Vers le tout numérique dans les radios de proximité en Afrique de l’Ouest ? Synthèse d’étape et questions.

Étienne DAMOME

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Résumé

Le processus de numérisation des médias africains n’est pas uniforme et encore moins un mouvement d’ensemble. Il révèle et reflète une vraie fracture au sein du paysage médiatique mais également entre différents pays d’une même région. Surtout, il risque de créer une autre fracture entre les médias et leurs publics de référence et donc à la clé une dilution de leur identité première. Cet article propose un bilan d’étape concernant les radios associatives et communautaires nommées ici radios de proximité. Il propose dans un premier temps un état des lieux du processus d’un point de vue descriptif et dans un second temps ses conséquences socioculturelles à partir d’une perspective analytique.

Mots-clés : radio numérique en Afrique, radio de proximité, communauté radiophonique, fracture numérique, fracture socioculturelle, technologies numériques.

Abstract

The digitalization of African media is not unified and even less an overall movement. It reveals and reflects a real gap in the media but as well the difference between countries of the same region. Most of all, it risks to create a real divide between media and their main audience. This article provides a progress report on associative and community radios mentioned here as local radio stations. First, it presents a description of the digitalization process. Secondly, it analyses the sociocultural consequences from an analytical perspective.

Keywords: digital radio in Africa, local radio, radio society, digital divide, sociocultural divide, digital technologies.

Resumen

El proceso de digitalización de los medios africanos no es uniforme y, mucho menos, un movimiento general. Revela y refleja una verdadera fractura en el seno del paisaje mediático e, igualmente, entre diferentes países de una misma región. Sobre todo, este proceso amenaza con crear otra fractura entre los medios y sus públicos de referencia y, de esta manera, al final, la desaparición de la identidad primigenia de los medios. Este artículo ofrece un balance de etapa de las radios asociativas y comunitarias llamadas aquí radios de proximidad. En primer lugar, propone un inventario del proceso desde un punto de vista descriptivo y, en segundo lugar, sus consecuencias socioculturales a partir de una perspectiva analítica.

Palabras clave: radio digital en África, radio de proximidad, comunidad radiofónica, brecha digital, fractura sociocultural, tecnologías digitales.

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Les radiodiffuseurs africains ont pris la mesure des nouvelles possibilités qu’offre le numérique. Plusieurs centaines parmi eux proposent des contenus via des canaux satellitaires alors qu’on note également un intérêt croissant pour Internet, la téléphonie mobile et l’équipement en matériel numérique de production. Ce processus n’épargne aucun secteur et aucun pays d’autant que, au-delà de la mode, il semble y avoir une sorte de marche forcée imposée vers la radio tout numérique[1] que Pierre Martinot résume en ces termes : « Il faut intégrer les nouvelles technologies à son projet média ou mourir ! » (2015 :169). Mais il est loin d’être uniforme dans la mesure où certains pays sont très en retard et que l’immense majorité de radios de proximité, autrement dit celles qui émettent dans de petites communautés et surtout parmi elles celles qui émanent d’une communauté spécifique et s’adressent à elle[2], ne sont pas concernées. Deux aspects sont donc au centre de l’analyse.

D’une part, elle essaie de montrer que si l’on jette un regard optimiste sur la situation actuelle des radios de proximité, le processus de numérisation est assez avancé. Trois facteurs ont fonctionné comme des catalyseurs, notamment à leur bénéfice. Premièrement, l’aide d’organismes non gouvernementaux, travaillant pour le développement des médias locaux en Afrique, mais également de certaines radios du Nord. Elle a permis à plusieurs stations locales de bénéficier de matériels numériques. Deuxièmement, l’indisponibilité de l’émetteur analogique. Les stations qui ont été créées à partir des années 2000 n’ont pas eu d’autres choix que les différentes marques d’émetteurs numériques existant sur le marché. Troisièmement, l’intégration de l’ordinateur dans les studios de production et programmation ainsi que la banalisation de logiciels gratuits, ou peu coûteux, de traitement de son. Elles ont permis de faire un pas décisif. Des radios s’équipent donc en matériel numérique qu’elles utilisent pour la production et la diffusion. Grâce à cela, certaines recourent à des canaux numériques (satellite, Internet et maintenant téléphone portable) pour proposer leurs programmes à leurs publics. Le contexte institutionnel est également favorable. Les institutions de régulation des médias ayant choisi de défendre la radio numérique terrestre pour contourner le problème d’épuisement du stock de la modulation des fréquences, les radios de proximité pourraient être embarquées dans les transformations afférentes.

Partant du constat que la fracture numérique est non seulement, très largement, une réalité mais qu’elle est beaucoup moins uniforme qu’on l’imagine, l’article se pose la question fondamentale de savoir si les difficultés ne sont pas insurmontables pour ces médias. Car l’adoption des technologies numériques révèle et reflète une fracture au sein du paysage médiatique. Les difficultés économiques et le manque d’infrastructures de base obligent beaucoup à se situer à la marge de ce mouvement. Mais parfois aussi, c’est la résistance des promoteurs de radios communautaires, craignant que ces innovations technologiques ne diluent voire ne dénaturent leur identité propre de média de proximité, qui explique le retard. Aussi les technologies numériques créent-elles une autre fracture, sociale et culturelle. Les conséquences socioculturelles ainsi mises en évidence permettront d’équilibrer les élans vers un objet qui n’a pas que des avantages. C’est en cela que notre regard sur ce processus évite le piège d’une approche techniciste. Il tient également à distance la vision enchantée et quelque peu propagandiste en faveur du numérique qu’on serait tenté de défendre en prolongeant à la fois le discours commercial qui vente ses bienfaits, et les avatars de l’économie techno-capitaliste voire techno-idolâtre qui ne retiennent que le rapport qualité-prix et les avantages techniques.

