Sommaire – numéro 2

Dossier. Évolution des formats et modes d’expression radiophoniques

Sous la direction de  Nozha Smati, Pascal Ricaud

Nozha Smati, Pascal Ricaud
Évolution des formats et modes d’expression radiophoniques

Sébastien Allain, Carine Bel
Portraits interactifs et enjeux radiophoniques. L’interface webdoc, nouveau support de l’oralité

Sébastien Poulain
Les postradiomorphoses : enjeux et limites de l’appropriation des nouvelles technologies radiophoniques en période de transition médiatique

David Christoffel
Utopies délinéaires

Fátima Ramos del Cano
Las nuevas vías de consumo y participación radiofónica a través de la web: análisis comparado de las cadenas españolas y francesas

Katy McDonald, Guy Starkey
L’évolution des pratiques dans la production du journalisme radiophonique : une étude de cas au Royaume-Uni

Ana Cristina Suzina
The use of digital resources in Brazilian community and associative radios

Varia

Simon Ngono
La médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun : enjeux et logiques au cœur de la constitution d’un espace public

Vinciane Votron
Connexions, de l’auditeur de la radio à la naissance d’une communauté

Positions de thèses

Blandine Schmidt
Radiographie de l’interactivité radiophonique, Thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication, sous la direction de Jean-Jacques Cheval, soutenue à l’Université de Bordeaux Montaigne, le 15 juillet 2016.

Béatrice Donzelle
Le journal parlé de France Inter dans les années 1960. Journalisme de service public et propagande en démocratie, Thèse de doctorat en Histoire culturelle, sous la direction de Christian Delporte, soutenue à l’Université de Versailles-Saint Quentin-en-Yvelines, le 6 décembre 2013.

Eugénie-Myriam Bocek-Valy
Pierre Lhande (1877-1957) et le corpus des Radio-sermons aux origines de la radiophonie, Thèse de doctorat en Théologie catholique, sous la direction de Pierre-Marie Beaude, soutenue à l’UFR SHS Nancy – Metz, le 21 novembre 2015.

Notes de lecture

Frédéric Antoine
Actualité d’André-Jean Tudesq, sous la direction de Annie Lenoble-Bart et Jean-Jacques Cheval, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, MSHA, 2016. 284 pages.

Comité de lecture

Comité de lecture

RadioMorphoses remercie les membres du comité de lecture qui ont contribué à ce deuxième numéro :

Annie Lenoble Bart (Université Bordeaux Montaigne)

Pierre C. Bélanger (Université d’Ottawa, Canada)

Séverine Equoy Hutin (Université Franche comté)

Hervé Glevarec (Centre national de la recherche scientifique)

Isabel Guglielmone (Université de Technologie de Compiègne)

Carolyne Lee (Université de Melbourne, Australie)

Albino Perdroia (IEP de Paris, cabinet Lab Radio)

Nicolas Sourisce (Université François Rabelais de Tours)

 

Connexions, de l’auditeur de la radio à la naissance d’une communauté

Vinciane VOTRON

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Résumé

Qui sont les auditeurs qui réagissent à la radio ? Cet article propose un portrait des personnes qui interviennent dans Connexions, une émission d’information de la RTBF. En six émissions diffusées en mars 2013, nous avons pu identifier près de 300 auditeurs. Plus de la moitié ont accepté de répondre à notre questionnaire. Quels sont leurs points communs ? Quelles sont leurs motivations ? Leur interaction favorise-t-elle la création d’une communauté en marge de l’émission ? Et si oui, le rôle des auditeurs est-il en train de changer ? Le rapport entre le pôle production et réception de la radio pourrait tendre vers une certaine horizontalité.

Mots-clés   : Radio, interaction,  communauté,  auditeurs, portrait

 

Abstract

Who are the listeners who intervene to give their opinion on the radio ? This paper offers a portrait of the people interacting during the RTBF radio information program Connexions. In March 2013, weattended six broadcasts and were able to identify almost 300 listeners. More than half of them agreed to fill out our questionnaire. What are their commonalities ? What are their motivations ? Do they promote, through their interactions, the creation of a community, next to this program ? In that case, is the role of the listeners going to change ? The relationships between the production and the reception divisions could tend to become horizontal.

Keywords : radio, interaction,   community,   listeners, portrait

 

Resumen

¿Quiénes son los auditores que reaccionan en la radio? Este artículo propone un retrato de las personas que intervienen en Connexions, un informativo de la RTBF. En seis programas de marzo de 2013, hemos identificado a cerca de 300 auditores. Más de la mitad de estos aceptaron contestar a nuestro cuestionario. ¿Qué tienen en común? ¿Cuáles son sus motivaciones ? Favorece su interacción la creación de una comunidad en margen  del programa?  Y si es así, ¿está cambiando el papel de los auditores? La relación entre el polo productivo y el polo de recepción pudiese tender a una cierta horizontalidad.

Palabras clave : radio,  interaccion,  comunidad, auditores, retrato

 

Qui sont les auditeurs qui réagissent à la radio ? On connaît leur prénom, parfois le lieu où ils habitent ; on reconnaît la voix de certains, mais c’est à peu près tout ce qu’on en sait. Et pourtant, donner la parole aux « anonymes » (Deleu, 2006) est une pratique qui existe depuis les débuts de la radio. Un siècle plus tard, leur statut a-t-il évolué ? L’auditeur du XXIème siècle n’est plus celui qui écoute un programme, assis à côté du poste. Aujourd’hui, les moyens de communication sont plus nombreux et variés pour prendre contact avec les émissions interactives. L’auditeur peut plus facilement relayer des informations. Assistons-nous dès lors à la naissance d’une communauté d’auditeurs actifs, qui réagissent sur les ondes, se répondent sur les réseaux sociaux et participent à la création de l’émission ? Nous tenterons de dresser le portait de ces auditeurs actifs, d’analyser leurs motivations en se concentrant sur leur démarche plutôt que sur le contenu de leurs interventions. Ces auditeurs ont-ils pris une place dans le paysage radiophonique, au point de les rendre indispensables ?

Si les débuts de la radio ont surtout accordé la parole à des anonymes dans des émissions de jeux ou de divertissement (Deleu, 2006) ; aujourd’hui, cette parole profane envahit aussi le domaine de l’information, jusqu’ici réservée à des journalistes professionnels. En nous appuyant sur la classification établie par Nicolas Becqueret (2006), nous avons décidé de nous concentrer sur les émissions qui respectent un contrat d’information. Il y a un apport cognitif : le média veut transmettre un savoir à l’auditeur à propos de faits d’actualité. Le mécanisme d’interaction permet-il de diffuser une information dans un sens inversé (de l’auditeur vers le média) ? La radio tendrait-elle vers l’horizontalité dans ses rapports aux auditeurs ? Et dans les faits, prennent-ils la place des journalistes, des invités ou restent-ils cantonnés à un rôle précis dans cet échange ?

C’est le cas de l’émission Connexions proposée lors de la matinale 7h-9h entre 2011 et 2014, sur La Première, chaîne publique d’information de la RTBF en Belgique francophone. Entre 8h30 et 8H55, les auditeurs réagissent par téléphone, par email ou sur les réseaux sociaux. La veille vers 17h, une question, liée à une thématique d’actualité politique au niveau national ou international voire qui touche des sujets de société, est formulée et postée sur les réseaux sociaux. Un journaliste anime la discussion sur le fil Twitter de l’émission et sur la page Facebook. Le lendemain matin, il reçoit un invité en studio. Il relaye également les interventions des auditeurs et des internautes, en direct ou indirectement au travers de la lecture d’un tweet ou d’un commentaire posté sur Facebook.

L’article se concentrera sur les auditeurs de cette émission, mais dans le cadre de notre thèse[1], nous avons étudié d’autres programmes qui offraient également cette parole au public. Il est pratiquement impossible d’étudier l’ensemble de la population des auditeurs qui réagissent dans les émissions d’information interactives : « Les populations visées sont en général plus vastes et aussi plus dispersées. Il devient difficile d’entrer en relation avec tous les membres » (Jones, 2000 : 175). Il s’impose alors de ne prendre contact qu’avec une partie d’entre eux, en constituant un échantillon représentatif. Nous avons suivi cette logique pour établir notre corpus. Sur un mois déterminé à l’avance, nous avons assisté aux émissions chaque jour de la semaine (une le lundi, une le mardi, etc.) avec un total de six éditions, sans privilégier les thématiques susceptibles d’engendrer une interaction plus intense. Nous ne connaissions d’ailleurs pas la thématique du jour avant de venir assister à l’émission. En tout, nous avons assisté à six émissions de Connexions en mars 2013 et nous avons récolté les coordonnées téléphoniques de 299 personnes différentes. Parmi elles, 164 personnes ont accepté de répondre à notre questionnaire, ce qui nous donne un taux de réponse de 54,84%.

L’article tentera de cerner les différents profils de ces auditeurs actifs, l’usage qu’ils font des médias et les motivations qui les poussent à réagir. De quoi se sentir intégrés dans une communauté, au sens où les membres du groupe consomment les mêmes produits médiatiques, en partagent les usages et les valeurs et les affichent comme signe d’appartenance ?

Portraits des auditeurs actifs

Moyens de communication utilisés, âge et sexe des auditeurs actifs

Le dispositif de Connexions permet aux auditeurs de contacter l’émission au travers de différents moyens. Il s’avère que 43,9% (72/164) ont réagi par téléphone ; au niveau des réseaux sociaux, 38,4% (63/164) ont tweeté et 18,9% (31/164) ont posté des messages sur Facebook ; enfin, 9,1% (15/164) des personnes interrogées ont utilisé le site internet de l’émission pour envoyer leurs commentaires. Seuls 6% alternent les moyens de communication, à savoir la plupart du temps soit Facebook, soit Twitter ou laissent un message sur le répondeur à l’invitation du journaliste après avoir discuté avec lui sur les réseaux sociaux.

