pour construire ce travail sur l’auteur et son œuvre.

L’approche théorique de cette recherche s’est construite en premier lieu sur la base de la lecture du corpus des Radio-sermons qui fourmille d’informations. À titre d’exemple, celle-ci, donnée par Pierre Lhande au cours d’une prédication suite à la parution d’un disque vinyle 78 tours en 1934, contenant deux de ses sermons prononcés à la radio en 1927. Ce document sonore a permis de faire une étude comparative entre le texte lu et audio des mêmes sermons. D’autre part, de nombreuses références aux textes bibliques, à l’art, à la littérature, à l’histoire, à la culture générale, entre autres, incluses dans ses sermons, fournissent matières à réflexion dans des champs multidisciplinaires, utiles à la recherche. Ainsi, de façon régulière, plusieurs œuvres dignes d’intérêt, quelles soient littéraires, musicales, picturales ou autres, sont présentées et commentées à l’antenne pour étayer utilement son propos. Notons également la pratique habituelle de Pierre Lhande à utiliser les évènements notoires puisés dans l’actualité pour servir d’accroche à la prédication du jour. Ainsi, dans le recueil (La France missionnaire. Radio-sermons 1931), il y sera question de l’Exposition Coloniale avec des commentaires liés au sujet ainsi qu’une description minutieuse du site à Paris. Enfin, parmi les innombrables thèmes abordés par Pierre Lhande signalons le S.O.S. envoyé en direct à la radio en France pour venir en aide aux nécessiteux lors d’un hiver particulièrement glacial. Cet appel a eu lieu le 17 février 1929 au cours du sermon retranscrit dans « Les pauvres dans l’Évangile » (Radio-sermons 1929). Ce fut le premier appel d’urgence prononcé par un religieux en France à l’antenne.

L’intérêt suscité par la lecture a été déterminant pour poursuivre les recherches extérieures. Aussi, le texte scruté, la consultation d’ouvrages d’auteurs sur les sujets en question, ainsi que le concours d’internet ont été indispensables pour élaborer une démarche scientifique. Citons la biographie de Jeanne Moret, (Le Père Lhande Pionnier du Christ dans la banlieue et à la radio, 1964, Paris Beauchesne), qui a été un fil conducteur efficace, avec des repères chronologiques précis. La consultation aux Archives Jésuites de la Province de France à Vanves, aux Archives du Musée de la radio à Paris, la Bibliothèque Universitaire de Metz, la Bibliothèque diocésaine de Metz, entre autres, ont été des étapes capitales pour consulter des pièces rares ou des ouvrages en lien avec le sujet. L’autre démarche a consisté à pratiquer des interviews sur le terrain au Pays Basque, d’où est originaire Pierre Lhande et plus précisément dans la province de la Soule où il a vécu une grande partie de ses jeunes années et où il s’est éteint en 1957. Les quelques personnes, collégiens à l’époque qui l’ont rencontré personnellement ont confirmé les données relevées dans la biographie de Jeanne Moret. D’autres déplacements ont eu pour but d’appréhender au mieux le monde de la radio et plus précisément celui de la période où Pierre Lhande a prêché sur les ondes. De ce point de vue, les visites à l’exposition sur l’histoire de la radiodiffusion en partenariat avec Radio-France et l’INA en septembre 2012 à Paris ont été fructueuses. La visualisation de l’ensemble de la présentation et les rencontres avec les spécialistes ont été essentielles pour comprendre les rudiments théoriques et pratiques spécifiques à la radio.

L’objectif essentiel de ce travail de recherche est d’apporter une contribution à l’étude de l’œuvre de Pierre Lhande et de sortir ses écrits des archives. Victime d’une aphasie brutale en 1934, il perdit l’usage de la parole qu’il ne récupérera que partiellement. Il sera dans l’incapacité de s’exprimer à nouveau sur les ondes. Le jésuite humaniste et orateur hors-pair tombe alors dans l’oubli à la suite de cet accident et probablement en raison de la situation dramatique liée à la seconde guerre mondiale. Présenter la recherche sur Pierre Lhande et les Radio-sermons dans le cadre universitaire fait partie des moyens pour atteindre l’objectif visé ci-dessus ; la finalité étant de susciter l’intérêt d’autre chercheurs pour continuer ce travail dans des champs pluridisciplinaires. La soutenance réussie de la thèse, sa mise en ligne pour être accessible ainsi au plus grand nombre, est une première étape qui offre une voie possible à la réalisation d’autres travaux.

Pour citer cet article

Référence électronique

Eugénie-Myriam BOCEK-VALY, « Pierre Lhande (1877-1957) et le corpus des Radio-sermons aux origines de la radiophonie », sous la direction de Pierre-Marie BEAUDE, École doctorale Fernand-Braudel, UFR SHS Nancy – Metz, 21 novembre 2015. RadioMorphoses, [En ligne], n°2 – 2017, mis en ligne le « 22/10/2017 », URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/02/21/radio-sermons/

 

Auteur

Eugénie-Myriam BOCEK-VALY est Docteure en Théologie catholique, Université de Lorraine.