L’analyse se limite à l’Afrique de l’Ouest et repose sur des données issues de deux genres de source. La première est documentaire. Elle est constituée d’une part d’une compilation des rapports annuels de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Elle s’appuie d’autre part sur des informations glanées sur le web en identifiant et en exploitant des listes d’utilisateurs établies et organisées par continent, pays et station, par des fournisseurs ou des plateformes spécialisées. Cette étape a permis non seulement de se rendre compte concrètement de ce qui existe mais également de tester l’effectivité du fonctionnement des dispositifs. Somme toute, les données issues de ces deux sources documentaires réunies entre 2009 et 2013 et sans cesse actualisées et complétées entre 2014 et 2015, a donné lieu à une analyse à la fois quantitative et comparative. La deuxième source est discursive. Elle est issue d’entretiens qualitatifs que nous avons eus avec des promoteurs de radios dans cinq pays (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Mali et Togo) entre juin 2013 et juillet 2015. Cette enquête visait à recueillir les pratiques, les usages, les représentations et les discours des acteurs.

Après un état des lieux de l’exploitation du numérique – volontairement restreinte aux canaux de diffusion – et de l’équipement en matériel afférent, nous analysons les enjeux d’une triple fracture se profilant dans le sillage de la numérisation complète des radios de proximité.

Banalisation de l’équipement et de l’usage de matériels numériques

L’utilisation de matériels numériques pour la production, la programmation et la diffusion se banalise. La formation pour le bon usage de ce matériel se fait sentir alors que les radios bénéficient par ailleurs d’un contexte favorable marqué par l’implication des États dans ce développement du numérique. Ce phénomène concerne toutes les catégories de médias et n’est pas uniquement urbain.

Les radios s’équipent en matériel numérique

Les nouvelles technologies font progressivement leur entrée dans les entreprises médiatiques. « Nous n’avons pas le choix. De plus, elles nous facilitent la tâche » se justifie Koné en juillet 2015. Créée en 1992, sa radio fait partie des stations qui ont débuté avec le tout analogique. « N’eût été des aides reçues de Panos, Amarc, Unesco et de plusieurs radios partenaires d’Europe, nous aurions encore comme beaucoup d’autres radios libres du Mali, un matériel vétuste et peu performant », poursuit-il.

Ce n’est pas le cas de la plupart des radios de la décennie suivante qui ont été directement installées en numérique. En effet, avec la disparition progressive du matériel analogique sur le marché, le numérique reste le dernier recours. De plus, les coûts des émetteurs numériques étant plus attractifs que ceux des émetteurs analogiques, le choix est vite fait. Plusieurs se sont ensuite équipées d’appareils numériques pour le montage et la programmation des émissions. Celles qui continuent à utiliser le matériel analogique équipent néanmoins un ou deux de leurs différents services d’un ordinateur et n’hésitent plus à l’utiliser pour la programmation. De même, plusieurs éprouvent la nécessité d’une connexion Internet et même d’un site web. Les échanges de programmes exigent parfois ces moyens. Car même si les cassettes et les CD circulent abondamment encore entre radios en Afrique de l’Ouest, la plupart des banques d’émission sont numérisées et leur accès se fait via Internet.

L’installation de certaines radios dans des centres de communication multimédia leur facilite la tâche. Elles sont ainsi entièrement informatisées. Pour les autres, des bonnes volontés émergent pour les assister. La Francophonie a remis, par exemple, en avril 2010, du matériel numérique à une dizaine de radios communautaires du Burkina Faso. L’Unesco finance également des centres multimédias au sein des structures communautaires qui les portent, de façon à leur permettre un accès plus aisé au téléphone et à Internet, ce qui est un pas important vers l’usage de matériels numériques pour la production et la diffusion.

Le partenariat avec des ONG et des institutions internationales constitue en outre l’une des voies de contournement des difficultés en ce domaine. On enregistre régulièrement des informations faisant état de don de matériels numériques à une radio ou à plusieurs médias du continent. Des enregistreurs numériques et des ordinateurs ont par exemple été offerts à 18 radios de proximité de Côte d’Ivoire par l’ONG britannique Electoral reform international services (ERIS), avec l’appui financier de l’Union Européenne, dans le cadre de son Projet d’information et d’éducation électorale. Cet important don de matériel de production était doublé d’un stage de formation à l’intention d’une cinquantaine de membres de ces radios partenaires d’ERIS en vue de leur permettre d’en faire une utilisation optimale.

