Appels à contribution

La radio en Afrique au XXIème siècle: mutations et enjeux.

Coordination  :  Etienne  DAMOME  (Université  Bordeaux  Montaigne), Sylvie CAPITANT (Université Paris 1), Nozha SMATI (Université Lille 3)

Alors  que  le continent  Africain  a  été  durablement  présenté comme un  espace  privilégié  du  média radiophonique, les mutations profondes que connait le secteur médiatique, en Afrique  comme  ailleurs,  tendent  à  redéfinir  les  pratiques,  les  usages  et  les  modalités  de  fonctionnement de la radio en Afrique au début de ce XXIème siècle.

Les évolutions sont d’abord structurelles. Le secteur radiophonique, hérité de la libération des ondes des années 1990, est désormais relativement stabilisé. Mais beaucoup de radios, dans leur diversités (commerciales, associatives, publiques, religieuses) restent fragiles et peinent à définir  un  modèle  économique  durable  dans  un  contexte  de  raréfaction  des  ressources extérieures, de modestie du secteur économique intérieur tout particulièrement dans les pays francophones, et une relance de la concurrence avec les projets d’informations numériques.

Un tiers secteur – qui n’a pas fini de s’inventer – s’est aussi développé. Divers acteurs de la société  civile  (associations, ONG, groupes  religieux)  font  preuve  d’une  grande  imagination pour couvrir tous les domaines de la vie sociale et culturelle. Des stations communautaires et associatives  de  toutes  sortes  contribuent  ainsi  à rapprocher  encore  plus  la radio  des populations  et  à  faciliter  son  appropriation  par  les  couches  les  plus  populaires  des sociétés africaines contemporaines.

Les  mutations  sont  également technologiques.  Le  processus  de  numérisation  est inconditionnellement en marche. Cependant il est loin d’être uniforme et d’engager le secteur dans sa globalité. Il existe en effet des inégalités parfois très grandes d’accès aux nouveaux équipements à l’échelle régionale, les radios de certains pays étant plus avancées que celles d’autres pays. Ce décalage existe aussi à  l’intérieur d’un même pays,  l’accès aux  nouvelles normes techniques étant favorable à une minorité de promoteurs de radios qui ont les moyens  de s’équiper et défavorable à une majorité constituée de promoteurs de radios associatives ou communautaires  et  de  radios  privées  locales. Les  inégalités  existent par  ailleurs  entre  les milieux urbains et les milieux ruraux, plus précisément entre capitales/grandes métropoles et le  reste  des  territoires,  notamment  à  cause  de  l’inégalité  au  niveau  des  équipements  électriques.

Ces mutations technologiques ont des implications culturelles par la redéfinition du rapport au local qu’elles engendrent. Les TIC renouvellent considérablement aujourd’hui les audiences en  donnant  aux  radios  locales  une  diffusion  internationale,  grâce  à  la  réception  par  les membres  des  différentes  communautés  linguistiques  disséminés  dans  la  diaspora. En  même temps, elles renforcent leur ancrage local et identitaire, grâce à une couverture améliorée du

territoire. Mais les TIC transforment aussi les formes de participation, le développement de la téléphonie mobile ayant fait revenir à la radio des publics plus jeunes et plus urbains, tentés par  l’écoute  en  mobilité, et  renouvelé les  moyens  d’une  co-construction  de  contenus médiatiques.

Les  usages  des  TIC  et  du  numérique  créent  de  nouvelles  pratiques  professionnelles  et médiatiques.  On  peut  évoquer  les  tâches  spécifiques  liées  à la  diffusion  sur  Internet  ou  sur satellite.  Mais  il  faut  surtout  noter  l’intégration  de  plus  en  plus  importante  du  téléphone mobile dans  la production et  la diffusion de  l’information. Si  ce  nouvel outil  « du pauvre » permet  aux  stations  de  contourner  les  limites  imposées  par  le  manque  de matériel professionnel performant, il pose problème à ceux qui désirent des produits radiophoniques de qualité. Par ailleurs, il semble avoir fragilisé un peu plus la sécurité des journalistes en rendant plus facilement accessibles leurs données privées.

Enfin, les mutations sont aussi de nature sociale et politique. Les radios, malgré la montée en force d’autres outils d’information, sont les médias qui utilisent le plus les langues nationales africaines, se dotant ainsi d’une force de proximité et de diffusion inestimable. Les radios se sont  aussi  montrées capables  d’assurer  un  rôle  capital  dans  bon  nombre  de  soulèvements populaires récents, les exemples burkinabè et burundais, bien que très différents, en sont une illustration frappante. Aussi dans le contexte postrévolutionnaire au Maghreb, le lancement de nouvelles  radios  constitue  t-il  un  levier  pour  la  promotion de  la  liberté d’expression  et  du processus de transition démocratique. En Tunisie, la création de radios privées et associatives, soutenues par  des  organismes nationaux  et  internationaux,  contribue  à  la  diversification  du secteur audiovisuel. En dépit des multiples contraintes (juridiques, techniques, économiques, etc.) qui entravent leur fonctionnement, la naissance de ces radios  est significative d’autant plus que la culture associative et citoyenne est récente dans ce pays. Le foisonnement de ces

médias, acteurs  de  la  transition  démocratique  et de contre-pouvoir,  reflète  in  fine  une  forte aspiration citoyenne  à  une  information  alternative et  pluraliste,  à  une  voix  dissonante aux médias dominants.

La radio, loin d’être reléguée dans les bois sacrés de la tradition, se renouvelle et s’adapte. Le dossier invite les chercheurs et les professionnels à réfléchir sur les pratiques et les enjeux de ces métamorphoses.