Les postradiomorphoses : enjeux et limites de l’appropriation des nouvelles technologies radiophoniques

Sébastien POULAIN

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Résumé

En étudiant le cas de la radio associative Ici et Maintenant et la situation de la radio numérique terrestre française, cette contribution propose d’analyser la notion de prostradiomorphoses tout en le restituant dans la réalité sociale contemporaine. Il s’agit de mettre en lumière leurs enjeux et de rendre compte de leurs limites et d’émettre des hypothèses sur la façon dont la société va s’approprier les postradiomorphoses, en s’appuyant sur des études portant sur d’autres technologies.

Mots-clés : NTIC, postradiomorphoses, utopies technologiques, réalité sociale

Abstract

By studying the case of the radio association Ici et Maintenant and the situation of French terrestrial digital radio, this contribution proposes to analyze the notion of prostradiomorphoses while restoring it in contemporary social reality. The challenge is to highlight their issues and report on their limitations and to make assumptions about how postradiomorphoses will be appropriate by society based on studies of other technologies.

Keywords : NICT, postradiomorphoses, technological utopias, social reality

Resumen

Estudiando el caso de la radio comunitaria aquí y ahora y la situación de la radio digital terrestre francesa, esta contribución tiene como objetivo analizar el concepto de prostradiomorphosis mientras se restaura en la realidad social contemporánea. Se trata de poner de relieve sus problemas y darse cuenta de sus límites y para especular sobre cómo postradiomorphoses ser apropiados por la empresa sobre la base de estudios de otras tecnologías.

Palabras clave : NICT, postradiomorphosis, utopías tecnológicas, realidad social

Entendues comme les radios usant des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) en période de « transition médiatique » (mutation générale des médias en termes de production, distribution et réception), les « postradiomorphoses » (Poulain, 2013 (b)) semblent disposer de quelques avantages et enrichir la radiophonie. En effet, le journaliste et critique Pascal Mouneyres (2010) explique que cette radio « de rattrapage », « augmentée », « customisée » offre de nouveaux « possibles » radiophoniques : les « artistes sonores qui la délocalisent hors des champs traditionnels et la réinitialisent sous d’autres formes : performances, festivals, radios éphémères et autres hackings passant, ou non, par le web »…

Mais certains thuriféraires de la « société de communication », qu’Erik Neveu (2006 [1994] : 104) qualifie de « montreurs de communication » (journalistes, industriels, lobbys, publicitaires, technophiles, voire universitaires), vont plus loin. Pour eux, les postradiomorphoses permettraient plus de liberté, d’informations, de proximité, de flexibilité, de choix, d’interactivité, de mobilité, de dynamisme, donc de communication. Les « postradiomorphoses » seraient des avancées parmi bien d’autres vers une transhumanité, voire une posthumanité cyborg et immortelle. Dans cette utopie en marche, la « transition médiatique » vers l’unification de l’ensemble des médias serait considérée comme l’une des étapes de la convergence des technologies, techniques, des sciences à l’image des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives).

Ces avatars de la cyberculture (Sussan, 2005), trouveraient donc leur accomplissement depuis un demi-siècle dans l’explosion des TIC qui offrent plus de possibilités existentielles à leurs usagers « posthumains » pour remodeler leurs identités, reconfigurer leurs sociabilités et développer leurs pratiques culturelles et artistiques. C’est du moins ce que laisse présager l’offre marketing, publicitaire et médiatique qui incite à l’usage (achat et abonnement) du satellite, du câble, de l’ADSL, de la fibre optique, du mobile, d’internet… Cette nouvelle forme de radio parviendrait, avec les autres types de médias, à générer une fusion généralisée de toutes les TIC dans un média global universel à guichet unique. Cette radio perdrait son unicité pour se transformer en une sorte de radio télévisuelle interactive passant par des applications mobiles, Internet ou les ondes hertziennes numérisées.

Du fait de cette « transition médiatique », les médias traditionnels seraient en sursis selon Jean-Louis Missika dans l’ouvrage La fin de la télévision en 2006, et Elihu Katz et Paddy Scannell dans le volume 625 de la revue The Annals of the American Academy of Political and Social Science intitulé « The End of Television ? Its Impact on the World (So Far) » en 2009. D’où l’idée de Julia Cagé en 2015 de chercher un nouveau modèle économique pour Sauver les médias. Dès lors, que pouvons-nous penser de l’avenir de la radio, ce média qui semble avoir un rôle socio-économique et politique moins important que la télévision ou internet mais qui continue de bénéficier de très nombreux auditeurs[1] et d’un fort attachement (Glévarec, 2017) ? Jusqu’à quel point un média peut-il changer sans perdre son identité à l’heure de l’« intermédialité » (Equoy-Hutin, 2015) ? Soit les postradiomorphoses resteront en fin de compte de la radio car  elles sont en grande partie du marketing avec des améliorations techniques à la marge, soit les postradiomorphoses ne sont plus de la radio car la radio des origines a été trop « dénaturée » pour pouvoir être encore considérée comme de la radio.

Il n’y a pas de définition ontologique de la radio, donc il est difficile de « dénaturer » un média qui est comme les autres médias à la fois artificiel (car construit techniquement à partir d’inventions diverses), mobile (car intrinsèquement évolutif et donc perpétuellement en « transition médiatique ») et lié aux représentations et pratiques sociales de ses usagers (celles des dirigeants, producteurs, animateurs, journalistes, techniciens, auditeurs). Néanmoins, la radiophonie a été définie historiquement comme de la diffusion de différents types de sons via les ondes hertziennes entre un studio de radio de production et d’émission de sons et des postes de radio de réception et d’écoute. C’est à cette définition originelle de la radio – qui est encore largement partagée – que les postradiomorphoses lancent un défi.