L’utilisation de tel ou tel moyen de communication n’est pas anodine. Au fil de notre analyse, nous avons pu établir des catégories d’auditeurs au regard des moyens de communication utilisés. Chaque personne justifie l’usage du téléphone, des réseaux sociaux ou du site internet par habitude ou pour une question de facilité d’accès. Toutefois, les nouvelles technologies permettent de toucher un public plus averti avec des objectifs établis dans la démarche de prise de parole.

Le téléphone reste le moyen privilégié des auditeurs pour atteindre la station de radio. Mais c’est plus de la moitié des femmes qui décrochent leur combiné (26/45 femmes) pour entrer en contact avec l’émission. C’est aussi le moyen le plus utilisé par les personnes âgées de 65 ans et plus (21/27). Ce moyen de communication, le plus ancien et le plus classique, reste très lié à la radio. La filiation entre la technologie du téléphone et la création de la radio en atteste. Ne parlait-on pas de la TSF (Télégraphie sans fil) pour désigner les premiers essais radiophoniques ? Dès les débuts de la radio, le téléphone occupe une place de choix « parce que le téléphone coûte moins cher et permet à une personne située à distance de s’exprimer dans le poste » (Deleu, 2006 :23). Et aujourd’hui, il garde autant de poids parce que la radio ne peut exister sans le son. Les auditeurs soulignent la facilité d’utilisation du téléphone par rapport aux technologies plus avancées. Marie, 50 ans, employée, originaire de Tournai, téléphone à l’émission Connexions : « Je préfère, c’est de ma génération » ; Jean-Marie, 55 ans, employé, originaire de Liège : « Le téléphone, c’est plus facile. Je n’aime pas ce qui est moderne. Je n’aime pas la technologie. »

Toutefois, de nouveaux moyens de communication émergent, tels que les réseaux sociaux et le site internet. Le graphique ci-dessous illustre parfaitement les différences d’utilisation des moyens de communications en fonction du sexe. De manière générale, les auditeurs actifs sont majoritairement des hommes (119 hommes pour 45 femmes). Mais la tendance s’alourdit lorsque les auditeurs utilisent les outils numériques pour entrer en contact avec l’émission. 54tweetos sur 63 sont des hommes. En ce qui concerne les courriels, 14/15 sont envoyés par des hommes. Le réseau social Facebook est le seul à se rapprocher de l’équilibre avec 14 femmes pour 17 hommes.

Graph 1    Graphique 1 : Répartition des répondants selon leur sexe et le moyen de communication utilisé

Le moyen de communication utilisé dépend aussi de l’âge des auditeurs actifs.

Graph2     Graphique 2 : Proportion des répondants en fonction de leur âge et de leur moyen de communication

Deux grandes tendances émergent dans ce graphique : Twitter est fortement utilisé par les jeunes ; l’utilisation du téléphone augmente avec l’âge et est le seul moyen de communication utilisé par les plus de 80 ans. Les e-mails, eux, ne sont plus du tout utilisés par la jeune génération mais le sont par les plus âgés. Au niveau de Facebook, c’est le moyen de communication qui rassemble le plus de générations. La tranche d’âge la plus représentée des auditeurs actifs se situe entre 35 et 65 ans, ce qui correspond à l’audience cible de La Première[2].

L’émission Connexions a voulu s’adresser aux jeunes, majoritairement présents sur les réseaux sociaux. L’utilisation de ces outils numériques a permis de toucher une audience plus jeune, active principalement sur Twitter. François, 31 ans, tweetos de Connexions explique pourquoi il utilise Twitter : « C’est une question de rapidité dans l’échange et le débat. La formule doit être concise et courte ». Les tweetos sont particulièrement attentifs à l’interaction générée sur Twitter. Mickaël Bouvy, 36 ans, employé, originaire du Luxembourg est un habitué de l’émission Connexions. Pour lui, « Twitter est plus interactif, cela donne la possibilité d’interagir avec certaines personnes qu’on ne connaît pas ». Alexandre, 54 ans, producteur de télé, originaire de Bruxelles insiste sur le côté  interactif : « C’est horizontal. Tout le monde est sur le même pied. ». À cet égard, l’usage des réseaux sociaux modifie les relations entre les auditeurs et la radio et crée un public connecté : « Les auditeurs anticipent/continuent une discussion sur les réseaux sociaux sur les thèmes introduits par le programme radiophonique, en ajoutant des commentaires, du contenu, des liens, des références, des citations ou des suggestions » (Bonini, 2014 : 9). Les auditeurs apportent ici de l’information qu’ils partagent directement avec les autres usagers des réseaux sociaux, relayés à l’antenne par le journaliste.

Usages des médias des auditeurs actifs

Appartenance à un parti politique et médias utilisés

Les auditeurs qui réagissent sont-ils des simples anonymes ou parmi eux, certains hommes et femmes politiques se glissent-ils pour faire passer une idée, prendre le pouls de l’électorat ou clarifier certains dossiers ?

Graph3      Graphique 3 : Lien politique des répondants en fonction des moyens 
                    de communication utilisés

À première vue, le non l’emporterait. Toutefois, 59/164 se disent proches d’un parti politique (militant, sympathisant, membre, représentant) dont 23 par téléphone ; 24 sur Twitter, 11 sur Facebook et 6 par mail. Si la majorité d’entre eux prennent la parole en leur nom propre, il ne faut toutefois pas écarter le fait que certains utilisent cette émission comme une vitrine personnelle ou à des fins électoralistes.

Les auditeurs actifs sont-ils des usagers « multimédias », au sens strict du terme ? Premier constat, la majorité des auditeurs (87/164) ne réagissent dans aucun autre média que l’émission Connexions. D’autres (73/164) n’hésitent pas à donner de la voix dans d’autres émissions radios interactives, que ce soit sur la même chaîne (Le Forum de Midi, Tout autrechose), sur d’autres chaînes publiques (Vivacité, C’est vous qui le dites) ou des chaînes concurrentes (RTL, Les auditeurs ont la parole).

graph4          Graphique 4: Utilisation d'autres supports médiatiques

Certains auditeurs actifs restent fidèles à une émission : une relation de proximité s’installe alors entre celui qui écoute, le programme en question et la chaîne qui le diffuse. D’autres auditeurs n’hésitent pas à changer de station pour donner leur avis sur des ondes différentes.

En ce qui concerne les utilisateurs des réseaux sociaux, on observe qu’ils sont également actifs sur d’autres supports (Forum, blog, émissions de télévision) en produisant eux-mêmes du contenu via des plateformes interactives. Les tweetos sont actifs sur la toile et semblent connaître très clairement le fonctionnement des médias. Le courrier des lecteurs est, lui, moins utilisé.

Fréquence d’écoute et d’intervention

Les auditeurs actifs sont des fidèles qui écoutent l’émission tous les jours, voire plusieurs fois par semaine. Seules quelques personnes prétendent avoir écouté l’émission par hasard avant de donner leur avis. Enfin, une petite catégorie d’auditeurs assure ne jamais écouter l’émission sur les ondes. Ce sont majoritairement les internautes qui se donnent rendez-vous sur le fil Twitter ou la page Facebook de l’émission afin de discuter de la question, sans toutefois faire le pas vers le média d’origine, à savoir la radio.

Graph5                   Graphique 5 : Fidélité des auditeurs actifs

Les auditeurs connaissent les animateurs, la mécanique de l’émission et peuvent se prévaloir d’une certaine compétence médiatique, qui leur sert à adapter leur discours aux exigences de chaque format d’émission. On peut identifier quatre éléments qui forment cette compétence médiatique : la critique des médias ; la connaissance des médias et du système médiatique ; l’usage des médias en incluant la participation interactive à travers les médias et la capacité à produire un contenu médiatique créatif et innovant. Mieux les auditeurs connaissent un média, une émission ; plus ils auront tendance à participer en produisant du contenu.

Parmi les auditeurs actifs, nous avons créé trois catégories : les occasionnels qui ont réagi une seule fois sur les six émissions étudiées ; les réguliers (entre deux et trois fois sur les six) et les assidus (quatre et plus).

Graph 6       Graphique 6: Fréquence d’intervention des auditeurs actifs en  
                    fonction du  moyen de communication utilisé

Ce sont les occasionnels qui réagissent le plus souvent et ce, principalement au téléphone. En ce qui concerne les réguliers et les assidus, c’est-à-dire les habitués de l’émission, ils sont beaucoup plus présents sur Twitter. Cette différence peut aussi s’expliquer par les usages entre les différents moyens de communication. Nous qualifierons le téléphone de média discontinu car, au contraire des réseaux sociaux, il ne permet pas une connexion continue avec l’émission. Les utilisateurs des réseaux sociaux, eux, en général, restent connectés en permanence sur Facebook ou Twitter. Cette facilité d’usage permet une spontanéité dans la réaction des tweetos, encouragée par l’émulation du noyau dur de l’émission. Ils sont une poignée d’auditeurs à se donner rendez-vous sur Twitter pour discuter de la question du jour. Chacun donne son point de vue, des échanges se créent et certains franchissent même le pas de prolonger la discussion dans la vie réelle. La chaîne de radio a aussi voulu profiter de cette connivence entre les auditeurs en les invitant à un petit-déjeuner à la radio : rencontre des animateurs et intervention des auditeurs en direct, dans le studio. Le média renforce ainsi le lien social qui unit les auditeurs et les producteurs de l’émission. De quoi dessiner les contours d’une communauté.

Statut autoproclamé

À quel titre les auditeurs actifs réagissent-ils ? En majorité (124/164), les auditeurs actifs réagissent en tant que « Monsieur et Madame tout-le-monde » et ce, quel que soit le moyen de communication utilisé. Toutefois, une catégorie émerge : celle des spécialistes. Ils sont une quarantaine à se présenter à la radio à titre d’expert en la matière. D’expert, ils n’en ont en fait pas vraiment le titre, ils affichent plutôt une connaissance du terrain, une pratique professionnelle, ancrée dans leur vie quotidienne. Ils savent de quoi ils parlent puisqu’ils vivent la problématique dans leur vie de tous les jours. Ces auditeurs dits spécialistes ont pour objectif de faire profiter de leurs connaissances à l’ensemble de l’audience de l’émission. Nous pouvons observer une inversion quant à l’origine de l’apport cognitif. Ce n’est plus le média en tant que tel qui informe ses auditeurs, mais les auditeurs qui s’informent entre eux. Le média garde toutefois le contrôle de cet échange.