La coopération avec des radios européennes constitue enfin une autre voie d’acquisition de matériels numériques, car par le don de leurs anciens matériels elles contribuent à la numérisation des radios africaines. Beaucoup de radios communautaires et associatives ont ainsi été équipées et parfois mieux que leurs consœurs commerciales qui doivent compter sur leur pouvoir économique qui, dans beaucoup de cas, est inexistant ou nul. Tout cela contribue, on s’en doute, à augmenter le nombre de productions radiophoniques numériques. C’est en particulier ce que révèle une enquête de l’IPAO (Radio and ICT in West Africa: Connectivity and Use, IPAO, 1er octobre 2008). Selon cette étude, la production audio de 23 % des radios enquêtées est entièrement numérique et elle est mixte dans 40 % des radios. Cela montre, à n’en pas douter, que la diffusion du numérique est en passe de devenir la norme.

Le besoin de la formation au numérique se fait sentir

C’est sans doute cette norme qui impose la nécessité d’une formation au numérique. Le virage au numérique passe par la formation des journalistes à l’utilisation adéquate des équipements numériques et des logiciels de programmation assistée par ordinateur, de montage de son, de développement et de maintenance de sites web. « Le numérique s’impose à tout le monde et davantage encore au journaliste dans la pratique de son métier. Il se doit donc de savoir y faire face », estime Stev de Radio Afram Plains du Ghana en juin 2010. Si la formation à l’usage de l’ordinateur incombe à chaque journaliste, l’initiation au maniement des logiciels et matériels spécialisés se fait plus collectivement sous la responsabilité des institutions contribuant au développement des médias locaux. La Direction du développement des médias (DDM) du Burkina Faso a ainsi organisé, en août 2010 à Ouagadougou, une session de formation au profit des techniciens et animateurs de médias. Les participants ont pu ainsi se familiariser avec le « Win-media : 8 », logiciel global servant non seulement à la production mais aussi à la diffusion, et apprendre à maîtriser toutes les facettes de la programmation-système de ce nouveau logiciel et surtout de la gestion des processus et threads, « gestion fine » du système de fichiers et de mémoire. En mai 2010 les professionnels des médias communautaires ont été invités à une session de formation sur l’enregistrement audio numérique et l’édition avec le logiciel Audacity et sur le logiciel de radiodiffusion Campware, premier logiciel libre et ouvert de gestion de la radio. Par ailleurs, la revue Agro Radio Hebdo révélait dans son n° 109 du 3 mai 2010 que The Free software and Open source foundation for Africa (FOSSFA), en collaboration avec l’Open Society Initiative for West Africa (OSIWA), a  offert des bourses à cinq journalistes d’Afrique de l’Ouest pour se former afin de devenir, à leur tour, formateurs de leurs confrères dans leurs pays respectifs. Dans le même ordre d’idées, l’Unesco propose depuis 2010 aux radios communautaires, via son site Internet, un manuel autodidactique visant à assister les gestionnaires en matière d’archivage digital du contenu audio utilisant les logiciels winisis, Genisis et Greenstone[3]. Ce manuel dirige les utilisateurs vers des url leur permettant de télécharger gratuitement ces logiciels et les assiste dans leur usage pour créer des archives. Tout ceci va dans le sens de l’acquisition des aptitudes nécessaires pour faire face à la nouvelle donne.

Élargissement des moyens techniques

La radio numérique terrestre (RNT), aboutissement de tout le processus qui est en cours, n’utilisera en fin de compte que les ondes numériques qui, plus que jamais auparavant, inscrivent les médias dans la dépendance totale vis-à-vis des télécommunications. Est-il besoin de rappeler qu’une puissante bande passante est nécessaire pour une bonne diffusion numérique ? Les instances de régulation des médias des pays africains sont encore plus convaincues que les promoteurs des médias du bien-fondé du tout numérique. « C’est l’unique moyen pour résoudre le problème de pénurie de la modulation de fréquences. Il n’y en a presque plus, or nous enregistrons constamment des demandes de fréquences pour de nouvelles stations », nous affirme en 2012 un des responsables de l’Autorité de réglementation du secteur des postes et télécommunications (ART&P) du Togo . On peut donc se demander ce qui se fait pour créer les conditions d’exploitation effective des ondes numériques. Le fait est qu’une conférence régionale de l’UIT s’était tenue en 2006 afin de planifier la radiodiffusion numérique dans les bandes 174-230 MHZ et 476-862 mhz (Bande IIIet V) sur le continent africain.

Indépendamment de la volonté des institutions africaines, plusieurs opérateurs sont à pied d’œuvre pour connecter l’Afrique au réseau mondial. Un câble sous-marin de fibre optique appelé Sat3-WASC (WestAfricaSubmarineCable), installé en 2002, relie l’Europe et l’Afrique du Sud via la façade atlantique en passant par neuf ports de connexion (Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana, Bénin, Nigeria, Cameroun, Gabon, Angola et Afrique du Sud). Son renforcement a été effectué en 2011 avec un doublement de la capacité de sa bande passante. En 2012, un deuxième câble (ACE) a été installé sur cette même côte. Si les 36 opérateurs de Sat3-WASC ciblent en priorité les pays côtiers, le consortium de 25 opérateurs qui pilotera ACE se donne pour mission de permettre la connexion directe des pays enclavés. On parle même désormais de surcapacité dans la mesure où le manque de concertation entre fournisseurs a conduit à une pléthore de fibres[4].