Il est difficile de répondre aujourd’hui et définitivement à l’ensemble des questions posées par les postradiomorphoses. Mais nous pourrons avancer des hypothèses en nous appuyant premièrement sur un exemple historique et local (celui de la radio associative parisienne Radio Ici et Maintenant qui incarne depuis l’origine l’esprit des postradiomorphoses mais qui n’a pas connu le succès espéré) ; deuxièmement en analysant un exemple contemporain et national (et même international) de postradiomorphose (celui des errements de la Radio Numérique Terrestre) ; troisièmement en nous appuyant sur des recherches portant sur l’appropriation des technologies et des médias en sociologie, en histoire et en sciences de l’information et de la communication. Avant de se lancer dans des hypothèses sur les mutations radiophoniques à l’heure des « révolutions numériques » (objet de la quatrième partie de ce texte), il est particulièrement pertinent d’examiner avec attention le passé et le présent.

Les freins aux postradiomorphoses d’Ici et Maintenant

Depuis sa création en juin 1980, elle a toujours été à la pointe de l’innovation technologique. Dès le début de son aventure radiophonique dans la « bataille des radios libres », elle a cherché à se situer du côté des postradiomorphoses. Radio Ici et Maintenant (RIM) a, par exemple, été pionnière dans la création de programmes interactifs. Elle a, par exemple, créé le programme appelé « Radio ping-pong » qui utilisait un système de répondeur téléphonique pour mettre en présence deux personnes en désaccord sur un thème choisi, tandis que les autres auditeurs et animateurs « comptaient les points » en fonction des arguments avancés. De son côté, le programme « Radio Solo » avait pour principe de donner, sur simple demande, l’antenne à un auditeur entre 5 minutes à 4 heures et de le laisser libre dans la conduite de l’antenne. Le principe était que les émissions devaient être en direct, spontanées, artistiques, ouvertes, créatives, expérimentales[2].

RIM a été parmi les premiers médias à utiliser les technologies informatiques, télématiques, internet et le numérique (Poulain, 2014). Dès 1982, elle possède deux ordinateurs pour la gestion de la station. Ils facilitent la programmation, et permettent de classer par clés thématiques les 3000 disques vinyle. L’émission informatique (« HOT-LINE informatique ») collabore avec TF1 et diffuse des logiciels à l’antenne de différentes marques d’ordinateurs (Sinclair ZX80, Thomson MO5, Oric, Sanyo, Sharp 1350…) à la place des programmes radiophoniques habituels et d’une manière plutôt innovante par rapport à l’usage des disquettes à l’époque. Le logiciel Eliza issu des laboratoires du MIT répond aux auditeurs en s’adaptant à leurs propos.

La station s’est rapidement mise en réseau via le minitel puis internet. Son 1er site internet date de 1996, et l’ouvrage de Ram Dass Remember Be Here Now (déjà sur disque 3  » ½ et Minitel) y est mis en ligne en version bilingue (le cofondateur de la radio Didier de Plaige l’ayant traduit en 1976). Le 1er portail professionnel www.nseo.com est financé par l’animateur Fabien Ouaki (héritier de Tati) pour 70 000 F en 1997.

Dans les années 2000, plusieurs webcaméras ont été installées dans le studio pour diffuser les images sur le site internet de la radio http://icietmaintenant.fr/[3] grâce à des logiciels comme VLC, Sopcast, Dedibox ou Flashplayer. Ainsi, est créée « TIME ! » (« Télévision Ici et Maintenant Expérimentale ! ») qui avait été envisagée et expérimentée sans succès en 1982 puis en 1984 (grâce à environ 100 000 F versés par Nouvelles Frontières). « TIME ! » est donc sur Iphone et Ipad grâce à l’application gratuite Ustream ou sur un poste de télévision (mais sans l’image) grâce au fournisseur d’accès à Internet Free. Rimcast.fr permet de télécharger des émissions tandis que rimlive.com permet de regarder des émissions filmées de RIM en streaming.

RIM dispose aussi de blogs thématiques : veille ufologique (http://ovnis-usa.com/), l’ouvrage de Didier de Plaige Protocole oracle publié en 2012 (http://protocole-oracle.com/), le projet de création de radios pour les Communautés Shipibos au Pérou (http://radio-shipibo.com). RIM est l’une des rares radios à disposer d’un forum actif traitant aussi bien d’informatique, de politique, de santé que d’ufologie : http://icietmaintenant.fr/SMF/. RIM est enfin présente très tôt sur les réseaux sociaux numériques Twitter[4] et Facebook[5].

Depuis l’origine, il s’agit pour les animateurs de cette radio de construire le plus vaste espace publique multimédiatique possible dans le but de faire la promotion de la liberté d’expression et des valeurs et pratiques New Age grâce à l’utilisation de toutes les technologies à disposition.

