Les Passagers de la Nuit de France Culture, dispositif collectif d’invention radiophonique

Thomas BAUMGARTNER

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L’émission Les Passagers de la Nuit a duré deux saisons sur France Culture. 2009-2010, du lundi au vendredi de 23h à 23h50, puis 2010-2011, du lundi au vendredi de 23h à 23h30.

En parler dans une publication dédiée aux nouvelles écritures est intéressant dans la mesure où l’émission se situe, dans sa période d’existence autant que dans ses différentes contraintes de production, dans une position hybride. Nouvelles, ses écritures l’étaient-elles tant que ça ? Quels étaient ses héritages ? Quelles ruptures a-t-elle pu promettre ? Je ne pourrai tenter de répondre que de mon point de vue, celui du « producteur coordinateur », comme dit la nomenclature interne aux programmes de France Culture. La position est à la fois privilégiée pour aborder la question, et dans le même temps sans doute trop proche de son centre de gravité pour espérer une vision pondérée.

Émission collective, réunissant une quarantaine de pigistes sur une année, accompagnés par cinq « chargé(e)s de réalisation », tous dédiés à la création radio, Les Passagers de la Nuit aurait pu s’appeler « Le Grand Abat-jour » ou « MishMash » (« mélange », « pot-pourri », « méli-mélo », « bazar »… en Allemand et en Anglais, ce qui n’est pas loin du « Grand mix » de Nova où j’exerçais au moment de la commande du présent texte, on n’en sort décidément pas). Cependant, la direction de France Culture souhaitait qu’il y ait le mot « nuit » dans le titre, pour inscrire clairement l’émission dans la continuité des émissions de création comme Surpris par la Nuit (coordonnée par Alain Veinstein, celle-ci venait d’être supprimée et, au moins symboliquement, nous lui succédions), Les Nuits magnétiques, Clair de Nuit, De la nuit…

Le « format court » comme point de départ

La commande de la direction de France Culture, à la tête de laquelle se trouvait à l’époque Bruno Patino (aujourd’hui directeur éditorial d’Arte), était la suivante, au mois de juin 2009 : imaginer une nouvelle émission de création de « format court ». Ceci respecté, tout le reste était ouvert.

Je me dis que Bruno Patino avait déjà dans l’idée la dissémination de ces formats sur les réseaux. On ne parlait pas alors (autant) des podcasts à l’américaine (This American Life, The Truth, The Moth, Snap Judgement, 99% Invisible…) dont l’influence se ferait sentir quelques années plus tard sur une partie du monde radiophonique français. Mais le succès d’Arte Radio était déjà là, dont la durée des éléments sonores élaborés était alors sensiblement inférieure à la production moyenne des émissions des stations hertziennes. Le format court pouvait donner, à juste titre, l’impression d’une certaine modernité.

Pour autant, j’ai découvert rapidement que la forme radiophonique élaborée courte avait déjà existé entre 1999 et 2002 sur France Culture, avec la série Résonances. Il s’agissait de paysages sonores, des montages poétiques… Certaines de ces Résonances ont beaucoup servi dans la première saison des Passagers de la Nuit, rediffusées aussi intelligemment que possible tout en permettant de remplir les premières émissions, fabriquées en fin d’été 2009 pour une diffusion à partir de la fin août.

La forme de l’émission

Que ce soit sur 50 ou 30 minutes, chaque émission des Passagers de la Nuit avait une forme complète. Dans ce sens où, malgré le côté composite des « menus » proposés chaque soir (trois, quatre, cinq productions différentes parfois), le souci de cohérence et de fluidité était central. Chaque émission avait une écriture sonore et musicale (défendue par le/la chargé(e) de réalisation qui en avait la responsabilité), les textes des micros de présentation et de transition étaient pensés pour créer du lien entre les éléments, un jeu de personnages (femme et homme, interprétés par Marie Surel et moi-même). J’écrivais les textes le mercredi matin, tous assez courts. Il s’agissait non de « lancer » les éléments qui faisaient le menu de l’émission, mais de donner une cohérence de ton, une assise esthétique : « décalée », onirique, fantastique parfois. L’heure de diffusion était 23h, la nuit était bien là, le sommeil parfois aussi, on accompagnait donc la vie des auditeurs de la toute fin de journée. Marie Surel possède une voix singulière, volontiers en suspend, qui en faisait l’actrice idéale de ces textes de quelques lignes à chaque fois. Nous pouvions agir en dialogues aussi, créant un binôme incertain, ni frère et sœur, ni mari et femme. Les rapports étaient changeants (qui a tort, qui a raison, qui domine, qui conduit… Cela variait.). Exemple de texte lu dans ces moments d’entre-deux :

Je voyage beaucoup. Je voyage énormément.