Grap7      Graphique 7 : Répartition des "spécialistes" selon le moyen de 
                    communication utilisé

Twitter semble être le lieu de rendez-vous de ces spécialistes qui, ils ne s’en cachent pas, appartiennent aussi parfois à des lobbies tels que des partis politiques, des syndicats, des ONG  et qui par ce biais entendent faire passer un message. Nous y reviendrons.

Interventions des auditeurs actifs

Base de leur réaction et type d’intervention

La plupart des auditeurs réagissent lorsqu’ils connaissent le sujet. Viennent ensuite le partage d’émotion et l’expérience de vie quotidienne. Il est à noter que Twitter semble être le moyen le plus adéquat pour communiquer ses connaissances, ce qui peut paraître paradoxal, au vu du nombre limité des caractères (140). Nous retrouvons ici les experts de terrain qui rectifient une information sur la thématique qu’ils affectionnent.

graph8                    Graphique 8 : Base de la réaction des répondants

Il est évident que la plupart des auditeurs actifs appellent, tweetent, envoient des mails ou utilisent Facebook pour donner leur avis. Certains font plus que donner leur avis : ils avancent une réflexion, émettent des suggestions en s’appuyant sur des informations qu’ils donnent au public. Celles-ci prennent parfois la forme d’une question, surtout sur Twitter ; mais souvent cette question révèle un avis bien tranché sur la question. Le témoignage reste une manière d’interagir à la radio et plus spécifiquement au téléphone. Certains n’hésitent pas non plus à prendre leur combiné pour rectifier une information. Ainsi, Gaëlle affirme : « Généralement, je réagis à des commentaires complètement faux » ; tout comme Geoffroy : « Quand j’entends des grosses conneries, des erreurs, de la manipulation politique ». Enfin, les messages « clin d’œil » sont typiques de la twittosphère qui collectionne les bons mots de ses internautes.

En réalité, on assiste à « un glissement d’un régime de questions vers un régime d’opinions » (Deleu, 2006 : 104). Jusque-là, l’auditeur d’émissions plus anciennes telles que Le téléphone sonne était perçu comme « celui qui pose des questions à des spécialistes et pas comme celui qui a une opinion à faire partager » (Deleu, ibid). Auparavant, celui qui passait sur antenne était considéré comme « une personne en quête d’un savoir, que les spécialistes de l’émission détenaient et acceptaient de lui transmettre, confortant la radio dans sa mission traditionnelle d’information et d’éducation » (Deleu, ibid). Donner son avis, « ne faisait pas partie des mœurs de la radio ».

Motivations des auditeurs actifs

Pourquoi les auditeurs actifs décident-ils de décrocher leur téléphone, d’envoyer un mail, de poster un commentaire sur Facebook ou sur Twitter ?

Faire entendre son avis

Une des tendances générales est la possibilité pour les auditeurs de pouvoir dire ce qu’ils pensent à un plus grand nombre. Les auditeurs y voient un porte-voix pour leurs idées. Anne, 40 ans, de La Louvière prend régulièrement la parole dans Connexions : « Je ne peux pas m’en empêcher. C’est dans ma nature. Je défends mes idées. Il faut qu’elles soient entendues. »

Débat contradictoire

Une partie des auditeurs va plus loin : non seulement ils aiment donner leur avis, mais ils veulent confronter leurs idées à celles des autres. Danielle, 54 ans, Liège, Connexions : « J’aime bien débattre, discuter, échanger des idées et voir aussi le point de vue des autres. Parfois je dis l’inverse de ce que je pense pour provoquer le débat ». Lars Nyre et Brian O’Neill mettent en avant la notion d’attraction sociale : «altruisme, morale ou sens du consensus» (2012 : 211). En général, ces intervenants aiment participer au débat démocratique. Ces espaces dédiés à la parole du citoyen permettent à tout un chacun de dialoguer, d’échanger et ce, notamment grâce aux réseaux sociaux. Les tweetos sont assez friands de cette nouvelle manière de communiquer. Mickaël, 36 ans, originaire du Luxembourg, avoue se remettre en question au contact des autres auditeurs de Connexions : « Donner mon point de vue, avoir l’occasion de connaitre le point de vue des autres. C’est intéressant d’avoir des pensées avec d’autres, c’est en discutant avec d’autres  qu’on se rend compte qu’on est à côté de la plaque ».

Correction

Nous l’avons déjà dit, la plupart des auditeurs actifs réagissent quand ils connaissent bien le sujet. S’ils entendent des propos incorrects, ils ne peuvent rester inactifs. Ils décrochent leur téléphone, envoient un message en donnant des informations précises ou en corrigeant les erreurs entendues à l’antenne. Gaëlle, 35 ans, de Bruxelles réagit occasionnellement dans Connexions : « Généralement, je réagis à des commentaires complètement faux ou parce qu’on m’interpelle. Je ne réagis pas de manière altruiste. »

Aspect ludique

L’aspect ludique est très présent sur Twitter. Les réflexions des tweetos sont souvent empreintes de second degré et de bons mots. Christophe explique sa démarche: « Par jeu, parce qu’il n’y a pas de différence entre les gens dans une conversation sur Twitter ». Philippe ne cache pas ses intentions : « Pour ajouter du bruit au bruit. Pour apporter un angle différent, une autre lumière, pour dire une bêtise et détendre l’atmosphère (…) ».

Rester en relation

Intervenir dans ces émissions donne la possibilité de dialoguer, de discuter, de tisser des relations sociales que les auditeurs n’auraient pas dans la vie réelle. On retrouve ici la vocation relationnelle de la radio « à qui on parle ». La radio reste un moyen de tisser du lien social. C’est aussi une façon pour les auditeurs de garder un pied dans la vie « active », comme Marie-Claude : « J’ai cessé d’avoir une vie active. Je n’ai pas voulu m’isoler du monde et être une femme « casserole ». Déjà enfant, j’aimais débattre : chacun donnait son idée. Mes parents étaient assez actifs. J’ai été baignée là-dedans. Il y a un besoin de vie sociale ».

But politique

Nous l’avons mentionné plus haut, un tiers des répondants sont proches d’un parti politique. Tous ne défendent pas les couleurs de leur parti, mais certains ne s’en cachent pas. Leur intervention vise à « promouvoir un certain système politique et les valeurs plus ou moins contestées pour le développement de la société » (Nyre and O’Neill, 2012 : 214).

Benoit ne cache pas ses visées : « Je suis un homme politique : la mise à l’agenda d’un sujet par Connexions permet de s’exprimer sur un sujet ou de rectifier quelque chose qui peut être présentée de manière partielle » ; tout comme Patrick : « Il faut être présent sur Twitter, il faut exister politiquement. Pour la visibilité des opinions du parti, c’est professionnel ».

Outre les formations politiques, d’autres organisations ont bien compris l’utilité de cet outil. Syndicats, ONG et autres lobbies se bousculent sur la toile et sur la twittosphère pour exister. C’est le cas de Nicolas : « Dans le cadre de mon boulot, je dois défendre le point de vue des ONG. Même si j’ai tendance à être un citoyen actif et responsable, mon rôle est de défendre mon point de vue dans les médias ». Ces leaders d’opinion s’affrontent sur le terrain médiatique et ont tendance à cliver les débats.

Intérêt personnel

Sur les réseaux sociaux, chaque intervenant a le même poids que les autres. Dès lors, certains y voient une opportunité afin de faire entendre leur point de vue. Isabelle ne fait pas de mystères sur ses intentions : « Cela fait trois ans que je tiens un blog. J’essaye de me faire entendre, mais le dialogue n’a pas lieu. Quand on a une opinion, il faut savoir se faire entendre, donc j’essaye de passer dans Connexions ».

Cette forme d’activisme serait caractérisée par le désespoir de certaines communautés d’auditeurs de ne pas se retrouver dans la programmation des médias, que ce soit par rapport à leur manière de penser ou leurs histoires, soit les fondements de la construction d’une identité.

Conclusion

Les premiers résultats de cette analyse nous montrent que les personnes qui réagissent dans ces émissions interactives sont majoritairement des hommes, informés, actifs dans les médias, fidèles à l’émission et qui ont une connaissance des sujets mis sur la table. Bref, ces émissions attirent un public initié : initié au sujet, à la technique, aux médias, à la parole publique.

Ces auditeurs réagissent toutefois avec des objectifs différents. Plus leur implication semble importante, plus on tend vers la création d’une communauté. En passant à la radio, l’auditeur pose un acte d’engagement, qui prend sens dans sa vie de tous les jours, qui le révèle dans la sphère publique, en ralliant d’autres membres de la communauté. Geoffroy Patriarche (2008) développe la notion de communautés d’usagers « dont les sous-cultures propres se ressourcent dans les significations, les compétences et les usages que partagent les membres du groupe et qu’ils affichent comme autant de signes d’appartenance » (Patriarche, 2008 :192). La communauté est basée sur le partage et l’adhésion, à travers la consommation, des goûts et la pratique en lien avec un produit média : « La communauté est le lieu où les pratiques sociales de signification et de fabrication de sens se coordonnent autour de suppositions et de pratiques partagées de communication » (O’Neill, 2014 :160). Un phénomène qui se remarque surtout avec les utilisateurs des réseaux sociaux qui veulent faire passer un message afin qu’il soit relayé vers les décideurs.

Au regard de cette étude, les échanges sur les réseaux sociaux, en marge de l’émission radio, (que ce soit entre auditeurs ou entre auditeurs et journalistes), tendent à l’horizontalité. Les intervenants le font sur un pied d’égalité, même si c’est le journaliste qui choisit de relancer tel auditeur ou de solliciter tel autre afin qu’il laisse un message sur le répondeur. Il s’inspire directement des débats du net pour établir sa conduite de l’émission. Les internautes se sentent alors valorisés et intégrés dans une communauté.