L’arrivée de la fibre optique dans un pays permet d’accroître considérablement la bande passante et de décupler les possibilités de la connectivité au téléphone et à Internet, donc de faire baisser les prix des communications. Selon un exemple donné par Annie Chéneau-Loquay (2009), les prix constatés en 2006, sur le marché de la connexion Internet internationale au Ghana et au Sénégal, variaient entre 3 000 et 15 000 $ US pour une bande passante de 2Mbit/s sur SAT 3, un câble sous-marin de fibre optique. Au même moment, les prix constatés pour une bande passante de 2 Mbit/s avec le satellite variaient entre 7 000 et 24 000 $ US[5]. La connexion par satellite coûte donc jusqu’à trois fois plus cher que celui de la connexion sur SAT 3.

Plusieurs canaux de diffusion numérique sont investis

Les canaux satellitaires sont apparus comme une première opportunité, en ce qu’ils donnaient la possibilité, par le biais d’une chaîne de télévision câblée, de porter un bouquet de radios qui rempliraient les mêmes fonctions que les ondes courtes, sans leurs inconvénients. La diffusion sur le web (en podcast puis en streaming), fut une seconde possibilité permettant, avec beaucoup moins de frais encore, de relier la planète toute entière, à travers la magie de l’ubiquité du cyberespace. Depuis le développement fulgurant de la téléphonie mobile en Afrique, un nouveau canal de diffusion est venu élargir un peu plus les possibilités de la radio. Même si ce moyen est tributaire du rayon de couverture et de la stabilité du réseau téléphonique, il permet aux stations de retrouver un ancrage local qu’Internet a tendance à diluer. En attendant la mise en œuvre de la radio numérique terrestre utilisant les ondes métriques et décimétriques et perçue comme étant l’avenir, la radio africaine emprunte donc ces différents moyens de diffusion, en plus de la modulation de fréquences qu’elle ne consent pas à abandonner pour l’instant.

La radio par satellite

Avant de constituer une étape dans le processus de passage au tout numérique, l’investissement des canaux satellitaires avait pour objectif de franchir les limites imposées par la modulation de fréquences. C’est le développement de la télévision numérique câblée qui en a été le facilitateur. Les radios publiques bénéficient déjà d’une ouverture au monde grâce aux dispositifs numériques des chaînes de télévisions avec lesquelles elles sont associées en offices nationaux de radiotélévision. Plusieurs chaînes privées numériques se couplent désormais aussi de chaînes de radio.

LyngSat répertorie les fréquences satellitaires utilisées par les chaînes de télévision et de radio à l’échelle mondiale en proposant différents classements : par satellite, langue et bouquet ; il affiche une liste de 355 radios africaines librement accessibles via satellite[6], et une liste d’une cinquantaine de fournisseurs qui exploitent 21 satellites différents. Sachant que les radios utilisant un seul canal sont très peu représentées, si l’on devait prendre en compte le nombre de canaux par radio, on atteindrait facilement un total avoisinant 1000. Si l’on devait y ajouter les stations accessibles gratuitement, les stations reçues par abonnement, le nombre de stations africaines diffusant via le satellite pourrait augmenter notablement. Les données concernant l’Afrique de l’Ouest sont répertoriées dans le tableau n°1 :

Tableau n°1 : Répartition des stations diffusant via satellites par pays

Pays Nombre de radios Nombre de satellites Satellites utilisés
Bénin 5 8 Eutelsat 5 West A, Eutelsat 16A
Côte d’Ivoire  2 3 Amos 5
Ghana 19 21 Astra 2F, Eutelsat 28A, Eutelsat 7B, Astra 4A
Guinée 1 1 Intelsat 907
Mali 1 1 Intelsat 25
Mauritanie 6 9 Arabsat 5C, Badr4 et Badr5
Niger 3 3 Eutelsat 5 West A, Arabsat 5A, Amos 5
Nigeria 3 6 Intelsat 904, Intelsat 23, SES10
Sénégal 4 8 Eutelsat 7A, Intelsat 905, Eutelsat 16A, Amos 5, SES 5
Sierra Leone 1 1 Eutelsat 5 West A
Togo  2 5 Eutelsat 16A, Eutelsat 9A, Amos 5

Source : compilation des données de LyngSat, [en ligne], page consultée le 22 avril 2015  www.lyngsat.com