Espaces géographiques

Malgré la diversité des situations, ce dossier s’intéresse à l’Afrique dans sa globalité dans le but de faire apparaître les spécificités sous régionales et parfois même nationales. Les données de l’Afrique du Nord sont autant attendues que celles de l’Afrique subsaharienne. Par ailleurs les exemples des pays anglophones ou lusophones seront particulièrement appréciés, surtout s’ils permettent une comparaison avec ceux de l’Afrique francophone.

Axes thématiques

Ce dossier souhaite interroger chercheurs et professionnels sur toutes ces questions et celles qui leur sont liées à travers cinq axes principaux.

Axe1 : Mutations structurelles, stratégiques et règlementaires

Qu’en est-il de la place de la radio aujourd’hui en Afrique ? Est-elle toujours le média roi ou les autres médias, sociaux ou non, sont-ils en train de la reléguer aux seules zones rurales ?

Voit-on  se  mettre  en  place  des  stratégies  médiatiques  sur  le  long  terme ? Invente-t-on  des modèles économiques viables ? Y a-t-il des formes innovantes de gouvernance en particulier dans les radios du tiers secteur ? La régulation a-t-elle suivi ces évolutions ?

Axe2 : Conséquences sociales, culturelles et juridiques des mutations liées au numérique

Quels  sont  les  exemples  de  numérisation  réussie ?  Dans  quelle  mesure  cette  évolution pourrait-elle présenter de nouvelles opportunités pour le paysage radiophonique africain et en même temps maintenir l’ancrage local et le lien privilégié avec le public africain ? Quels sont les  risques  pour  la  perte  d’identité  des  radios  communautaires ?  Quelle  possibilité  pour  les radios privées de conserver la main sur leur diffusion dans des pays autoritaires ?

Axe3 : Implications des mutations technologiques sur la réception

Quels publics ? Quelles formes de participation les TIC permettent-elles ? Quelles incidences ont-elles  sur  l’accès  aux  contenus  informationnels ?  Quelles  productions  citoyennes d’informations enregistre-t-on ?  Quels  nouveaux  usages citoyens  de  la  radio observe-t-on ?

Par ailleurs,  y  a-t-il une réelle amélioration des conditions de réception ? Quelles catégoriesde la société en bénéficient le plus ?

Axe4 : Transformations des pratiques professionnelles

Quels  sont  les  différents  usages  et  appropriations  des TIC  en  journalisme  radiophonique ?

Quels impacts ces usages ont-ils sur  les pratiques et identités professionnelles ? Y a-t-il des risques pour une information de moindre qualité ? Y a-t-il des risques pour un bon exercice du métier  et  pour  la  sécurité  personnelle  du  journaliste radio  ?  Quels  rapports  les  journalistes entretiennent-ils avec leurs sources et leurs publics?

Axe 5 : Rôle politique et social des radios ?

Quel  rôle  des  radios  dans  les  crises  politiques  et  sociales ?  La  place  des  acteurs radiophoniques dans l’espace public ? Leur capacité à soutenir des débats démocratiques ou alors  à  renforcer  les  oppositions ?  Leur  capacité  à  faire  dialoguer ?  Leur  capacité  à  la redevabilité des acteurs politiques et économiques ? Se sont-elles autonomisées de l’approche très prégnante des bailleurs de fonds qui  les lient au projet développementaliste ?

Soumission et procédure d’évaluation

L’évaluation sera assurée en double aveugle par le comité de lecture sur la base d’un résumé en français ou en anglais de 3500 signes au format Word comportant un titre, le nom de (des) auteur-e(s),  son  affiliation  universitaire,  ses  coordonnées  complètes.  L’auteur  précisera  la problématique, les objectifs ainsi que quelques références bibliographiques.  Les consignes de r rédaction  et  recommandations  aux  auteurs  sont  disponibles  sur  le  carnet  de  recherche  RadioGraphy : http://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/1185/files/2015/07/ICI.pdf

Les  propositions  sont  à  adresser au  plus  tard  le  15  décembre  2015 aux  trois  adresses suivantes :  etiennedamome@gmail.com ; sylviecapitant@rocketmail.com ; nozha.smati@univ-lille3.fr

Calendrier

15 décembre 2015 : soumission du résumé

15 janvier 2016 : Sélection des propositions et notifications aux auteurs

15 mars 2016 : remise des articles intégraux (entre 30000 et 35000 signes espaces, notes et

bibliographie compris)

Comité de lecture

ANTOINE Frédéric, Université Louvain-la-Neuve, Belgique

AMSIDDER Abderrahmane, Université IBN Zohr Agadir, Maroc

ASSOGBA Henri, Université de Laval, Canada

AW Rokaya Eugénie, CESTI, Sénégal.

BART Annie, Université Bordeaux Montaigne, France

CANDEL Etienne, Université Paris 4, France

DA LAGE Émilie, Université Lille 3, France

FAURÉ Laurent, Université de Montpellier, France

FRÈRE Marie-Soleil, Université de Bruxelles, Belgique

GAZI Angeliki, Université de Limassol, Chypre

GUAYBESS Tourya, Université de Lorraine, France

KIYINDOU Alain, Université Bordeaux Montaigne, France

MEYER Vincent, Université de Nice Sophia Antipolis, France

SANTOS SAINZ Maria, Université Bordeaux Montaigne, France

STARKEY Guy, Université de Sunderland, Royaume-Uni

ZAMIT Fredj, Université de la Manouba, Tunisie

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