Bibliographie

BECQUERET Nicolas. Un modèle d’analyse du discours des émissions interactives, in Recherches en Communication, ANTOINE Frédéric, Les nouvelles voies de la radio, n°26, Louvain-la-Neuve : 2007, pp. 203-223.BONINI Tiziano. The new role of radio and its public in the age of social network sites. First Monday, peer-reviewed journal on the internet [En ligne], consulté le 31/08/2016, http://firstmonday.org/article/view/4311/4093#author

DELEU Christophe. Les anonymes à la radio. Usages, fonctions et portée de leur parole, Bruxelles : De Boeck, 2006, 232 p.

JONES Russel. A. Méthodes de recherche en sciences humaines, Bruxelles : De Boeck, 2000, 332 p.

NYRE Lars et O’NEILL Brian. For and against Participation: A Hermeneutical Approach to Participation in the Media, in Bilandzic Helena, Patriarche Geoffroy,Traudt Paul J., 2012, The social use of media. Cultural and Social Scientific Perspectives on Audience Research, Bristol-Chicago : Intellect, pp. 201-220.

O’Neill, Brian, Gallego, J. Ignacio, & Zeller, Frauke. New perspectives on audience activity: ‘prosumption’ and media activism as audience practices. In Niko Carpentier, K.C.S. & Hallett, L. (eds.). Audience Transformations: Shifting Audience Positions in Late Modernity. London : Routledge, 2014, pp. 157-171.

PATRIARCHE Geoffroy Publics et usagers, convergences et articulations, in Réseaux, 2008/1, n° 147, pp. 179-216.

Notes

[1] Les auditeurs réagissent et se dévoilent dans les émissions radios interactives. Typologie des auditeurs actifs : de l’usager à la communauté, thèse de doctorat en préparation sous la direction du Professeur Frédéric Antoine, Université Catholique de Lovain (UCL)

[2] Selon les études d’audience du CIM (Centre d’Informations sur les Médias), en mars 2013, sur La Première, à l’heure de l’émission Connexions, le groupe 35-65 ans comptait 48,4% d’auditeurs et le groupe 65+, 45,5%.

Pour citer cet article

Référence électronique

Vinciane VOTRON, «Connexions, de l’auditeur de la radio à la naissance d’une communauté», RadioMorphoses, [En ligne], n°2– 2017, mis en ligne le «22/10/2017», URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/06/03/connexions/

Auteure

Vinciane VOTRON est docteure en communication, Université Catholique de Louvain (UCL), Observatoire de Recherches sur les Médias et le journalisme.

Courriel : vinciane.votron@uclouvain.be

La médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun : enjeux et logiques de la constitution d’un espace public

Simon NGONO

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Résumé

L’article porte sur la médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun. À partir des entretiens semi-directifs réalisés auprès de dix journalistes locaux, il examine les enjeux et les logiques au cœur de la constitution d’un tel espace public dans un pays qui est encore en phase de démocratisation et où la parole profane est en quête de reconnaissance dans les émissions de débats radiophoniques. À défaut d’insister sur l’aspect lié à la recomposition du champ médiatique camerounais, avec la consécration de nouveaux acteurs, cet article questionne aussi les trajectoires d’expertise qui découleraient de la prise de parole dans la sphère publique par des acteurs profanes.

Mots-clés : parole profane, émissions radiophoniques, médiatisation, espace public, Cameroun

Abstract

The article focuses on the media coverage of secular speech in radio debates in Cameroon. Based on semi-structured interviews with ten local journalists, he examines the issues and logics at the heart of building such a public sphere in a country that is still in a phase of democratization and where profane speech is on the lookout recognition in radio debates. In the absence of insisting on the aspect related to the reconstruction of the Cameroonian media field, with the consecration of new actors, this article also questions the trajectories of expertise that would result from public speaking in the public sphere by profane actors.

Keywords : profane speech, radio broadcasts, media coverage, public sphere, Cameroon

Resumen

El artículo está sobre la cobertura de los medios de la palabra profana en las emisiones de radio de debates en Camerún. A partir de entrevistas semiestructuradas con diez periodistas locales, que examina los problemas y la lógica en el corazón de la constitución de un espacio tan pública en un país que todavía está en el proceso de democratización y de la cual la palabra profana está buscando reconocimiento de las emisiones de debates de radio. A falta de hacer hincapié en el aspecto relacionado con la reconstrucción del campo de los medios de Camerún, con la consagración de nuevos jugadores, este artículo también cuestiona las trayectorias de los conocimientos que surgirían de hablar en la esfera pública por actores laicos.

Palabras clave: lenguaje profano, programas de radio, los medios de comunicación, el espacio público, Camerún.

Le champ médiatique connaît un développement considérable ces dernières années au Cameroun. En effet, la démultiplication des médias qu’on observe dans le pays, s’accompagne également d’une diversification de l’offre de contenu proposée au public. Dans les radios urbaines du pays, la nouvelle offre est constituée des émissions de débats radiophoniques qui portent généralement sur des sujets d’actualité. C’est cette configuration structurelle et symbolique de l’expression publique que nous qualifions d’espace public. En nous appuyant sur les travaux de Dominique Wolton (1997), l’espace public sera entendu ici comme lieu d’expression libre et où la critique se déploie contre la société, les clercs, et le pouvoir de l’État. Depuis les années 2000, les dispositifs radiophoniques d’échange plus ou moins contradictoires se généralisent dans l’espace médiatique camerounais et contribuent à la modification et à la structuration de l’offre d’expression dans le pays. Contrairement aux thèses de Jürgen Habermas (1992) sur l’idée d’un espace ouvert à la critique, mais avec un niveau raisonnable, les débats radiophoniques camerounais accordent, dans leur majorité et de façon systématique, la parole à tous types d’individus et davantage aux profanes.

Dans ces émissions, nous constatons qu’il n’est pas question de la parole experte souvent considérée comme possédant, à elle seule, les modalités du regard critique légitime sur la chose publique, mais plutôt de la parole profane. Le profane pouvant être défini ici comme tout individu « ne se réclamant d’aucune des formes de légitimité prévalant traditionnellement à la prise de parole publique » (Granjon, 2014 : 28). Il s’agirait des « individus situés en périphérie » (Ibid, 2014 : 28), c’est-à-dire loin des sphères publiques dominantes. Partant de tels constats, les questions de ce travail se présentent comme suit : comment se structure l’espace public de débat dans les radios urbaines au Cameroun ? Quelles sont les rationalités à l’œuvre dans la constitution de tels lieux d’échange médiatiques ? L’hypothèse que nous formulons est que les émissions de débats radiophoniques au Cameroun sont marquées par des stratégies de conquête et de fidélisation du public par les médias, lesquelles viseraient à créer la proximité à travers la participation ; ceci par l’octroi de la parole à une catégorie d’individus souvent exclue des sphères d’expression publiques au Cameroun.

Pour vérifier l’hypothèse formulée, nous faisons recours à une démarche qualitative. Au niveau théorique, cette démarche mobilise l’analyse de la stratégie des acteurs pour comprendre les logiques de la médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun. Pour ce faire, nous avons réalisé dix entretiens compréhensifs (Kaufmann, 2011) avec les journalistes des villes de Douala (6) et de Yaoundé (4). Menés entre janvier et février 2017, ces entretiens concernaient les journalistes officiant dans les émissions de débats radiophoniques suivantes : Cité en conversation, Fenêtre sur la rue, Magic attitude, Température, Debate, On refait l’actu, Croisade, Le banquet, Vide ton sac et Transversale. Leur choix repose sur le fait qu’elles ont un format interactif, à partir duquel les auditeurs peuvent intervenir sur des questions d’actualité mises en débat par l’instance médiatique. Les critères ayant prévalu lors de la sélection des journalistes sont les suivants : la fonction au sein de la radio (présentateur de débats radiophoniques) et l’ancienneté (au moins quatre ans). Il convient de préciser que la rencontre avec les journalistes n’a pas été facile. Le contexte socio-politique tendu depuis que le Cameroun s’est engagé dans la lutte contre « Boko Haram »[1] renforce davantage la suspicion et la réticence, même lorsqu’il s’agit d’un travail scientifique. Nous précisons également que les journalistes rencontrés ont requis l’anonymat. Le présent article se propose de mettre en lumière les logiques de constitution de l’espace public à travers les émissions de débats radiophoniques mettant en scène la valorisation de la parole profane dans un pays, qui est encore en phase de démocratisation (Owono Zambo, 2016 : 7). Dans une autre perspective, ce travail rend compte des pistes liées aux trajectoires de l’expertise et de leurs détenteurs dans un pays où la parole publique, malgré quelques aspérités, connaît une certaine explosion.

Les médias camerounais à l’ère du monopole étatique et sous l’emprise de la propagande politique (1960-1990)

Au lendemain de la proclamation de l’indépendance du Cameroun le 1er janvier 1960, Ahmadou Ahidjo, premier président de la République prend les rênes du pays et s’engage dans la construction du jeune État indépendant. Pour ce faire, il nationalise la radio. Par nationaliser ici, il faut entendre la volonté politique du nouveau pouvoir de prendre le contrôle direct de la radio. En effet, dans la construction du pays, le président Ahidjo met ses concitoyens à contribution. Le procédé se caractérise par le rejet de la critique et l’absence d’un discours « autre » que celui du pouvoir en place.

La période qui s’ouvre à partir de la décennie 1960 s’accompagne d’un ensemble de restrictions de libertés. Il s’agit d’abord de la restriction de la liberté « d’aller et venir » à l’intérieur du territoire. Par la suite, le système de contrôle social s’étend également à l’une des formes de libertés les plus fondamentales, à savoir : la liberté d’expression. Ainsi, la presse est fortement invitée à accompagner le pouvoir dans son action de construction du pays. La radio, quant à elle, doit jouer le rôle d’outil d’information au service du pouvoir en place. Dans les faits, elle est appelée à parler des projets prioritaires du « père de la nation » [2] et à expliquer aux populations l’orientation politique du pouvoir en place et en quoi celle-ci est pertinente pour le pays. Son travail consiste à produire un discours de promotion du développement économique et celui lié à la construction de l’unité nationale.