Je voyage par tous les temps.

Je voyage souvent avec mon amie Jeanne.

Disons que mon amie Jeanne se colle à moi quand se profile l’ombre d’un déplacement de plus de 20 km.

Je n’ai rien contre mon amie Jeanne.

C’est mon amie. Et j’aime beaucoup le prénom Jeanne.

Ce n’est pas la question, et d’ailleurs vous ne me l’avez pas posée.

Je n’ai rien contre mon amie Jeanne, elle a plein de qualités, mais elle a un handicap.

Ou disons un défaut handicapant.

Voilà, disons ça. Disons-le. Dites-le. (pause)

Voilà, ça va mieux.

Jeanne est cyclothymique. Et cyclothermique.

Elle est ce qu’on appelle « microclimatique ».

Partout où elle va, le temps se met au diapason de son humeur.

La météo varie avec elle.

Elle est heureuse, il fait soleil.

Elle est déprimée, il pleut.

Elle est dans le flou, brouillard.

Elle est couça-couci, il fait gris.

C’est drôle au début, mais quand vous êtes intimes…

Tenez, il y a deux ans, en Égypte, au pied de la Pyramide de Ponzi, une chaleur à fondre.

J’étais dans un groupe de touriste,

On regarde les 40 siècles qui eux-mêmes ne se gênent pas pour nous contempler.

Jeanne s’était mise à l’écart du groupe, pour téléphoner. Elle nous rejoint, et paf, l’orage ! Pourquoi ? Parce qu’elle avait reçu un coup de fil du boulot qui l’avait mise en rogne.

L’autre été, dans le Finistère. Un mois de juillet radieux. On n’avait jamais vu ça depuis 15 ans. Pourquoi ? Parce que Jeanne était amoureuse. D’un marin du coin.

Et à chaque rentrée, il fait moche. Pourquoi ? Parce que Jeanne est de mauvais poil.

Jeanne n’a pas envie de rentrer, donc il fait moche, donc personne n’a envie de rentrer.

Jeanne essaie de se soigner. Elle voit un microclimaticien. Je crois qu’il lui plaît pas mal. Il fait assez beau dans le quartier, ces temps derniers.

Comme des exceptions à la promesse des formes fragmentées, il y a eu aussi des émissions composées d’un seul élément chacune, ce qui créait aussi de la rupture dans la continuité de la diffusion. Je me souviens d’une série autour de l’artiste Ramuntcho Matta par Stéphane Bonnefoi et Gaël Gillon, des productions signées du poète Dominique Méens (La petite porte, glossaire des oiseaux grecs)… C’est ce qui permettait aussi à l’émission d’exister, dans la variation des rythmes.

À ce propos, rythmes et tempos : on a parfois déploré l’absence de thématiques aux émissions, qui auraient fait le lien entre les éléments qui les composaient chacune. Outre une absence de goût personnel pour la variation sur un même thème et la conviction que les ruptures créent du rythme dans l’écoute, le mode de production de l’émission ne permettait pas de fonctionner ainsi. Nous étions en flux tendu, sur des éléments aux temps de fabrication assez aléatoires. Il fallait, même dans la fabrication de l’émission, jouer avec cet impondérable. Il y a eu néanmoins une semaine spéciale Oulipo, à l’occasion du cinquantenaire du groupe fondé par Raymond Queneau et François Le Lionnais, dont l’ombre planait parfois sur certaines obsessions des Passagers.

Des dispositifs

Une des constantes de l’émission a été la mise en place de certains dispositifs. Un dispositif radiophonique peut être défini comme une règle du jeu que le producteur s’impose, en complicité avec l’auditeur. Celui-ci se retrouve alors à assister au déroulement de la production, tout en étant l’arbitre : respecte-t-on la règle imposée ?