La radio par Internet

On note également un intérêt grandissant pour la diffusion sur Internet. « Qui refuserait de recourir à ce moyen magique s’il en disposait les moyens ? », se demande Adodo, de Radio Bonne Nouvelle du Togo en juin 2012. Les deux formes de présence sur le web sont représentées – streaming ou podcast – c’est-à-dire flux continu aussi bien que stockage. Les stations disposant de haut débit diffusent en streaming et celles qui ont un faible débit proposent un stock plus ou moins grand de programmes téléchargeables. Par ce biais, plusieurs radios africaines se sentent affranchies de contraintes de toutes sortes qui vont des limites imposées par l’utilisation de la modulation de fréquences aux décisions politiques, en passant par les problèmes financiers. Outre cela, les diffuseurs africains évoquent deux autres raisons fondamentales. Internet garantit une audience internationale : « Plus que les ondes courtes et même les satellites, c’est le moyen le plus sûr d’être reçu partout et sans limite », affirme Alex de Freedom FM du Ghana lors du même entretien. Internet permet également de toucher les expatriés : « Nous sommes heureux chaque fois que nous recevons des coups de fil de nos compatriotes vivant à l’étranger pour nous féliciter ou pour participer à nos émissions », témoignait Modeste de Radio Illéma du Bénin en avril 2014. « Grâce à cela, ils se sentent proches de leur communauté d’origine », renchérit son confrère Marius. Mais Internet ne vise pas uniquement les expatriés. Le directeur de Radio Peace du Ghana estime en 2013 que « diffuser sur Internet permet de toucher les 30 % d’utilisateurs quotidiens d’Internet en Afrique ».

De fait, la diffusion en ligne se répand. En 2015, le recoupement des données disponibles à travers les listes proposées par DeliCast[7] et Tunein.com[8] permet d’affirmer qu’au bas mot, environ 640 radios africaines peuvent être effectivement écoutées sur Internet en plus ou moins bonne qualité. Le tableau n°2 donne une idée du nombre des radios FM concernées en Afrique de l’Ouest en avril 2015 :

Tableau n° 2 : Répartition des radios FM diffusants sur le web

Pays Nombre de radios sur Internet
Bénin 9
Burkina Faso 10
Cap-Vert 3
Côte d’Ivoire 13
Gambie 11
Ghana 100
Guinée Conakry 3
Guinée Bissau 1
Liberia 3
Mali 23
Mauritanie 3
Niger pas d’information
Nigeria 51
Sénégal 32
Sierra Leone 4
Togo  9

 Source : DeliCast et Tunein.com. Dernière mise à jour le 23 avril 2015

Au regard de ces données, on se rend compte que, s’il existe quelques webradios (non comptabilisées ici) la radio africaine sur Internet est surtout une radio FM exploitant les possibilités offertes par les technologies numériques pour diffuser en ligne.

La radio sur le téléphone portable

On peut lire sur plusieurs sites de radios la mention : « Recevez radio X sur téléphone portable ». Cela veut dire que le téléphone mobile compte désormais aussi parmi les nouveaux atouts, parce qu’il est un support de diffusion de contenus multimédias. Même si les radios ne conçoivent pas de contenus spécifiques pour le téléphone mobile, il reste que la mise à disponibilité de canaux de diffusion sonore sur les plateformes de téléphonie mobile par leurs opérateurs ouvre une nouvelle ère pour la radio africaine. Les fabricants de téléphones portables n’ont d’ailleurs pas attendu la conception de formats spécifiques pour intégrer la possibilité technique d’écouter la radio. Et le moins que l’on puisse dire est qu’une telle innovation a entraîné une plus grande pénétration de la radio puisque sa réception via le téléphone portable se banalise de plus en plus. Aux avantages qu’on évoquait pour le transistor (moindre coût, portabilité, facilité d’usage) s’ajoutent la miniaturisation et l’individualisation de l’écoute. Alors que les postes récepteurs numériques restent chers et pour la plupart non adaptés à l’Africain rurale, on a probablement trouvé le moyen de contourner la difficulté qu’on craignait, il y a quelques années, à savoir, l’impossibilité pour le citoyen moyen d’accéder à la radio numérique.

Le tout numérique : un leurre et un problème ?

Si l’on regarde le processus de numérisation de la radio africaine à partir des institutions qui la promeuvent ou du développement global des technologies en Afrique, on est forcé de constater que la mentalité numérique s’installe peu à peu. Mais si l’on observe ce processus du point de vue des médias eux-mêmes, c’est-à-dire à partir de leur contexte et des conditions de leur fonctionnement quotidien, on se rendra compte que ce qui a été évoqué jusqu’ici est loin d’être un mouvement d’ensemble. La fracture numérique est une réalité. Plus encore, elle est créatrice d’une autre, sociale et culturelle.

Un chemin encore long

Vraisemblablement, le tout numérique n’est pas pour demain, pour plusieurs raisons.

L’analogique survit

Beaucoup de stations de proximité et de pays au développement du numérique moyen utilisent encore le signal analogique à supports magnétiques. Le matériel reste rudimentaire et limité. Peu parmi elles disposent de plusieurs studios et de moyens techniques performants. Elles sont souvent en proie à des pannes chroniques. Certains studios ne sont pas insonorisés et le matériel n’est pas protégé de la poussière. C’est notamment le sort des radios communautaires qui n’ont pas la chance de bénéficier des avantages d’un partenariat avec des institutions occidentales. C’est également la mauvaise fortune des radios privées des villes secondaires. Dans un certain nombre de pays, ces stations sont surtout préoccupées par la possibilité de fonctionner une journée entière sans coupure d’électricité. On sait que les radios installées dans les zones rurales restent très largement sous équipées en électricité et en lignes fixes de téléphone pourtant nécessaires pour l’accès à Internet et à l’usage d’un matériel numérique. Dans ces conditions, comment vouloir que le passage au numérique soit unanime et uniforme ? Par quel miracle ces disparités entre radios d’un même pays, mais aussi entre différents pays vont-elles se combler ? De plus, à supposer qu’elles réussissent à se mettre au pas, l’on sait que pendant un temps les stations devront continuer à diffuser en analogique. Cette transition devrait entraîner donc un surcoût temporaire. Toutes les radios seront-elles en mesure d’en supporter le coût financier ? Comment le feront-elles ? L’adoption de la radio numérique terrestre ne risque-t-elle pas de mettre plus encore en péril ces radios ?