Mais cela n’est pas suffisant pour obtenir une consécration en termes d’audience. Si RIM est bien la plus ancienne des radios privées parisiennes (en dehors des radios dites « périphériques ») puisqu’elle débute ses émissions le 21 juin 1980 (soit un an avant NRJ), elle n’a pas obtenu le succès escompté. La volonté de ses fondateurs et animateurs de révolutionner la manière de parler, de penser et d’agir radiophoniquement des citoyens grâce à un média autonome, alternatif et contreculturel s’est confrontée à une réalité socio-économique complexe. Il n’est pas aisé de remplir une grille des programmes innovante, et de rémunérer des animateurs tout en refusant par principe certains financements comme la publicité commerciale habituelle (RIM a bien mis en place diverses formes de partenariats, sponsoring… mais issus d’acteurs économiques idéologiquement proches.). Les ambitions radiophoniques, artistiques, culturelles, technologiques ont donc été revues à la baisse. Elle est écoutée par environ 5 000 personnes par jour[6]. La majorité est issue des classes populaires : employés, ouvriers, chefs de petites entreprises avec une instruction plutôt technique.

Le cas de cette radio, qui est restée confidentielle, ne peut être généralisé à toutes les radios compte-tenu de sa spécificité. Néanmoins, elle nous incite à la prudence vis-à-vis des promesses des postradiomorphoses. Il ne suffit pas d’innover techniquement pour rencontrer une grande audience. Il ne suffit d’ailleurs pas non plus d’innover à propos des contenus diffusés et les radios qui dominaient la scène radiophonique avant l’arrivée des « radios libres » continuent de le faire quarante ans après à quelques exceptions près. Un deuxième cas interroge les promesses des postradiomorphoses. Il concerne bien plus de radios et est porteur de nombreux enjeux économiques mais reste peu connu du grand public (par rapport à la Télévision Numérique Terrestre) : celui de la Radio Numérique Terrestre.

Les aléas des postradiomorphoses numériques terrestres

En ce qui concerne la Radio Numérique Terrestre (RNT), bon nombre d’acteurs de la radiophonie (à l’image des holdings du «°Bureau de la Radio°» : RTL, NextradioTV, Lagardère et NRJ) restent prudents, voire sceptiques quant à sa progression compte-tenu du risque d’éparpillement des audiences et du manque de profitabilité pour certaines radios ou réseaux commerciaux. Le ministère de la Communication a annoncé le 6 septembre 2012 que le gouvernement ne préempterait pas de fréquences de RNT pour Radio France et Radio France Internationale. Les radios sont obligées de passer par un nouveau prestataire technique appelé « multiplexeur », qui coordonne la diffusion de neuf programmes sur une même fréquence ce qui met fin à l’autodiffusion et limite l’indépendance des radios. Comme pour la radio analogique et contrairement à la radio IP, il est nécessaire de répondre à des appels à candidatures dans un calendrier et une étendue géographique prédéfinis, avant de pouvoir commencer à émettre. La RNT engendre un risque d’absence de signal (décrochage) dans les zones à réception difficile. Les expériences étrangères (Belgique, Danemark, Espagne, Grande-Bretagne, Allemagne, Suisse, Suède…) n’obtiennent pas forcément les résultats escomptés (Grierson, 2017). Cette technologie engendre des coûts économiques pour les stations (Il y a multiplication des interfaces et des canaux de diffusion ce qui engendre des coûts fixes importants liés à l’installation et à la maintenance des émetteurs), fabricants, diffuseurs et auditeurs (en moyenne dix récepteurs par foyer à renouveler). Et ces coûts vont durer compte-tenu de la double diffusion FM/RNT (simulcast), en attendant que chacun renouvelle ses récepteurs. Il a fallu sept ans pour la TNT alors qu’il y avait moins de deux écrans par foyer et que ce mode de diffusion permet de multiplier le nombre de chaines par rapport à la télévision analogique (A la radio, il y a déjà de la diversité depuis l’arrivée des « radios libres »). Le bouquet payant (de cinq à dix euros par mois) de 63 radios et programmes musicaux (dont plus de 50 programmes inédits, exclusifs et sans publicité) de SAS Onde numérique avait obtenu du CSA la décision d’autorisation n° 2013-6 du 15 janvier 2013 (face à la l’association « La radio numérique en bande L ») sur la bande L avec la norme européenne ETSI SDR qui permet une diffusion hybride hertzienne et satellitaire, mais ce projet a été abandonné en juillet 2016.

Ces inconvénients continuent de freiner le développement de la RNT malgré des soutiens institutionnels à travers des rapports officiels (Hamelin en faveur, mais les rapports Tessier et Kessler étaient en défaveur…), l’appui d’un Premier ministre (Jean-Marc Ayrault), une loi du 5 mars 2007 qui prévoit son déploiement (mais sans date fixée), du CSA… La RNT bénéficie aussi de soutiens d’acteurs privés : organismes, stations, syndicats, lobbys (SIRTI, Les Indés, CNRA, DR France, Pure, VDL…). Ceux-ci ont lancés des appels multi-acteurs (à l’image de «°La Radio Numérique pour Tous°» lancée par le SNRL en mai 2010) et créé un organisme de coordination doté d’une charte (« l’Alliance pour la RNT » constituée en octobre 2014 entre le SIRTI, le SNRL et le WorldDMB). Au final, le lancement effectif a eu lieu le 20 juin 2014 à Paris, Marseille et Nice en bande III (entre 174 à 223 MHz qui sont les anciennes fréquences de Canal + et TMC) en parallèle à la diffusion en FM en attendant les autres grandes agglomérations : Strasbourg, Lyon, Nantes, Toulouse, Lille, Bordeaux, Rennes… Le CSA a publié le 10 décembre 2015 son calendrier d’appels à candidatures qui prévoit une extension progressive de la couverture de la RNT d’ici 2023 (Un premier calendrier avait déjà été annoncé le 10 mai 2012 pour des appels entre juin 2012 et avril 2013.).