Dans ce contexte, la radio unique se mue en auxiliaire de l’action gouvernementale. Elle n’a pas la vocation à critiquer. Elle accompagne plutôt le gouvernement dans sa mission d’unité nationale et de progrès. D’ailleurs, lors d’une réunion de chefs d’État africain sur le développement de l’Afrique en mars 1962, le président Ahidjo laisse entendre que « les moyens de communication sociale ainsi que les technologies de la communication doivent être au service de l’État dans sa mission d’unité nationale et de progrès »[3]. Plus encore, « qu’ils doivent être des relais de l’activité gouvernementale et de soutien des institutions dans leur mission de développement »[4]. Il s’agit ici d’une conception ahidjoïste des médias. Car pour lui, les médias doivent contribuer à l’édification de la société en véhiculant les valeurs et idéologies dominantes du pouvoir. C’est dans cette optique de propagande politique qu’il procède à la censure des journaux qui se montraient critiques à l’égard de son gouvernement. Comme le fait remarquer Fabien Éboussi Boulaga, « en 1960, il en paraissait 79 de façon régulière. En 1968, il n’en reste plus que 10, tous pro-gouvernementaux, à une exception près, L’effort camerounais [qui est un journal catholique] » (Éboussi Boulaga, 1997 : 169). Cette période se caractérise par la pensée unique puisque dans le même temps, les partis politiques qui exerçaient dans le pays avaient été interdits.

Du système de monopole étatique à la «libéralisation» du champ audiovisuel camerounais (depuis 2000)

La décennie 1990 marque la fin du monopole de l’État sur les médias. Elle correspond également à l’émergence du pluralisme dans ce domaine. Le pluralisme est favorisé par la loi de 1990 sur la liberté de communication sociale laquelle a donné naissance aux journaux tels que : Challenge hebdo, La Nouvelle Expression, Dikalo, Mutations, etc. Dans le même temps, cette décennie se caractérise par une extrême prolifération de titres. En 1996, par exemple, on dénombre « près de 1300 journaux [qui] se sont créés » au Cameroun (Atenga, 2007 : 7). Dans le domaine de l’audiovisuel, par contre, le pluralisme n’avait pas débuté au cours de la même décennie et ce, malgré la promulgation de la loi pré-citée. Il aura fallu attendre le décret du 3 avril 2000 pour que le monopole de l’État sur l’audiovisuel soit complètement levé [5].

Dans la ville de Douala, les premières radios privées créées datent des années 2000. Parmi celles-ci, nous pouvons citer : RTM créée le 31 décembre 2001, Radio Équinoxe qui émet depuis avril 2002, Sweet FM depuis décembre 2002, etc. Les radios citées sont à considérer comme pionnières dans le paysage audiovisuel privé de la capitale économique du pays. À cette catégorie de radios urbaines, il faut ajouter les nouvelles qui ont pignon sur rue à Douala. Il s’agit, par exemple, de Radio Balafon, Dynamic FM, RSI, Radio Veritas, etc.

À Yaoundé, force est de constater que le pluralisme audiovisuel a débuté bien avant la signature du décret du 3 avril 2000 que nous avons précédemment évoqué. En effet, plusieurs radios souvent qualifiées de « pirates » ont commencé à émettre peu avant les années 2000 (Ngono, 2014). C’est le cas de Radio Reine, station chrétienne appartenant à l’Abbé Jean-Marie Bodo, qui a diffusé ses programmes dès 1999. C’est après la signature du décret du 3 avril pré-cité que le champ audiovisuel de la capitale politique du Cameroun sera enrichi de multiples autres radios urbaines : RTS, Radio Lumière, Magic FM, Radio Venus, TBC, Satellite FM, Radio Environnement, etc. Cette floraison de radios urbaines s’accompagne d’une rude concurrence, chaque radio voulant se positionner dans le vaste marché médiatique camerounais. Pour ce faire, certaines ont dû revoir leurs offres de contenu. Des variétés musicales, aux flashs d’informations, en passant par les jeux, les agendas radiophoniques ont connu de sérieuses mutations. De même qu’ils se sont diversifiés au cours des dernières années avec l’introduction des programmes axés sur un genre médiatique spécifique : les débats (Ngono, 2016 : 66).

En effet, depuis 2002, dans les radios urbaines camerounaises, se développent des émissions dont le format et la philosophie générale consistent à mettre en discussion des sujets portant sur l’actualité et sur lesquels les auditeurs peuvent intervenir. Ces espaces d’échanges consacrent alors de nouvelles formes d’espaces d’expression pour tous types d’acteurs et surtout pour des publics profanes. C’est dans cette logique que semblent s’inscrire les émissions de débats radiophoniques, qui occupent désormais une place primordiale dans les agendas médiatiques au Cameroun. À titre d’exemple, nous pouvons citer les émissions de débats radiophoniques telles que : Vide ton sac, À vous la parole, Le grand débat, Magic Attitude,4S, Surface de vérité, etc. Dans la section qui suit nous analyserons les logiques au centre de la constitution d’un espace public de débat radiophonique dans le contexte camerounais.

Les logiques d’acteurs dans la constitution d’un espace public de débats radiophoniques au Cameroun

Entre logiques de captation et de fidélisation des acteurs profanes

La logique de captation, telle que développée par Patrick Charaudeau (2005), consiste en une opération médiatique dont l’objectif est d’obtenir l’adhésion du public, en prétendant combler les attentes de celui-ci. Il s’agit d’une logique de séduction. Charaudeau ajoute que pour atteindre cette logique de captation, les médias procèdent différemment. Au Cameroun, comme dans la plupart des pays, les médias investissent principalement dans la mise sur pied des programmes en phase avec l’adhésion du public. Ainsi, les émissions de débats radiophoniques participent de cette logique de recherche/captation des auditeurs.

À la question de savoir pourquoi diffuser des débats à la radio, un journaliste de Hit FM, une radio privée de Douala, explique que : « C’est pour pallier à la carence des émissions de débats où ce type d’acteurs aurait la parole pour s’exprimer. Nous avons donc trouvé mieux de proposer ce genre d’émission afin de mieux atteindre nos auditeurs ». Il faudrait préciser qu’au Cameroun, nombreuses sont les émissions de débats où interviennent des universitaires, hommes politiques, journalistes, experts et parfois des acteurs de la société civile. En créant des dispositifs médiatiques similaires, les radios urbaines faisant partie de notre corpus entendent combler un vide au niveau des espaces de la parole médiatique au Cameroun. De ce fait, l’espace public n’est plus seulement confisqué par des acteurs dominants, mais prend aussi la configuration d’un espace de médiation où des acteurs profanes peuvent produire et faire entendre une parole plus ou moins contradictoire. Les journalistes rencontrés lors de notre recherche justifient l’octroi de la parole aux profanes par la volonté de rupture avec le rituel/ou pratiques médiatiques en vigueur au Cameroun. Pour le présentateur de l’émission Cité en conversation sur Hit FM, « il s’agit de rompre avec la routine des débats toujours télévisés, d’apporter un autre son de cloche et de donner la parole même aux profanes ». Il apparaît que les journalistes considèrent les émissions de débats radiophoniques comme un moyen de mettre un terme à la monotonie observée dans les agendas médiatiques au Cameroun.

Par ailleurs, la création des émissions de débat permet aussi aux radios urbaines de se positionner dans le champ médiatique camerounais. À travers ce type d’émissions, les radios apparaissent comme des tribunes permettant aux profanes de prendre part au débat citoyen. Se montrer assez proche des préoccupations du public, c’est aussi une logique qui émerge des entretiens semi-directifs réalisés avec les journalistes de notre corpus. Car ces émissions ont la particularité de toucher à toutes les préoccupations de la vie de la nation à l’instar de : la cherté de la vie, les coupures intempestives d’eau et de la fourniture électrique, le chômage des jeunes, etc. Telles qu’organisées, elles ont la vocation d’être des lieux de délibération, mais aussi de participation au débat citoyen. Comme l’a souligné un journaliste de Magic FM, en entretien, « de telles émissions parlent du quotidien des gens, en leur donnant la parole. C’est ainsi qu’ils se sentent concernés ».

Le caractère populaire de ce type d’émission poursuit d’autres finalités. Il s’agit pour les journalistes de « toucher le plus grand nombre d’auditeurs en leur donnant la parole pour intervenir sur des sujets d’actualité » (journaliste de Campus FM, à Yaoundé) ; de « fidéliser les auditeurs en diversifiant la grille des programmes » (journaliste de Hit FM à Douala) ; « et en accordant des espaces d’expression à toutes les couches sociales même les plus défavorisées » (journaliste de Magic FM à Yaoundé). Car ces émissions permettent aux citoyens de pouvoir s’exprimer ; de donner leurs points de vue sur la marche du pays. Il est aussi question d’amener les citoyens à se familiariser avec la radio, de maintenir le contact avec les auditeurs. Dans une autre perspective, faire intervenir les acteurs profanes a une dimension symbolique : celle de faire croire qu’ils participent à la vie de la nation. Donner la possibilité aux citoyens de critiquer les autorités apparaît comme une stratégie qui va au-delà d’un acte citoyen, mais permet aussi aux médias de se positionner dans le champ de l’expression publique au Cameroun[6].

Par ailleurs, le partage d’expérience apparaît ici comme une composante essentielle de la participation aux émissions de débats radiophoniques. Une relation de confiance s’établit entre les acteurs profanes et les radios. Cette relation se fonde principalement sur une (inter)dépendance. Ceci dans la mesure où chaque acteur a forcément besoin de l’autre pour se réaliser ou atteindre son objectif spécifique. D’un côté, les auditeurs sont animés par le souci de faire-part de leur vécu et de leurs expériences à la radio. De l’autre côté, les médias entendent plutôt capitaliser sur la valorisation d’une parole médiatique profane, qui serait plus prisée dans un contexte où la confiance à l’égard des hommes politiques tend à s’effriter.