Disparité dans l’accès aux satellites

Seules 277 radios de l’Afrique de l’ouest figurent sur la liste de celles qui diffusent via des canaux satellitaires (Cf. tableau n°1). Cela signifie que l’accessibilité n’est pas égale pour tous. Si les satellites élargissent les possibilités d’accès aux médias, leurs gestionnaires ne les rendent pas forcément démocratiques. Seuls les médias publics et quelques médias privés commerciaux bénéficient de ces avantages. Les radios communautaires sont les laissés-pour-compte. Les prix pratiqués mettent quasiment l’usage de ces nouvelles technologies hors de leur portée.

Le cas des médias confessionnels est à mettre cependant à part. Certains parmi eux disposent de leur propre bouquet numérique. C’est le cas de Radio Immaculée Conception d’Allada au Bénin, mise en orbite sur le satellite SatRadiodiffusion le 9 novembre 2000. Les récepteurs satellitaires ont pu permettre ainsi la multiplication d’autres stations relais dans le pays mais surtout d’être reçues partout en Afrique subsaharienne (Damome, 2014a). Une partie du secteur confessionnel bénéficiant d’une connexion à des réseaux internationaux s’en sort plutôt bien aussi. Ces médias bénéficient de structures religieuses gratuites ou peu chères. Sur les 355 radios africaines disponibles sur satellite et répertoriées dans la liste de Lyngsat, on identifie plus de 70 radios confessionnelles. Faith Satellite et AgapeTV Faith sont les principaux fournisseurs satellitaires religieux. Ils font bénéficier à des radios partenaires des canaux qu’ils louent respectivement à AfriStar et à Intelsat. Mais ce n’est certainement pas le cas de l’immense majorité d’autres radios.

Des radios inégalement connectées à Internet et aux usages différenciés

L’étude de l’IPAO évoquée plus haut sur la connectivité de la radio aux TIC en Afrique de l’Ouest révèle que le taux moyen d’accès à Internet est de 51,8 % dans les sept pays concernés par l’enquête (Burkina Faso, Bénin, Mali, Sénégal, Ghana, Sierra Leone, Niger). Elle rappelle qu’il existe une grande disparité selon les pays et le type de radio. D’une part, à l’échelle nationale, le taux de connectivité est de 72,2 % pour la radio commerciale privée, alors qu’elle est limitée à 31,5 % pour la radio communautaire ou à but non lucratif. D’autre part, à l’échelle sous régionale, le Ghana et le Sénégal ont respectivement un taux de connectivité de 93,5 % et de 89,7 % parce que presque toutes les stations de radio commerciales sont connectées. Le taux est en revanche plus bas concernant les stations de radio communautaires. Celles du Sénégal sont 72,7 % à avoir un accès à Internet ; les trois quarts d’entre elles ont tout de même une ligne ADSL. Le taux de connectivité de toutes les stations du Mali et de Sierra Leone, est en revanche respectivement de 34 % et de 20 % ; seulement 8,3 % des stations communautaires sont connectées. Par ailleurs, le streaming nécessite le haut débit. Or, selon le Rapport de UIT pour l’année 2014, il fait défaut dans plusieurs pays. La pénétration du haut débit à l’échelle de tout le continent reste autour de 2 % en 2014.

Cette première fracture qui concerne les inégalités d’accès se double d’une seconde liée aux inégalités d’usage (Le Guel, Pénard, Suire, 2004 ; Le Guel 2004/5). Des études montrent que plusieurs médias préfèrent utiliser Internet comme une vitrine et un moyen de communication avec leurs publics. Etienne Damome (2010) et Cyriaque Paré (2011) confirmaient cette tendance persistante. Le fait est que les radios doivent être techniquement et financièrement capables d’émettre en doublon avec le coût supplémentaire que cela suppose. Ensuite, se pose la question du système de diffusion. La majorité des communautaires et privées locales n’en possèdent pas.

Des conséquences négatives

L’adoption du tout numérique semble comporter des risques pour la survie et le sens des médias de proximité.

Risque de dilution du sentiment identitaire local et de perte de liberté

La radio communautaire est souvent l’émanation d’une communauté linguistique, professionnelle, religieuse, etc. L’une se reconnaît en l’autre et s’identifie à elle. Même quand elle n’est pas promue par une association formellement constituée au départ, une radio locale à vocation communautaire crée de la communauté, une communauté radiophonique (Damome, 2011), avec ses programmes, son auditoire, ses artisans et son fonctionnement organisationnel. La marche forcée vers le tout numérique pose donc trois questions fondamentales par rapport à l’être, au fonctionnement et aux publics des radios communautaires.