La RNT dispose aussi d’avantages techniques. Les industriels ont installé le numérique sur certains récepteurs radiophoniques dès septembre 2010. La RNT augmente le nombre de stations de radio : 102 [7] stations RNT autorisées en décembre 2014 à Paris (6 multiplex), Marseille (4 multiplex) et Nice (4 multiplex). La RNT permet l’anonymat de l’auditeur à la différence de la radio IP ou mobile où le profilage et la géolocalisation sont possibles. Le son des radios RNT est de la même qualité que celui d’un CD. Dans la diffusion, il y a un meilleur rapport signal/bruit et pas d’interférences entre stations. En plus du son, l’auditeur reçoit des données associées : titre et auteur du morceau de musique, photos, images, jeux… Il a aussi la possibilité de réécouter une émission (podcast)… En plus des atouts techniques, la RNT bénéficie de la gratuité pour l’auditeur puisqu’il suffit d’un poste de radio et d’électricité pour l’écouter (Il faut en plus un abonnement internet pour la radio IP.). La RNT dispose aussi de plus de liberté éditoriale par rapport à la possible hégémonie des « télécoms ». Enfin, la RNT est plus viable économiquement à ce jour par rapport aux radios diffusées uniquement sur internet où un modèle économique est surtout envisageable pour des grands groupes et pour les radios payantes «°de niche°» (par exemple ciblées CSP+).

Face à la RNT, il y a un succès non négligeable de la radio via IP ou mobile (podcast ou streaming)[8] qui freine aussi son lancement. Mais celles-ci comportent aussi des limites politiques étant donné l’absence d’anonymat. Economiquement, il faut un abonnement télécom côté auditeurs et payer la bande passante en fonction du nombre d’audionautes côté éditeurs. Il n’est pas certain que les auditeurs/audionautes acceptent de s’abonner à des podcasts audios (natifs ou non) comme ils ont pu le faire avec Médiapart pour l’information ou Netflix pour le divertissement. Il existe aussi des problèmes techniques car il faut parfois avoir des connaissances et des compétences informatiques (un ordinateur étant bien plus complexe que les postes de radio traditionnels). Il faut aussi être connecté avec un bon débit ce qui n’est pas évident dans certaines zones géographiques et en voiture (Le « drive time » de 17h00-18h15 rassemble 8,7 millions d’auditeurs, ce qui fait de la voiture le premier lieu d’écoute de la radio.). Enfin, les fournisseurs d’accès à internet (FAI) sont obligés de mettre en place des services après-vente puisque les consommateurs ont régulièrement des problèmes.

Ainsi, les postradiomorphoses laissent entrevoir certaines limites qui peuvent interroger sur leur degré d’appropriation réelle et leur capacité d’engendrement de changements sociaux et techniques comme le montre la recherche sur l’appropriation sociale des technologies.

Les recherches sur l’appropriation sociale des postradiomorphoses

Dans le domaine de l’appropriation sociale des technologies en général, les débats sont parfois stéréotypés entre ceux qui sur-valorisent et ceux qui sur-dévalorisent le poids et les « effets » des technologies, des médias et de la communication, du symbolique et de l’imaginaire sur les pratiques sociales réelles. Il est vrai qu’au-delà du marketing et de la communication politique, il n’est pas facile de vérifier empiriquement les applications de ces programmes généraux ambitieux et les effets concrets dans les usages quotidiens des citoyens en termes d’audience traditionnelle – nombre d’auditeurs, durée d’écoute, taux de satisfaction – mais aussi d’audience numérique – nombre de « likes », de « retweets », de « conversions » (Poulain, 2016).

Dans la mesure où les analyses et prévisions en matière d’innovation, d’audience, de marketing sont loin d’être des sciences exactes et reproductibles, les études empiriques et critiques, compréhensives et pragmatiques, quantitatives et qualitatives, microsociologiques (pratiques et représentations) et macrosociologiques (matrices culturelles et contextes socio-éco-politiques) sont plus que jamais nécessaires (avant, pendant et après la mise sur le marché). Et ces études ont tout intérêt à être à la fois synchroniques et diachroniques, internationales et interdisciplinaires et se situer sur le temps long de l’observation, de l’analyse, de la théorie et pas seulement le temps court de l’opérationnel (industriel, commercial, politique, journalistique).

En effet, Daniel Gaxie nous met en garde contre les excès d’enthousiasme à propos des effets des technologies et des médias :

Contrairement à une idée fort répandue, la radio, la télévision ou les journaux ne peuvent […] à eux seuls, éduquer les citoyens. Lorsqu’ils exercent un effet dans ce domaine, ils n’éduquent que ceux qui sont déjà éduqués. (Gaxie, 1978 : 70)

Le « technique » et le « social » sont indissociables l’un de l’autre, comme le souligne Jack Goody à propos des modes de communication d’une société où l’apparition de l’écriture génère une « raison graphique » (1979 [1977]). C’est pourquoi les postradiomorphoses sont dépendantes des évolutions économiques, sociales et politiques profondes auxquelles elles sont soumises. Elles risquent d’entraîner des phénomènes similaires à ceux des technologies précédentes. L’avènement de nouvelles possibilités techniques dans le monde de la radiophonie n’a d’intérêt et de sens que si elles font l’objet d’une appropriation par les contemporains.