Quel est l’apport de la parole profane dans les émissions de débats que vous organisez au sein de votre radio ? Les réponses reçues (80% des 10 journalistes interrogés) se rapprochent de cette déclaration d’un journaliste de Sky One Radio pour qui : « elle [la parole profane] traduit les expériences du terrain, du « bas peuple » et pose des préoccupations à l’endroit des décideurs ou dénoncent certaines décisions ou certains actes administratifs ». À travers une telle déclaration, l’on est tenté de dire que le « pouvoir de l’expert » est désormais redouté au sein de l’espace public médiatique. Dans le cadre des émissions de débats radiophoniques au Cameroun, la parole experte semble plus que jamais remplacée par celle des acteurs profanes souvent pour des raisons d’ego à la fois du journaliste qui choisit les intervenants et l’expert qui n’intervient que sur invitation. Un journaliste officiant à Campus FM justifie cela par le fait que c’est : « parce que nul n’a la science infuse. Le profane a autant droit à la parole que l’expert ». Il y a comme une extension du capital d’expertise, qui n’est plus seulement reconnu aux experts, mais à ceux qui sont mieux placés pour expliquer leurs expériences de la vie quotidienne.

La recomposition du champ radiophonique camerounais : vers de nouvelles trajectoires d’expertise dans l’espace de la parole publique ?

Dans un ouvrage collectif intitulé Le profane en politique. Compétences et engagement du citoyen publié en 2008, Thomas Fromentin et Stéphanie Wojcik s’intéressent à l’aspect de démocratisation des modalités de l’expertise en se basant sur la place de la parole profane en politique. À travers la participation de cette catégorie d’acteurs dans le champ politique, c’est non seulement un exercice de citoyenneté, qui est instauré, mais aussi un capital important dans l’explication des faits ou phénomènes sociaux et des expériences de la vie quotidienne qui se trouve valorisé.

Dans le cas camerounais, la participation des citoyens aux débats radiophoniques tend à changer le regard qu’on a du profane. Ainsi, elle appelle à de nouvelles catégories d’analyse du profane. Parler de recomposition du champ médiatique camerounais revient à mettre en lumière les catégories d’acteurs qui opèrent dans les émissions de débats. Au cours des entretiens réalisés, à la question de savoir quels sont les profils et statuts des acteurs qui prennent régulièrement part auxdites émissions, les réponses des journalistes sont identiques. Il s’agit entre autres des « bayam sellam » ; des « ben-skinneurs » ; des vendeurs à la sauvette, des analphabètes [7] » (journaliste à Campus FM). Nous pouvons constater que ceux qui interviennent dans les émissions de débats radiophoniques se recrutent dans les catégories socioprofessionnelles populaires. Il s’agit des couches sociales vulnérables et qui se servent des débats radiophoniques comme lieux d’existence, voire d’interpellation du politique.

Au cours des entretiens menés, il ressort également que très peu d’universitaires et d’hommes politiques interviennent dans de telles émissions. Selon un journaliste de Magic FM, « à la radio, c’est plus facile d’entendre les profanes intervenir. Ce qui n’est presque jamais le cas des experts et les autres acteurs sociaux. Comme si ceux-ci réservaient leur parole à la télévision. Du coup, nous faisons avec les profanes à la radio ».

Nous postulons qu’il y aurait comme une division des espaces d’expression au sein de l’espace public camerounais, qui fait qu’en fonction du média, les acteurs qui y investissent ne soient pas les mêmes. À la radio, ce serait la parole profane qui est mise en valeur. Alors qu’à la télévision, c’est le plus souvent la parole experte qui est privilégiée. Il faut préciser que seule une étude empirique plus poussée permettrait de tirer des conclusions sur la fragmentation différentielle de la participation des publics dans l’espace médiatique (Glevarec ; Pinet, 2009) au Cameroun. Cela dit, la segmentation des espaces médiatiques que nous tentons de relever ici tient non seulement à la participation en fonction du type de média, mais prend aussi en compte la valeur du capital social que possèdent les publics des médias. La forme de l’espace public qui émerge au Cameroun serait celle dite « fragmentée ». Elle rejoint une thèse déjà explorée et promue par Bernard Miège (2010). Ce dernier rejette d’ailleurs l’idée d’un espace public « unique ».

En effet, la recomposition de l’espace public à laquelle on assiste émerge à partir des réalités d’un modèle alternatif de l’espace public, lequel repose sur l’expression des classes sociales souvent oubliées, ou pas dignes de discours considérés comme légitimes dans la sphère publique. Dans le contexte camerounais, nous pouvons relever une nouvelle configuration des acteurs sociaux (Cabedoche, 2015). Celle-ci se traduit par l’intrusion de nouveaux acteurs au sein de la sphère publique médiatique, ceux que nous avons cités précédemment. En donnant la parole aux acteurs dits profanes, ces émissions se transforment ainsi en « des lieux d’expression de la citoyenneté » (journaliste de Hit FM) et vise aussi à « informer, éduquer et sensibiliser les profanes, en leur permettant de s’exprimer à travers les débats radiophoniques » (journaliste à Campus FM).

Il convient, en revanche, de mettre en évidence les nouvelles trajectoires d’expertise, qui émergeraient ou qui se constitueraient à partir de la participation régulière des profanes dans ce type d’émissions. Le mot « expertise » ici peut être mis entre guillemets. Car, il ne s’agit pas forcement d’une expertise issue de la détention d’un capital social conséquent [8]. La particularité de ce type d’expertise tient au vécu quotidien, aux expériences de la vie quotidienne auxquelles font face les profanes, qui appellent pour prendre part aux émissions de débats radiophoniques. Il convient de penser l’expertise ici sous deux angles : celui de l’expérience vécue et celui de la maîtrise des réalités sociales. Pour paraphraser Christophe Deleu (2006), la radio n’a plus seulement la vocation de mettre sur la scène publique la parole d’auditeurs anonymes, mais elle constitue dorénavant un lieu où les auditeurs se saisissent de la parole pour discuter et échanger des expériences vécues.

Nous constatons ici que ce sont les acteurs de la médiation (hommes politiques, journalistes, experts, etc.) qui sont mis de côté. La production d’une expérience par les acteurs profanes eux-mêmes apparaît comme une nouvelle catégorie analytique de l’expression médiatique dans un pays où les « parleurs publics » ont fait de la langue de bois un mode d’expression. Cela se traduit par le fait que toute prise de parole au sein de l’espace public par des acteurs dominants est souvent confinée dans des logiques de clientélisme politique. Autrement dit, prendre la parole sur un sujet d’actualité est considéré comme action ou exercice de (con)quête d’un poste de nomination.

En guise de conclusion

À défaut de conclure, disons que deux logiques semblent expliquer la place et le statut de la parole profane dans les émissions de débats dans les radios urbaines au Cameroun : logique de captation et de fidélisation des acteurs profanes. Les deux s’incrustent et se chevauchent dans un environnement médiatique concurrentiel (en termes de défis de production des émissions en phase avec l’adhésion du public) et dans un contexte marqué par l’émergence d’espaces publics alternatifs et où la parole profane, bien qu’encore embryonnaire, est en quête de reconnaissance. Donnant la parole à des acteurs considérés comme « non méritants » de l’espace public, les promoteurs de débats radiophoniques camerounais participeraient ainsi à la consécration d’une nouvelle forme d’expression avec de nouveaux types d’acteurs. Nos résultats révèlent une recomposition de pratiques professionnelles et journalistiques, qui ne considèrent plus seulement les experts, des gens avec un certain capital comme seuls détenteurs de la parole légitime au sein de l’espace public, mais tentent de valoriser une parole profane comme modalité du vécu, des expériences et à partir de laquelle le média peut tirer sa propre épingle du jeu.

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NGONO Simon, Les jeux d’acteurs dans les formes d’espaces publics au Cameroun : l’exemple des débats télévisés, 2014, Université Grenoble Alpes, mémoire de master 2 RETIC sous la direction de Bertrand Cabedoche, Grenoble, France, 117p. [En ligne], consulté le 28 décembre 2016, https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01070722

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WOLTON Dominique. Penser la communication, Paris : éditions Flammarion, 1997, 388 p.

Notes

[1] Littéralement, l’expression « Boko Haram » signifie l’éducation occidentale est un péché. Selon les autorités camerounaises, il s’agit d’un groupe terroriste.

[2] L’expression « père de la nation » fait référence à un acteur qui a joué un rôle important dans la construction d’une nation. Il s’agit aussi de celui qui est à la tête de la nation et qui décide de tout.

[3] Se référer au discours Ahmadou Ahidjo prononcé lors d’une réunion des chefs d’État africain sur le développement de l’Afrique en mars 1962.

[4] Ibid.

[5] Il s’agit du décret N°2000/158 du 03 avril 2000 fixant les conditions et modalités de création et d’exploitation des entreprises privées de communication audiovisuelle.

[6] Il faut souligner que ces émissions sont contrôlées par le pouvoir. Lire par exemple, Fanny Pigeaud, Au Cameroun de Paul Biya, Paris, éd. Karthala, 2011, 276p.

[7] Au Cameroun, l’expression populaire « ballam sellam » qui découle de l’anglais buy and sellfait référence aux revendeuses. Et l’expression « ben skinneurs » désigne les conducteurs de motos taxis dans les grandes villes du pays.

[8] À propos du concept de « capital », se référer, par exemple, à Pierre Bourdieu,Choses dites, Paris, Les éditions de minuit, 1987, p. 161.

Pour citer cet article

Référence électronique

Simon NGONO, «La médiatisation de la parole profane dans les émissions de débats radiophoniques au Cameroun : enjeux et logiques de la constitution d’un espace public», RadioMorphoses, [En ligne], n°2– 2017, mis en ligne le «22/10/2017», URL: http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/06/02/cameroun-radio/

Auteur

Simon NGONO est Doctorant en Sciences de l’Information et de la Communication au laboratoire du Gresec (EA608), Université Grenoble Alpes.

Courriel : simon.ngono@univ-grenoble-alpes.fr

 

 

The use of digital resources in Brazilian community and associative radios

Ana Cristina SUZINA

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Abstract

This article proposes an observation of the uses of digital resources in community and associative radios in Brazil, trying to point out their potential influence over the practices. The analysis is based on 23 reports of experience presented by popular  media actors in a national event and on interviews made with leading actors from two radio stations in Brazil. The initiatives are observed under three dimensions, regarding technical aspects, networking dynamics and the perspective of social change.