La première peut être formulée autour de la langue de diffusion. L’une des dimensions locales de la radio communautaire est l’usage privilégié voire exclusif de la langue du cru. Les radios aux dénominations évocatrices des communautés particulières sont en effet des lieux d’appropriation des langues parlées par ces communautés. Pourquoi, par exemple, ces médias devraient-ils diffuser en ligne alors qu’ils s’adressent en priorité à des populations en majorité non usagères d’Internet et des langues d’Internet ? On sait que les médias établissent clairement une corrélation entre leur zone d’influence et leur usage des langues (Damome, 2014b). La diffusion sur satellite et Internet ne comporte-t-elle pas le risque de diminuer la production dans les langues locales et de diluer ce ciment qui fait la communauté radiophonique ? Les radios communautaires sans communautés garderont-elles leur identité et leur singularité ?

La deuxième question porte sur le respect des cahiers des charges. Si la diffusion sur Internet ne modifie pas le statut des médias, elle est susceptible de changer les modalités de respect de leurs obligations. On sait, par expérience, que lorsqu’ils choisissent de diffuser sur Internet une partie de leurs programmes par manque de moyen pour mettre à disposition l’intégralité de leur production, les médias choisissent des émissions qui transcendent les préoccupations purement locales (Damome, 2014b). La santé, la protection de l’environnement, la gestion de la collectivité, les vols de bétail, le développement à la base, les activités des jeunes et des femmes, l’élevage, l’agriculture, etc. sont résolument mis sous couvercle. La diffusion totale via des plateformes numériques ne va-t-elle pas censurer ces aspects communautaires ? Par ailleurs, est-il possible de respecter les quotas fixés par certains pays en matière de pourcentage de programmes destinés à promouvoir le développement de la culture locale si la programmation doit viser un public virtuel non localisé et peu demandeur ?

La troisième question porte sur l’autre caractéristique fondamentale de la radio communautaire : la liberté. Au Mali, les radios communautaires ont choisi de s’appeler « Radios libres » par rapport à celles qui sont sous le contrôle des pouvoirs politique et économique. C’est donc à juste titre que le tout numérique fait craindre pour leur liberté aux promoteurs de ces radios. « Si nous résistons, c’est parce que nous avons des raisons de craindre que les États ne régentent les outils de diffusion. Il va y avoir des enjeux de pouvoir. Avec la radio numérique quelqu’un peut appuyer dans son bureau sur un bouton et silence radio, alors qu’avec la FM il faut une descente de la police », se justifie Koné de Radio Tabalé de Bamako en juillet 2015. Les craintes vis-à-vis du pouvoir économique existent aussi. « Le numérique va imposer les formats et des standards. La publicité va donc être imposée à tous », explique-t-il encore.

Une fracture sociale et culturelle à la clé

Plusieurs auteurs ont pointé la double fracture numérique que l’on observe dans l’adoption des nouvelles technologies. À propos de l’accès à Internet, Fabrice Le Guel, Thierry Pénard, Raphaël Suire (2005) parlent d’une première fracture observable au niveau des freins géographiques et socioéconomiques et d’une seconde portant sur les usages, qu’ils appellent fracture numérique de second niveau. Émilie Renahy, Emmanuelle Cadot, Christelle Roustit, Isabelle Parizot, Pierre Chauvin (2009) soulignent également cette double fracture liée aux caractéristiques socioéconomiques des internautes puis à leur capacité cognitive à utiliser Internet (conséquence d’une combinaison complexe du capital humain et du capital social). Mon analyse s’inspire de cette lecture mais identifie trois fractures à l’œuvre dans l’adoption de la radio tout numérique. La première concerne les radios, victimes de l’inégal accès des médias aux nouvelles technologies du fait du défaut de conditions socioéconomiques et infrastructurelles requises. La seconde fracture se réfère aux usages différenciés que les médias font des technologies, certains ayant plus de latitude que d’autres. Ces deux formes viennent d’être évoquées. Cependant une troisième se trouve au niveau de la capacité sociale et culturelle des populations à accéder aux médias si l’utilisation des nouvelles technologies se fait au mépris des caractéristiques de leur contexte social et culturel. L’adoption uniforme du tout numérique ne manquera pas, on le sait, de modifier le fonctionnement des radios et de perturber la représentation de leur identité. L’accès à leurs programmes par leurs auditeurs s’en trouvera également impacté, les auditeurs ruraux et non instruits se trouvant par le fait même censurés. Comment ?

Les   moyens de réception numérique disponibles à ce jour sont inaccessibles pour plus de trois-quarts de la population africaine. Le recours à la télévision comme récepteur peut faire relativiser le coût du récepteur numérique. Pourquoi pas ? Sauf que selon le Rapport de UIT pour l’année 2014 révèle qu’en 2013, 28 % seulement de foyers disposent d’un poste téléviseur. De plus, pour qu’il soit en mesure de capter une radio satellitaire, il faut qu’il soit muni d’un décodeur et donc que son propriétaire ait un abonnement auprès d’un bouquet numérique. Le podcasting et le webcasting se sont banalisés mais nécessite une connexion Internet. Or on sait, d’après les données fournies par l’UIT en 2014, qu’on compte moins de 30 % d’usagers d’Internet en Afrique et que la plupart de ces usagers sont urbains. Si on était condamné à n’utiliser que ce moyen d’écoute on sacrifierait les 70% restants. De plus, cet accès est quasiment collectif puisqu’à peine 5 % de personnes ont Internet à domicile. Faudra-t-il aller écouter la radio dans les cybercafés ou s’en contenter au bureau ? Le téléphone portable peut y pallier, comme évoqué plus haut, mais le problème de réseau est chronique et l’absence de l’électricité empêche d’accéder aisément à un point de recharge de la batterie que l’écoute de la radio vide assez rapidement. De plus, même si la pénétration du téléphone portable est extraordinaire, penser que tous les auditeurs potentiels de la radio ont un téléphone portable est tout de même loin de la réalité.