Or, il n’y a pas de continuum linéaire, c’est-à-dire de déterminisme technologique entre la conception, l’expérimentation, l’adoption et la banalisation de l’innovation, comme l’attestent des études en marketing (focus groups, évaluations expertes, tests d’utilisateurs), statistiques (taux d’équipement, durée et fréquence d’utilisation de produits similaires, construction de typologies d’utilisateurs par classes d’âge, CSP et styles de vie) ou sociologie qualitative (de l’innovation, des usages, de la réception, du public). Celles-ci nous apprennent que cette appropriation fait l’objet d’ajustements et d’hybridations, de « bricolages » et de « braconnages » sur un temps long et est toujours complexe, différenciée, imprévisible et « ouvert[e] » (Boullier, 1997 : 179) en fonction de plusieurs facteurs comme les spécificités sémiologiques du média, les caractéristiques sociodémographiques (sexe, âge, génération, niveau d’étude, profession, statut matrimonial…), l’appréhension de l’objet radiophonique et de sa difficulté d’utilisation, la place et le rôle de l’utilisateur dans sa famille, la compétence technique estimée par celui-ci ou par ses proches qui engendrent une « dynamique de reconnaissance » (Le Douarin, 2004 : 170).

Cette appropriation dépend aussi de l’intérêt que ces nouvelles technologies peuvent susciter auprès du public. Dès lors, la stratégie des promoteurs des postradiomorphoses consiste à construire la demande par une offre attrayante testée auparavant par des précurseurs, prescripteurs et leaders d’opinion. Cette offre doit s’harmoniser avec les évolutions globales de la société contemporaine, notamment avec l’inégale démocratisation des loisirs et des pratiques culturelles, et les nouvelles formes prises par l’individualisme.

Les recherches sur le sujet montrent que l’appropriation des technologies est susceptible de varier dans le temps et l’espace en fonction de la manière dont elles sont présentées par les médias, la publicité, les institutions, les associations qui contribuent à « construire un nouveau modèle culturel » (Spigel, 1996 : 55).

A partir de ces recherches, il est possible de réfléchir à l’avenir de la radio et à ses postradiomorphoses.

Les hypothèses sur l’industrialisation des postradiomorphoses

Dans la « transition médiatique », de nombreux changements dans l’offre, la distribution et la réception peuvent être observés en ce qui concerne la radiophonie. Grâce à ces observations, nous pouvons faire des hypothèses prudentes sur l’industrialisation des postradiomorphoses, la science ne pouvant aller au-delà des hypothèses concernant l’avenir des affaires humaines en général et la « radio du futur » en particulier (Poulain, 2017 (b)).

Aujourd’hui, il est possible de créer des webradios chez soi et de diffuser le son (mais aussi les textes et les images) dans son quartier et le monde entier via les ondes hertziennes numériques, le satellite, la fibre optique ou l’ADSL. La radio devient toujours plus « visible » puisque certaines émissions sont filmées (« radiovision » ou « radio visuelle ») et que les visages des animateurs sont rendus visibles et connus via des campagnes d’affichage, les sites internet, blogs et réseaux sociaux. De leur côté, les auditeurs peuvent écouter en différé et de façon illimitée via des téléviseurs, tablettes, téléphones, ordinateurs, et obtenir des métadonnées grâce à ces supports numériques. Ils peuvent aussi commenter, critiquer, rediffuser via des réseaux sociaux numériques, des portails internet d’information, des forums, des blogs d’émission ou d’animateur où les liens avec les radios deviennent parfois ténus.

La radio doit encore trouver sa place au sein des TIC en gérant l’arrivée des technologies avec leurs nouvelles possibilités : flux et stock, linéaire et délinéaire, multiplexage et interopérabilité, pause et retour en arrière, enregistrement et programmation, qualité du son numérique – « son 3D » en multicanal ou binaural – et métadonnées – DLS, BIFS, EPG… – textuelles et visuelles, passives et interactives. Elle doit s’adapter à l’arrivée des nouveaux concurrents (webradios et hertziennes en ligne, sites de téléchargement et de streaming), des nouveaux distributeurs (opérateur téléphonique, FAI, RNT, satellite), des nouvelles normes (la France choisit DAB+ en 2013 après avoir commencé à lancer T-DMB – qui permet de diffuser plus de données associées, mais qui est plus couteuse et permet moins de radios – en 2008) et des nouveaux terminaux (récepteur numérique, PC, tablette, mobile[9], TV, montres et autres objets connectés).