Keywords: radio, digital resources, Brazil, citizenship, social change

Résumé

 Cet article propose une observation des usages des ressources numériques par radios communautaires et associatifs au Brésil, en essayant de souligner leur influence potentielle sur les pratiques. L’analyse est basée sur 23 rapports d’expérience présentés par des acteurs des médias populaires à un événement national et sur des entretiens réalisés avec des acteurs en deux radios au Nord-est Brésilien. Les initiatives sont observées sous trois dimensions : des aspects techniques, la dynamique de mise en réseau et la perspective de changement social.

Mots-clés : radio, ressources numériques, Brésil, citoyenneté, changement social

Resumen

Este artículo presenta una observación de la utilización de recursos digitales en radios comunitarias y de grupos de la sociedad civil en Brasil, buscando realzar su influencia sobre las prácticas comunicativas. El análisis está basado en 23 relatos de experiencias presentadas por comunicadores populares en un congreso nacional y en entrevistas hechas con comunicadores líderes de dos radios del nordeste brasileño. Las iniciativas fueron analizadas desde tres perspectivas, orientadas cada una a aspectos técnicos, a dinámicas de trabajo en red y en relación a la búsqueda del cambio social.

Palabras clave : radio, recursos digitales, Brasil, ciudadanía, cambio social

Manuel Castells defends the idea of communication as a central power in modern societies and argues that the emergence of digital culture has made it greater than ever. It is supposed to introduce changes in contexts of asymmetries, considering that “the entry barriers in the Internet industry are much lower than in the traditional communication industry” (Castells, 2013). Taking Brazil as a stratified society (Fraser, 1992), this article proposes an observation of the uses of digital resources in community, church-related and associative radios in that country, trying to point out their potential influence over the practices.

The country reproduces its social and economical inequalities in the media sphere. According to social actors working on the equality of communication, no more than 11 families own most of the media in the country while thousands of applications for licenses for the establishment of community radio stations go for decades without a proper answer. On top of that, the reality of a great number of community and associative radios is marked by huge efforts to overtake the lack of resources of all types.

This analysis is based on 23 reports of experience presented by popular[1] media actors in a national event and on interviews made with actors leading two radio experiences in Brazil. The impacts observed will be presented in three analytical dimensions: the technical dimension, the collaborative dimension, and the dimension of social change.

In the field, the media actors consulted frequently talk about digital resources for describing their activities, for pointing to a perspective or for unfolding partnerships and shared initiatives. Our assumption is that they are already aware of the potential of digital resources on technical and collaborative dimensions as a means to improve their work or to make processes easier, but their role as a boost for societal changes seems to be still underestimated. They say frequently that they feel powerfully connected to people fighting for the same goals, but it is not clear how this concept is actually translated into action. There is evidence for assuming also that the use or the desire to use digital resources is related to a concern to be seen and recognized, which can be connected to the construction of identities, both individual and collective.

This article is organized in five sections. The first one describes briefly the approach applied and is followed by a presentation of the sample. Then, it proceeds to a description of the three dimensions of analysis. The fourth section discusses the findings observed in each of them, and the fifth one proposes a general conclusion.

The approach

This article is based on the analysis of 23 reports of experiences presented during the 8th Mutirão Brasileiro de Comunicação. The event is a biennial national congress organized by the Catholic Church in Brazil, which gathers communicators from all over the country, mostly related to grassroots catholic initiatives in the field of communication, but also other community and popular experiences. It was conceived as a place for sharing experiences among peers, stimulating debates around relevant issues and providing several workshops where participants exchange information with the audience. Considering the extensive hold of the Catholic Church in Brazil and its social engagement in many regions and sectors (Dornelles, 2007), the set of contributions appeared to be relevant for identifying trends.

The 8th Mutirão was realized in the city of Natal, Rio Grande do Norte, in October 2013, and drew around one thousand participants. The program counted on 113 shared initiatives during three days of workshops and 96 of them counted on written abstracts of 2-4 pages that were the material used for the present analysis. In total, 23 contributions reported experiences where the radio was the main medium. The analysis of reports was carried out with the support of NVivo software – version 10. The three dimensions proposed were transformed into coding labels and applied to the texts. The program identified the occurrence of certain characteristics and allowed associations between them to enrich the interpretation of the way actors described their practices.

Two more experiences were included in the study, the Rádio Casa Grande, in Nova Olinda/CE, and the Rádio Ibiapina, in Florânia/RN. This approach consisted of a one week field visit to each radio station, including observation of practices in studio and interviews with staff members, such as the content coordinator of each radio, and broadcasters responsible for specific programs.

The sample

Half of the initiatives (12) are situated in the Northeast region and the other regions were represented as follows: four reports from the Southeast, three from the South, two from the North and one from the Central West; one report did not identify its geographical position. It is important to consider, then, that the findings are influenced by this distribution. But, taking into account the concern about asymmetries, they still present an interesting framework. Even if life conditions have improved in the Northeast in the last years, it is still a region marked by poverty and huge inequalities.

The distribution of age is relatively balanced. Half of the initiatives (12) have existed for less than five years while eight have existed for more than ten years. The range of diffusion is also well distributed: nine community experiences, six regional, five municipal, three global and two national. It is important to say that some reports identified the initiative as local and global simultaneously, already pointing to an impact of digital culture. This classification considers the audiences beyond the original community, because of the wide access allowed by web platforms.

Finally, even if the event focuses predominantly in communication practices of the Catholic Church, 14 reports declared an attachment of the radio station to this institution while nine of them indicated property or management of NGOs and other local associations. Believers are the target public of nine of the initiatives analyzed, while 12 of them are directed towards a general audience and four towards a scholarly one.

Rádio Casa Grande and the Rádio Ibiapina were chosen because of their geographical situation, both in the Northeast region of the country like the majority of reports. The first case is attached to a local NGO focused in culture and children development; the latter is attached to the Catholic Church.

Dimensions of analysis

The observation was originally guided by the results of the reference research work of Cicilia Peruzzo about the use of communication by popular movements (Peruzzo, 1998). The initial objective was to observe if and how weakness and strengths pointed out by this author in the 1990’s (Table 1) were still present in the initiatives selected for the present study, as well as to identify other relevant characteristics that could point to new trends, specially regarding the role of digital resources. For the purposes of this study, digital resources were understood as electronic technologies, such as the internet, social networks and the world wide web, among others, that are used by media actors as a main or complementary resource for producing and diffusing information.

Table 1: Weaknesses and strengths of popular communication initiatives, according to Peruzzo (1998)

Weaknesses Strengths
reduced range, improper means, limited use of media, regardless of variety, lack of technical skills, content untapped, manipulation, lack of financial resources, use in emergency situations, political influence, unequal participation diversification of tools, ownership of resources and techniques, conquest of space, critical content, institutional autonomy, articulation with culture, reworking of values, identity formation, predisposition to service, preservation of memory, media democratization, conquest of citizenship

Searching for the evolution of these findings, we organized them according to  three dimensions of analysis, as follows :

The technical dimension

This dimension encompasses predominantly aspects related to how information is produced and disseminated, what resources are available to create and maintain the medium, how the medium reaches society, among others. The analysis of reports and the field observations focused in the following aspects: institutional autonomy, availability of resources, adequacy of media, kind of “staff”, range of diffusion, variety of content.

The  collaborative dimension

This dimension aims to reveal the use of networking practices to enhance and/or enlarge the media practice effects, that is, what are the connections established with other media or with other social groups in order to improve the production and/or the diffusion of contents.

The dimension of social change

This dimension is associated with the use of a medium to make an action or idea stronger and then transform a given situation. It is related to descriptions made by the actors, where they justified the existence of the media with arguments concerning rights, representativeness or the intention of contributing to create a new social order. The analysis focused on aspects such as: participation of the community, appropriation of media, resources and techniques, approach, management.

General findings

The presence of digital resources was observed in most of the reports of experiences analyzed and in both radio stations visited. Only seven out of the 23 reports did not mention any digital practice, but it is important to observe that five out of these seven were initiatives where the radio was used in educational projects, frequently in schools. For instance, two of them actually mentioned the internet in cooperation with radio and/or education.

In the context of what we can describe as a regular use of radio – generally speaking, producing and diffusing information and/or entertainment – the impact of digital culture revealed several perspectives. On the one hand, there was evidence of its contribution for improving the production process, in ways such as access to sources of information or possibilities of exchanging contents. However, it was not clear if there was a concrete impact on the level of participation of the communities and audiences in these processes. On the other hand, it was also possible to observe an enlargement of audiences, meaning that the production of these media becomes available to people other than their original public. In this sense, a question arises around the potential enrollment and the visibility of more voices in the constant fight for domination and influence in the public sphere (François & Neveu, 1999). This double sided configuration is described by the managers of the Portuguese and Spanish web radio channels Migrantes :

“For migrants both channels are a tool of articulation and visibility. Articulation among migrant communities in various regions, through the web devices that create contacts in real time and network. Visibility to the extent that the migratory phenomenon in question shall be placed on the media, which discusses the circumstances in which migrants live and their claims.” (Lara & Gheller, 2013)

Observing the practices, 11 out of 23 reports pointed out to the use of social networks, with facebook leading the preferences. Actually, there is a trend of applying the term “network” associated to the presence in social networks and meaning “being connected”. The possible implications of this understanding will be better developed in the following sections. Another frequent use of digital resources is related to the availability of productions online; 12 out of 23 reports described this kind of practice.

From the account of the actors, the introduction of digital resources produces impacts in the definition of territory and public – some actors classify their media as communitarian, for example, but still mention an international audience because of the enlarged access provided by the internet –, in their capacity of performing as alternative sources of information, as well as in their ability of making issues visible. In general, digital resources are seen as a solution already in place and/or as a hope to solve problems and to improve radio production and diffusion.

In the following, the findings will be discussed according to the three analytical dimensions proposed before.