Une nouvelle fracture numérique est donc en marche entre les zones urbaines et les campagnes mais également entre les plus aisés et les plus pauvres. La révolution technologique actuelle fondée sur les réseaux numériques secrète ou reproduit donc des inégalités socio-économiques ou sociogéographiques (Rallet et Rochelandet, 2004). La radio ne sera-t-elle pas coupée de ses publics les plus pauvres ? Ne sera-elle pas coupée également de ses publics non instruits, c’est-à-dire de ceux qui ne peuvent choisir une station sur une longue liste de fréquences proposée par le récepteur ? Les TIC provoquent des inégalités à ce niveau-là aussi et l’évolution technologique comme le développement des infrastructures ne permettent pas de combler ces écarts (Ben Youssef, 2004).

Conclusion

Au terme de ce petit bilan sur la radio numérique en Afrique occidentale, il faut reconnaître que cette avancée technologique donne des raisons d’espérer qu’une révolution positive se passe au sein du secteur radiophonique, pris dans sa globalité. Cela dit, on est obligé de reconnaître qu’il existe des risques que ce processus creuse un peu plus l’écart déjà trop grand entre les radios nanties et celles qui sont démunies et à terme à créer une nouvelle concentration. La peur est par ailleurs légitime que le rôle social des radios ne soit pas renforcé par ces nouvelles techniques tant on a le sentiment qu’elles accentuent les inégalités d’accès à ce moyen de communication qui est le plus populaire en Afrique du fait de son appropriation par des populations analphabètes et pauvres. L’adoption de cette évolution technique risque donc d’avoir des conséquences socioculturelles certaines si l’on ne privilégie que la logique techno-économique au détriment de la dimension sociale. Avec le numérique, les radios de proximité seront placées devant le paradoxe fondamental de devoir adopter une technologie qui les coupe des publics qu’elles visent à servir. Même si le discours (identitaire, social et politique) relayé par les moyens de communication communautaire n’est pas destiné exclusivement aux cadres organisationnels du groupe ou destiné à être reçu uniquement par ses membres, il est certain que le recours aux nouvelles technologies risque de diluer le lien identitaire, spatial et territorial local de la communauté (Elhajji, 2013).

Bibliographie

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ZIBI Guy. Promesses et incertitudes du marché africain de la téléphonie mobile, Secteur privé et développement, n° 4, 2009, pp. 3-6.

Notes

[1] Lancée aux États-Unis, la radio tout-numérique, Digital Audio Broadcasting (DAB), est plus économe en fréquences et de meilleure qualité sonore que la radio analogique. L’UIT a adopté la Digitale Radio Mondiale (DRM), moins coûteuse, utilisant des fréquences AM nationales ou des ondes courtes internationales, en complément du DAB.

[2] Il s’agit ici de celles qui, selon l’AMARC, appartiennent à la communauté et sont gérées par la communauté ; dont les programmes sont produits par la communauté et traitent de problèmes et d’enjeux propres à la communauté et pertinents pour celle-ci.

[3]Document  en ligne : http://portal.unesco.org/ci/en/ev.php-URL_ID=28434&URL_DO=DO_TOPIC URL_SECTION=201.html (page consultée le 04 avril 2015).

[4] Câbles sous-marins en Afrique en 2015, [en ligne], https://www.flickr.com/photos/ssong/10854190903/in/album-72157625051406818/

[5] Étude sur la connectivité internationale d’Internet en Afrique subsaharienne, UIT, 2013, p. 15.  [En ligne], https://www.itu.int/en/ITU-D/Regulatory-Market/Documents/IIC_Africa_Final-fr.pdf

[6] Document en ligne : http://www.lyngsat.com/freeradio/Africa.html, (données du 22 avril 2015).

[7] [En ligne] : http://fr.delicast.com/ (page consultée le 04 avril 2015).

[8] [En ligne] : http://tunein.com/radio/Africa-r101215 (page consultée le 04 avril 2015).

Pour citer cet article

Référence électronique

Étienne DAMOME, « Vers le tout numérique dans les radios de proximité en Afrique de l’Ouest ? Synthèse d’étape et questions », RadioMorphoses,  [En ligne], n°1 – 2016, mis en ligne le 18/11/2016, URL : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2016/05/04/vers-le-tout-numerique-dans-les-radios-de-proximite-en-afrique-de-louest-synthese-detape-et-questions/

Auteur

Étienne DAMOME est Maître de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université Bordeaux Montaigne, Laboratoire MICA.

etiennedamome@gmail.com