Nous avons ainsi proposé une mini-fiction à suivre chaque jour. La collection s’intitulait « Deux voix cinq minutes ». À blanc, deux personnages se faisaient face, sur une durée (difficilement tenue, souvent dépassée) de cinq minutes. Chaque épisode devait se comprendre seul. Les quatre épisodes de la semaine (lundi-jeudi) formant aussi une histoire complète. Les auteurs qui ont accepté de se plier à cette contrainte sont notamment Martin Winckler, Hélène Frappat, Claire Fercak, Christophe Deleu, Marie-Andrée de St-André, Grégory Noirot, Fanny Chiarello, Caroline Vignal, Jean-Jacques Vannier, Pierre Ménard, Martine Sonnet…

Un autre dispositif régulier était la séquence « Tout seul tout seul ». Partant du principe qu’une bonne interview relève plus d’un(e) bon(ne) interviewé(e) que d’un bon intervieweur, il s’agissait de placer un invité, prêt à jouer le jeu, face à un écran où défilaient des questions générées automatiquement. Schématiquement, la machine (aussi appelée « Dada interview machine ») piochait ainsi dans une réserve d’introductions de questions, puis une réserve de milieux de questions, et enfin dans une réserve de fins de questions. L’artiste numérique Albertine Meunier et le développeur Jérôme Alexandre m’ont aidé à mettre en place ce programme[1]. Ont ainsi accepté de répondre : le critique et écrivain, spécialiste du dadaïsme Marc Dachy, les oulipiens Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Marcel Benabou, Anne F. Garetta, mais aussi Jean-Pierre Mocky, Brigitte Fontaine, Philippe Meyer, Jean-Jacques Vannier, Albert Algoud, la poète Caroline Dubois, l’artiste Vincent Labaume…

« L’homme et la note ». Il s’agissait, simplement, de faire se croiser improvisateur de voix et improvisateur musicien. J’ai le souvenir du violoncelle de Anne Shrestha Gouraud, ou de la trompette de Médéric Collignon ou encore du comédien burlesque Erwan Creignou, marié avec les percussions de Denis Charolles. L’intérêt du format venait du temps de studio possible. Les chutes pouvaient être nombreuses, avant de trouver l’accord entre la voix et la note. Et l’on feuilletonnait ensuite les résultats aussi aériens que possible de ces speed-datings créatifs.

Sans titre spécifique, je me souviens d’un jeu où Xavier de La Porte, dont la curiosité est insatiable et la faculté à poser des questions inattendues est grande, devait tenter de deviner l’identité d’une personne cachée derrière un paravent. Mais, à la différence des jeux de « personnalité mystère » comme il en existe par ailleurs, l’invité n’était pas une célébrité. Xavier faisait alors des hypothèses sur les traits de caractère de son interlocuteur, lui faisait raconter des pans de sa vie… C’était une autre manière d’inventer l’interview, en s’attachant à quelques signaux mineurs, au récit qui s’improvisait. Quelqu’un se racontait presque sans s’en rendre compte, du fait de cette mise en scène. Cette fabrication permettait un dévoilement du réel différent. Il y eut un ancien réalisateur de France Culture, un enfant de 12 ans…

Ces dispositifs ont laissé place avec le temps à des formes moins « contraintes ». Sans doute qu’au fur et à mesure avions-nous moins besoin de ces béquilles pour avancer. Les dispositifs sont néanmoins riches de potentiel créatif selon moi, et la radio en général a tendance à les oublier, à s’en passer, alors qu’il y a là un lien fort possible avec l’auditeur.

Contre le documentaire ?

Évidemment, Les Passagers de la Nuit n’ont pas été construits contre le documentaire. Mais nous avons défendu une vision d’une radio élaborée qui ne soit pas de manière univoque liée à la forme documentaire – au sens de production d’une heure, sur un seul et même sujet. La fiction, le mélange des genres, le direct, l’entretien, la parodie… avaient droit de citer tout autant, avec le même souci de la forme et de sa fabrication. Une radio de création au sens le plus multiple qui soit. Nous l’avons « défendue » sans manifeste, mais en faisant, en fabriquant.

Innovation ou pas ?

Plus qu’un désir d’innovation, il y avait au cœur des Passagers de la Nuit le désir d’occuper, autant que possible, tout le spectre du possible de la radio. Celui-ci étant très grand, pour peu qu’on y soit attentif, il y avait de quoi faire. Le désir de faire voisiner les registres de radios différents. Ne pas se priver de rire et de sourire. Une manière de saisir le monde par le son et non par les « sujets ».

