Christian Rosset, Les voiles de Sainte-Marthe. Micro-récits et notes d’atelier, Lyon, Hyppocampe édition, 2018.

Christophe DELEU

Dans le genre de la radio de création (fiction, documentaire, horspiel…), peu d’auteurs reviennent sur leur pratique professionnelle. Pour l’Atelier de création radiophonique (ACR), créée par Alain Trutat et Jean Tardieu, quelques ouvrages avaient déjà permis d’approcher de plus près cette émission mythique de France Culture, qui a toujours voulu échapper à toute classification et à toute catégorisation.

On rappellera Bref éloge du coup de tonnerre et du bruit d’ailes (Phonurgia Nova, 2014), et Théâtre d’ondes. Théâtre d’ombres (2011, Champ Social édition) de René Farabet, longtemps producteur-coordonnateur de l’émission (1969-2001). Christian Rosset, producteur à l’ACR, avait déjà dirigé un ouvrage éclairant sur l’oeuvre de Yann Paranthoën, autre auteur-phare de l’ACR (Yann Paranthoën. L’art de la radio, Phonurgia Nova, 2009), qui venait compléter le propre ouvrage de Paranthoën, Propos d’un tailleur de sons (Phonurgia Nova, 1990).

Fidèle à l’esprit de René Farabet, Christian Rosset, dans son ouvrage Les voiles des Sainte-Marthe (le titre est à la fois une référence au quartier parisien où le producteur a réalisé plusieurs émissions et à un objet que Rosset perçoit comme « un support où la pudeur se dépose ») n’opte pas pour un récit didactique qui reviendrait sur l’évolution d’une œuvre, mais lui préfère la forme du journal intime qui s’affranchit de la chronologie, forme plus en adéquation avec le parcours de Rosset, et révélateur de « ce temps de qui ne passe pas », pour reprendre l’expression de Jean-Bertrand Pontalis dans son ouvrage éponyme (Gallimard, 1997).

Dans une partie intitulée « Ouverture », Christian Rosset relate le lien intime qu’il a tissé avec la radio, dans une perspective autobiographique plus directe que dans ses émissions elles-mêmes. Rosset n’aurait pu être « qu’un » compositeur (il est issu d’une famille de musiciens), il s’est rêvé peintre, mais il a aussi choisi la radio pour s’exprimer (il conservera néanmoins un vif intérêt pour les images quelle que soit leur nature). Rosset rappelle ses liens avec le collectif Change, dans les années 1970, et ses débuts radiophoniques liés à une correspondance avec l’écrivain Claude Ollier, lui-même producteur de certains ACR demeurés célèbres comme L’attentat en direct, 1969 (on doit d’ailleurs à Rosset de nombreux entretiens avec l’auteur du Nouveau Roman, et son premier ACR, « Our Musique » est une coproduction avec celui-ci et René Farabet).

Comme la plupart des producteurs de l’ACR, Rosset se montre réfractaire à la dénomination des genres, et reste donc flou sur la nature des émissions produites. Il revient aussi sur sa contribution à d’autres émissions de France Culture : Nuits magnétiques, Surpris par la nuit, et Les passagers de la nuit. En cela, il a donc réussi à demeurer un créateur radiophonique durant plusieurs décennies (certains projets ont mis plusieurs années à se réaliser), en imprimant sa marque dans les émissions qui figurent parmi les plus inventives de la radio publique. Sa longévité s’explique aussi peut-être par son regard sur les évolutions technologiques, car, contrairement à Yann Paranthoën par exemple, Rosset n’a jamais été réfractaire aux technologies numériques qui ont modifié les conditions de production et de diffusion à la fin des années 1990. Quelques documents iconographiques permettent aussi d’approcher le processus créatif de plus près.

Pour citer cet article

Référence électronique

Christophe DELEU, « Christian Rosset, Les voiles de Sainte-Marthe. Micro-récits et notes d’atelier, Lyon, Hyppocampe édition, 2018. », RadioMorphoses, [En ligne], n°4 – 2018, mis en ligne le « 22/12/2018 », URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2019/01/04/christian-rosset/

Auteur

Christophe DELEU est Professeur en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Strasbourg (SAGE -UMR CNRS 7363).

Courriel : lalointaine@gmail.com

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