Ces changements impliquent des investissements lourds ralentissant la mise en œuvre, comme cela a été le cas pour la TMP, la TNT, la fibre optique ou la 4G (bientôt la 5G). Les stations de radio doivent se lancer dans des adaptations économiques (palliant la diminution des audiences et recettes publicitaires avec des modèles concentrés, hybrides, intégrés, synergiques, des convergences broadcast/broadband et des économies d’échelle) et des approches marketing diversifiées (certaines radios devenant des marques multisupports ciblant des publics segmentés et communautarisés avec des contenus formatés et thématisés mais aussi pluriels et innovants). Les autorités doivent quant à elles procéder à des harmonisations juridiques (coordination des politiques publiques de régulation à l’échelle internationale sans trop brider le fonctionnement du marché) et prévoir des aides publiques (incitations fiscales, subventions, « primes à la casse » pour les récepteurs, campagnes d’information gouvernementales…).

Les concepteurs et les vendeurs de technologies postradiophoniques (ou autres technologies médiatiques), qui engendrent une nouvelle demande en créant cette nouvelle offre, ont tout intérêt à comprendre le fonctionnement et l’évolution de cette société et la manière dont elle est vécue, pensée ou représentée. Dans leur intérêt, il faudrait que ces « montreurs de postradiomorphoses » aient eux-mêmes besoin de ces technologies dans leur vie professionnelle ou privée, comme cela a été le cas pour les concepteurs d’Internet. C’est, en effet, ce qui permet de s’ajuster au mieux au pragmatisme des consommateurs, d’intégrer les technologies à leurs réseaux sociaux, limiter les aléas de la socialisation de la technique et contrecarrer les disparités financières, culturelles, géographiques ou temporelles dans l’accès à l’objet technique.

Les industriels, les stations de radio, les publicitaires et autres thuriféraires des bienfaits des postradiomorphoses risquent de continuer à utiliser le marketing et l’imaginaire technologique comme ressource symbolique, argumentative et réflexive pour fabriquer du rêve et de la demande radiophonique. D’autres l’ont fait pour d’autres nouvelles technologies et ont connu des réussites (internet, mobile) mais aussi des échecs ou réussites partielles (le « Plan Câble » et le métro automatique Aramis en France ; le minitel et le Concorde à l’étranger).

Conclusion

Au final, il est difficile de nier l’impact important des nouvelles technologies sur le monde contemporain et sur la radio en particulier grâce aux dialogues mondiaux instantanés numérisés, aux nouveaux services mêlant on line et off line, aux nouvelles façons de chercher, échanger, conserver, utiliser les données-informations, aux nouvelles formes d’accès à la culture, à l’art, à l’actualité… Mais cet impact reste limité et insuffisant pour modifier la société avec ses inégalités, injustices, hiérarchies, conflits… contrairement à ce que disent les très enthousiastes technophiles.

Avec les postradiomorphoses, on peut se demander si nous avons affaire à des innovations médiatiques et techniques « secondaires » par rapport à l’invention de l’art, de l’écriture, de l’imprimerie, de la radio, de la télévision ou d’internet. Créeront-elles de nouvelles formes de liens, groupes ou espaces sociaux ? Permettront-elles à ses auditeurs une plus grande identification à la radio, à ses animateurs et aux autres auditeurs ? Ouvriront-elles de nouveaux espaces publics de débats démocratiques pour des citoyens plus autonomes et plus actifs ? Pourront-elles fonder de nouvelles communautés d’interprétation et d’action capables de transformer le réel ? Seront-elles des sources d’innovations sociales, politiques, sonores, narratives (Lopez, 2017), informationnelles (Poulain, 2013 (a)), artistiques ? Quel est le degré d’obligation des médias envers la société dans ce domaine ?

Les postradiomorphoses interrogent les frontières de la radiophonie tout autant au niveau de la production (Qu’est-ce que faire de la radio ?[10]) que de la réception (Qu’est-ce qu’écouter de la radio ?). Mais la réalité et la radicalité des impacts des changements technologiques en cours sont à évaluer, critiquer, contextualiser, relativiser, comparer.

L’innovation technologique fonctionne davantage par accumulation que par remplacement, et davantage par évolution incrémentale que par disruption révolutionnaire. De la même façon que la presse n’a pas été remplacée par la radio, la radio par la télévision et la télévision par internet, nous pouvons parier que les postradiomorphoses resteront en grande partie de la radio telle que nous l’avons connue depuis un siècle et la connaissons aujourd’hui[11].

En effet, la radio dispose de qualités fondamentales et ses diverses dimensions qui la distingue des autres médias : ses spécificités auditives (son, musique, parole), ses contenus riches (information, culture, divertissement, débats, reportages), ses qualités chaleureuses et pratiques (souplesse, direct, interactivité, instantanéité, mobilité, simplicité, diversité, crédibilité (Poulain, 2017 (a)), proximité, accessibilité, immédiateté, gratuité, anonymat…), ses services pluriels (complémentarité entre les radios publiques, radios commerciales et les 600 associatives). Ainsi, elle bénéficie de capacités polymorphiques et polyfonctionnelles de résistance et de résilience, ou encore d’une grande force de symbolisation et d’imagination, d’identification et de socialisation qui lui permettent d’effectuer sa « transition médiatique » et de coexister avec les autres technologies médiatiques.

Contrairement à certaines espérances et incantations, seules quelques nouvelles possibilités techniques sont massivement utilisées grâce à leur simplicité : écoute en direct ou en différé sur de nouveaux supports en ce qui concerne les modes d’écoute d’une part ; commentaires et partages via certains réseaux sociaux en ce qui concerne les modes d’interaction d’autre part. Les phénomènes de communication et de socialisation ne peuvent être réduits à des phénomènes de médiatisation et ces derniers à des phénomènes de numérisation et de technologisation. C’est ainsi que les postradiomorphoses suivront leur chemin, sans doute sinueux, au sein de la société entre utopie technologique et réalité sociale.