L’autre axe, plus ou moins conscient, plus ou moins déployé au premier degré, passait pas le désir du « non urgent ». Cela m’occupait beaucoup à l’époque, cette sensation que tout devait relever de l’immédiat et du sensationnel, comme une logique de breaking news contaminant tout. Et Les Passagers voulaient montrer ce qui était possible hors de cette urgence artificielle. D’où l’intérêt pour des formes avant tout poétiques, au sens large.

La revue en ligne Syntone m’avait posé quelques questions à ce sujet, et voilà ma réponse : « Il y a une manière de parler du monde qui peut ne pas être en écho avec l’actualité immédiate et ‘objective’, mais qui peut nous concerner tout autant. Je crois au subjectif universel. Dans la mesure où l’information est menacée par le storytelling et le ‘conte de la communication’, notre approche du monde, personnelle, intime, illustrée, poétique, n’est pas forcément plus fausse. » Les déambulations de Jack Souvant dans l’espace public, où tout devenait matière à échange, à invention, à déviation, sur la base du plus « infraordinaire » possible, reste typiques, selon moi, de cette idée.

Paradoxalement, j’ai l’impression que l’innovation qui me reste en tête, sept ans après la fin de l’émission, est ce désir de mêler les formes parfois complexes, et quoi qu’il en soit toujours « élaborées », des éléments que nous produisions, avec un désir de clarté d’une réelle « présentation ». Certes, celle-ci était écrite, on y trouvait aussi des textes absurdes ou poétiques, mais il y avait pour chaque élément un lancement, et très souvent une désannonce. Nous n’étions pas dans l’abstraction, ou le ciel vertueux de la création radiophonique. Le ton était particulier, peut-être, mais il y avait toujours la volonté de prendre par la main et de convaincre l’oreille nouvelle.

Le vendredi, jour spécial

Dès le départ, afin de concentrer les moyens de production sur quatre jours, il a été décidé de consacrer le vendredi à un format magazine. En prenant cette décision, on se mettait aussi dans la logique globale d’une grille de programmes, où souvent « le week-end commence le vendredi », jour où les routines de la semaine sont déjà rompues. Les vendredis de la première saison étaient consacrés à la Mythologie de poche de la radio. Projet antérieur aux Passagers de la Nuit, cette émission avait pour vocation de faire remonter les souvenirs de radio à la surface, en s’appuyant sur les archives des émissions et voix marquantes de toutes les radios. Le projet s’appuyait sur quelques convictions, à savoir que le pouvoir d’évocation intime de l’archive radio est extrêmement fort, que la radio (à l’époque) célébrait peu sa propre histoire, qu’une bonne pratique radio passe par la connaissance des mécaniques, idées, figures anciennes… Et qu’enfin, placée ainsi en fin de semaine d’une émission qui se voulait joyeusement inventive, un salut appuyé aux prédécesseurs, elle était une politesse bienvenue. Et, elle créerait, le cas échéant, quelques échos et perspectives, des dialogues à travers le temps. À l’époque, la Maison de la radio résonnait encore de quelques fantômes, les studios avaient peu changé en plusieurs décennies, et les murs parlent volontiers…

La Mythologie de poche de la radio a donc célébré dans le désordre Gérard Sire (animateur de France Inter, scénariste), Jean Chouquet (Dimanche dans un fauteuil, sur France Inter), Paul Gilson (directeur des programmes artistiques de Paris Inter), Patrice Blanc-Francard (Loup Garou sur France Inter, et Pas de Panique, sur la même chaîne), Claude Ollier (autour d’une fiction écrite par lui, L’Attentat en direct), Claude Dominique (voix d’Inter), Pierre Wiehn (longtemps directeur de France Inter), Jean Garretto et Pierre Codou (L’Oreille en coin, sur France Inter), l’émission Campus d’Europe 1, José Artur, Claude Villers, Pierre Arnaud de Chassy-Poulay (réalisateur de Pierre Dac), André Frédérique (poète « anthracite »), le dramaturge François Billetdoux, le journaliste Jean-Pierre Farkas… Ce point d’orgue de la semaine a pu donner une teinte « rétro » aux Passagers de la nuit, aux oreilles de certains. Selon moi, elle a donné des fondations à l’émission, sans avoir d’influence directe sur la forme du reste de la semaine.