Technical dimension

As already mentioned, this dimension looks to the conditions for establishing and maintaining a radio station and the means for reaching audiences. According to the reports analyzed, digital resources represent the possibility of reducing costs of production, meaning better opportunities for the continuity and expansion of the projects as well as for institutional autonomy. This advantage was particularly highlighted by those working with web radios, as stated by Cláudio Viana Gonçalves, from the web radio São Francisco, in Itapipoca (CE), Northeast region:

“The radio via internet offers the opportunity of expanding the variety of programs. The cost of going online is reduced and it is possible to reach “small communities” of audience interested in more specific music genres.” (Gonçalves, 2013)

Even if internet connection is still low or unstable in many places in Brazil, it makes it possible to share and even produce collective programs with participation of outlying communities. The Rede de Notícias da Amazônia, in the North region, for example, produces a daily news program with information coming from 13 community radios all over the region. The low bandwidth avoided the installation of a system where all members could upload and download productions from a common server or website, but it is still enough to send and receive pieces. (Santos & Sena, 2013)

The use of digital resources is also related to the improvement of content production. Both in the reports and in the field visits, media actors revealed how they are able to reach sources of information like never before. It includes the use of search engines and the access and reproduction of contents produced by partners or peers wherever they are. Actors also recall more mobility for reporting from different places and more possibilities for making contents available in different formats like podcasts, for example.

When it comes to the aspect of reaching society, there was frequently a blog or a facebook page related to many of the initiatives. This presence on the internet may be read under several perspectives. First, there is the idea of expanding audience, which is challenged by inequalities in the infrastructure. For example, in the case of Rádio Casa Grande, in Nova Olinda (CE), Northeast region, the general connectivity in the city is around 300K and the number of homes with a computer is small. Anyway, the project has many digital interfaces to diffuse information and activities. Besides the institutional web pages, the coordinators of the project motivate the children participating in the activities to have their own blogs and tell the world their news.

“We motivate each kid to have his/her blog, because it is a way of showing themselves off virtually to the world. How the Casa Grande is doing today, there will be people out there in São Paulo, in Japan, that will know the reality of Fundação Casa Grande.” (Diniz & Marope, 2013)

This situation reveals the development of a double-pronged strategy. While the local community still depend on the traditional radio services, new publics can be reached. The group leading the web radio São Francisco, for instance, think about young audiences with their smart phones. Through the internet, the public of web radio Migrantes can follow the programs all over the world and keep connections with their original backgrounds. However, some reports assign to digital resources advantages that were already attributed to the radio itself, such as the possibility of reaching people who could not go to the Church through programs available in the internet.

Another observation that must be made is that, even if media actors praise the potential of digital resources for enlarging audiences, frequently they are used just as another mean of communication, along with or in place of the telephone. The report from Willamy Renan de Jesus, from a community radio in Lucena (PB), Northeast region, illustrates this situation:

“Through social networks and the telephone, the audience could establish direct contact with the radio presenter, who interacted alive, improving the character of entertainment of the program.” (Jesus, 2013)

Finally, the use of social networks is providing a mean for measuring the audience and the quality of productions, according to the reports analyzed. ‘Likes’, sharing and comments are recalled by media actors as symbols of the success of the programs, as reported by the team leading the web TV and the web radio of a parish in Natal (RN), Northeast region:

“Since the beginning till currently, the results achieved by the web TV and the web radio in the parish of Nossa Senhora da Candelária are very expressive and positive. The first evidence is the constantly growing number of page hits to the parish’s website (…) Another important point that confirms the good results are the testimonials of internet users following the productions.” (Fonseca, Santos, & Medeiros Jr, 2013)

Collaborative dimension

In this dimension, the analysis focused on practices of networking, in the sense of gathering efforts among media or other actors for improving the potential of producing and diffusing information. The most frequent practice identified was what could be called a distribution partnership, i.e, digital resources have been used for making ready content available among partners. Media actors talk about broadcasting productions done by peers and about exchanging material.

It must be said that the best experiences observed in this dimension came from groups that were already working together before, independently from the use of digital resources. It can be seen, for instance, in the cases of Rede de Notícias da Amazônia and Rede Católica de Rádio. The radio stations that form these networks already existing and the digital resources made possible for them to share contents on behalf of a common goal, which is making Amazon known by Amazon people in the first experience and making local experiences of catholic communities visible for the whole country in the second one.

In the case of Rede de Notícias da Amazônia, the project includes the whole work of training and building up common concepts among professionals taking part in the initiative. It includes an important effort of giving voice to local actors and presenting the region from a local perspective, in opposition to what the founders of the project consider as a biased view coming from mainstream media. The digital resources, even though limited, support the dynamic of collective production that is constructed within other regular activities.

In the case of Rede Católica de Rádio, digital resources are used for strengthening the networking dynamics already in place for decades. Based on a digital news platform which combines a website and applications specially developed for answering to their needs, the members of this network are able to diversify their contents through a permanent exchange of productions from all over the country. It improves the quality of services and it also works as a financial solution. Small radio stations can engage in large projects, offering their presence in remote places as an original source of information for the partners and providing national and deep covering for their local audiences.

“The new technologies came to sum up with radio, allowing more integration (…) This proposal [of having a news digital platform within the Rede Católica de Rádio] aims to integrate, through the internet, catholic radio stations with low financial resources, offering news articles in written and audiovisual formats, as a way for qualifying the network with information produced in local news rooms, based on an intranet and an extranet platform that makes possible the exchange of contents from local perspectives, that improve the working conditions in a collaborative environment and that, also, improve the quality of production with exclusive news.” (Romanini, 2013)

Dimension of social change

The analysis in this dimension looked for practices focused on objectives such as getting an issue or idea publicly stronger and/or improving life conditions for certain groups. Two aspects may be highlighted. The first relates to patterns of participation and the second concerns the appropriation of channels. They were considered as elements of social change because they may contribute to the democratization of communication through the diversification of voices in the public sphere.

As mentioned before, it was not possible to identify whether the use of digital resources is producing a relevant impact in the participation of communities in the production process. Frequently, media actors talk about benefits of digital resources in the participation associating with more opportunities of reaction and of using contributions from the public as a content. that is, people have more channels to express their opinions and share their perspectives in the framework of radio productions and, in return, these contributions are easily used to nourish the programs.

It is important to recognize that the analysis of a set of 2-4 page reports is not enough to identify such a complex process as participation. The field visits did not yield much information either. Radio Ibiapina does not use digital resources for public purposes. Its programs are not available on the internet and the radio is not present on social networks. As mentioned before, Rádio Casa Grande has a diversified presence on the internet, but it is situated in a city where the access to internet is very low. The field observation registered dynamics of participation but they were not related to digital resources.The contribution of this analysis is, then, to point out some evidence that confirm that the term participation must be carefully used, according to precise criteria.

Concerning the appropriation of channels, the contributions of digital resources seems to be more easily observable. The first evidence, present both in the reports and the in the field visits, is the disagreement of media actors in relation to the Brazilian laws regarding the distribution of radio licenses. There were several narratives of difficulties for obtaining a permission for broadcasting. In this context, digital resources may take over legal and bureaucratic barriers, especially in the caseof web radios.After waiting for 15 years for receive permission for a regular community radio station, the coordinators of Rádio Cantareira FM, in the city of São Paulo (SP), Southeast region, defend their advantages:

« Communication via web radio extends the voice of the community since the community radio legislation limits coverage to a radius of 3 km, antenna up to 30 feet tall and 25 watts of power. Another complicating of the law is the limitation of only one frequency channel for community radio stations by county. In this context the web radio breaks certain barriers of community broadcasting legislation and reaches other cities, states and countries.” (Rosembach & Zottis, 2013)

Another benefit coming from the reduction of barriers for developing a radio project in a digital environment is the possibility of getting some or more space for “invisible” social groups or issues. The activities promoted by Instituto Comradio, in Piauí, in the Northeast region, have been integrating, among others, blind people and their claims in the public debate. After being trained and getting appropriate equipment, they started to use radio, occupying a place in a professional market and delivering messages that discuss the inclusion of handicap people in society.

The report of the web radio Migrantes goes in the same direction, with a confirmation of the potential of digital radio productions for building recognition to social groups and highlighting issues concerning their life conditions. In this case, there was also a reference to the possibility of agenda setting that comes with the fast and wide diffusion of information on the web. Issues debated on digital platforms can be easily multiplied and introduce alternative topics in mainstream media.

Conclusions

Departing from the findings of Cicilia Peruzzo in the 1990s, it is possible to identify important evidences of evolution influenced by the use of digital resources. Some weaknesses are still very present, such as the lack of financial resources, the limited use of media or the lack of technical skills, even if digital resources may contribute to build solutions – for instance, web radios are presented as much cheaper than traditional radios. In turn, the answer to the situation of unequal participation, that sounds as a promise in the context of internet practices, is not solved yet.

On the other hand, the cases allowed us to observe opportunities of improving production processes and enlarging audiences – and consequently increasing visibility for social groups and public issues, which confirm many of the strengths already observed by Peruzzo.In this sense, digital resources represent a chance for diversification of tools and contents, and an occasion for media democratization while granting more visibility for the perspective of citizens.

It is important to highlight that this study identifies trends. The sample can be considered representative, but its geographical and institutional orientation must be recalled; as well as that, except for the two radio stations actually visited, all the analysis was made upon reports of experience; that is, the description of practices made by the actors themselves. As mentioned before, this article aimed to raise some questions and aspects related to the use of digital resources by community and associative radios in Brazil. Each of these questions and aspects may be taken mostly as a point of departure for future and deeper research.

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Notes

[1] The term popular is applied according to its Latin-American approach, referring to the culture of the so-called popular classes such as indigenous people, those living in peripheries and suburbs, campesinos and all groups that are excluded from the dominant elite culture. It also refers to practices searching for the emancipation and the improvement of life conditions of these groups.

Pour citer cet article

Référence électronique

Ana Cristina SUZINA « The use of digital resources in Brazilian community and associative radios», RadioMorphoses, [En ligne], n°2 – 2017, mis en ligne le «22/10/2017», URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2017/06/02/digital-resources-brazilian/

Auteur

Ana Cristina SUZINA, PhD Student. CRIDIS – Université Catholique de Louvain / CAPES Scholar

Courriel : anasuzina@hotmail.com