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SUSSAN Rémi. Les utopies posthumaines : Contre-culture, cyberculture, culture du chaos, Omniscience, Montreuil, 2005.

Notes

[1] En France, il y a 43,3 millions d’auditeurs quotidiens en moyenne fin 2013, record historique de 43,6 millions fin 2014, 42,3 début 2015, 43,2 début 2016, 43,3 début 2017 selon les 126 000 Radio Médiamétrie.

[2] Exemples : lecture pendant 3 jours et 3 nuits du bottin de Paris jusqu’à la lettre b, décrochage de combinés dans des cabines téléphoniques pour écouter la rue, création d’échos ou de boucles musicales grâce à une rayure de pièce de monnaie sur un vinyle (3 platines), multiplexage de studios, jukebox électromagnétique branché à un ordinateur Apple 2 avec une carte d’émulation automatique connecté à un serveur minitel, tentative de transmission d’images par le branchement de la radio sur le minitel, quadriphonie avec 2 émetteurs stéréo et 2 bandes synchro écoutés par 4 hauts parleurs, émission en se lavant les dents ou sous LSD (et autres substances)…

[3] RIM dispose aussi de http://icietmaintenant.com/, http://icietmaintenant.info/ et www.icietmaintenant.org/ tandis que la plateforme http://radioicietmaintenant.radio.fr/ ne fait que diffuser la radio.

[4] https://twitter.com/RIM952 a 1 117 abonnés pour 225 tweets le 30 mars 2015 ; 1 127 abonnés pour 13 tweets le 12 avril 2016, 1 009 abonnés le 24 avril 2017, le dernier datant du 24 juin 2015.

[5] https://www.facebook.com/RadioIciMaintenant a 2 360 « likes » le 30 mars 2015 ; le compte n’existe plus en 2016, sans doute à cause du départ de plusieurs animateurs en 2015 et des réactions des auditeurs.

[6]  Ces informations sur l’audience ont été fournies par Médiamétrie. Globalement, les radios libres/associatives avaient/ont rarement beaucoup d’audience. En effet, l’audience ne faisait/fait pas partie de leurs objectifs puisqu’elles avaient/ont une vocation locale, d’offre, de pluralisme et d’animation plutôt qu’un objectif de réussite économique (Poulain, 2008).

[7]  L’assemblée plénière du CSA du 15 janvier 2013 avait décidé de délivrer 106 autorisations.

[8] En France, 6,1 millions de personnes écoutent chaque jour la radio sur les supports multimédia pour la période septembre-octobre 2016 (2h09 en moyenne), soit 11,4% des Français de 13 ans et plus (23% des 13-19 ans) : 3 millions via le téléphone mobile (dont 73% des auditeur écoute la radio via une appli mobile ou un site Internet et 27% via un tuner FM intégré au téléphone), 1,4 million l’ordinateur (2h43 en moyenne), 1,2 million via la télévision, 549 000 via une tablette et 280 000 via le baladeur (1h47 en moyenne) (126 000 Radio-Global Radio Médiamétrie). Pour expliquer ce succès, il faut dire que NRJ en France annonce par exemple mettre à disposition 154 webradios pour faire face aux algorithmes de recommandation des plateformes comme Deezer, Spotify ou Pandora qui personnalisent l’écoute. Il y a aussi le succès des podcasts. En novembre 2016, le nombre de podcasts de Radio France téléchargés a atteint pour la première fois 45,6 millions (contre 10 millions en 2010), dont 26,5 millions pour France Inter (25,5 millions de vidéos vues) et 15,3 millions pour France Culture (48 millions de visites en 2016 pour franceculture.fr) selon un communiqué de presse de Radio France du 19 janvier 2017 (http://www.radiofrance.fr/sites/default/files/cp_files/cp_rf_mediametrie_novembre-decembre_2016.pdf).

[9]  Signalons que certaines marques comme Apple ne mettent pas de tuner radio sur leurs mobiles. De même, il y a incompatibilité avec la RNT des terminaux connectés (smartphones et tablettes).

[10]  Donnons l’exemple d’Arté radio qui est issue de la télévision Arté, qui se présente comme une radio mais qui prend la forme de capsules sonores. Les plus récents Boxsons, Binge Audio en reprennent le principe.

[11]  Rappelons les 2h49 d’écoute de la radio par jour en moyenne et 43 355 millions d’auditeurs (audience cumulée) soit 80,2% d’audience cumulée (Médiamétrie, 126 000 RADIO, Janvier – Mars 2017).

Pour citer cet article

Référence électronique

Sébastien POULAIN, «Les postradiomorphoses : enjeux et limites de l’appropriation des nouvelles technologies radiophoniques». RadioMorphoses, [En ligne], n°2 – 2017, mis en ligne  «22/10/2017», URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/02/21/postradiomorphoses/

Auteur

Sébastien POULAIN est Docteur en sciences de l’information et de la communication, laboratoire MICA, Université Bordeaux Michel de Montaigne

Courriel: Sebastien.Poulain@gmail.com