La deuxième saison des Passagers de la Nuit ne permettant que des émissions de 30 minutes, il était exclu de poursuivre cette série (je l’ai donc produite en parallèle des Passagers, tout au long de la saison 2010-2011, pour une diffusion quotidienne à l’été 2011, donnant notamment une plus grande part aux voix féminines : Colette Fellous de France Culture, la documentariste Kaye Mortley, la voix d’Europe 1 Julie, Sylvie Andreu…). C’était l’occasion d’établir une « mythologie contemporaine du son », ou pour le dire plus simplement : inviter au micro des gens créatifs « avec » le son. Le point de départ était l’envie de faire entendre sur les ondes ce qui se produisait en audio, hors les circuits radiophoniques classiques, au présent. Les premiers invités étaient issus de l’Acsr de Bruxelles, l’Atelier de création sonore et radiophonique (qui, produisant parfois pour la RTBF, était encore proche de la radio habituelle, mais représente aujourd’hui encore une structure originale de production). Ce fut l’occasion de faire entendre la voix et les créations d’artistes atypiques comme l’artiste Dominique Petitgand, les inclassables frères Lefdup, le musicien Pascal Ayerbe, l’inventeur d’UbuWeb Kenneth Goldsmith, les compositeurs Nicolas Frize et Hugues Le Bars, l’audionaturaliste Marc Namblard… Nous arrivions à une période où il était clair que depuis dix ans les nouvelles technologies et les nouveaux moyens de diffusion avaient créé un appel d’air, renouvelant les formes et les pratiques avec le son, bien au-delà du champ radiophonique, et que la radio devait s’en faire l’écho. Le boom du podcast « indépendant » que l’on connaît actuellement s’inscrit, d’une certaine manière, dans la continuité de cet appel d’air. Au long des cinq saisons qui ont suivi, je me suis mis dans la continuité de ces vendredis « hors-série », avec L’Atelier du son (2011-2015) puis Supersonic (2015-2016), qui étaient des magazines du son créatif.

Regard rétrospectif

Les Passagers de la Nuit n’ont duré que deux saisons. Que seraient-ils devenus ? Ils se seraient assouplis, sans doute, seraient devenus encore plus fluides à l’écriture. Peut-être moins riches aussi, l’époque budgétaire voulant ça. Il reste le souvenir de la disponibilité et l’énergie des réalisateurs (sur les deux saisons, il y eut : Véronique Lamendour, Gaël Gillon, Angélique Tibau, Séverine Cassar, Gilles Mardirossian, Anne-Pascale Desvignes, Vincent Decque, Clotilde Pivin, Gilles Davidas, Bertrand Chaumeton) et celles, infinies, d’Inès de Bruyn et Yaël Mandelbaum, qui préparaient les émissions. Impossible de citer l’intégralité des gens de radio (pigistes, producteurs ponctuels, je ne sais jamais comment dire) qui ont proposé leurs idées et les ont menées à bien, en séries ou ponctuellement. Il va sans dire que sans eux, l’émission n’aurait pas pu exister.

Les Passagers de la Nuit étaient finalement assez peu définis, et surtout pas prédéfinis. C’était un lieu de surprises, où l’on savait que l’innovation (ou la « création ») n’était pas forcément affaire de temps de montage et de mixage, mais plutôt d’état d’esprit, mêlant disponibilité, défi, sourire (je l’espère)… Mais nous n’expliquions rien, nous n’étions pas là pour ça. Il n’y avait pas de « sujet », que des moments et, en fond de tâche, des révérences multiformes à la magie de la radio.

Notes

[1] Un programme qu’Albertine a adapté et continué d’utiliser, notamment au moment des commémorations Dada : http://www.albertinemeunier.net/DataDadaDataInterviewMachine

Pour citer cet article

Référence électronique

Thomas BAUMGARTNER, « Les Passagers de la Nuit de France Culture, dispositif collectif d’invention radiophonique », RadioMorphoses, [En Ligne], n° 4 – 2018, mis en ligne le « 28/12/2018 », URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2019/01/04/passagers-de-nuit-de-france-culture/

Auteur

Thomas BAUMGARTNER était « Producteur coordinateur » des Passagers de la Nuit de 2009 à 2011. Il a aussi produit L’Atelier du son (2011-2015) et Supersonic (2015-2016) sur France Culture. Il est aujourd’hui rédacteur en chef et responsable éditorial de Radio Nova.

Courriel : thbaumg@yahoo.fr

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