Andrea Cohen, Les compositeurs et l’art radiophonique, Paris, L’Harmattan, 2015, 236 pages.

Christophe DELEU

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L’on parle aujourd’hui davantage de création sonore que de création radiophonique. Il peut alors être intéressant de se demander quels liens ont tissé l’art et la radio. Si l’on sait très bien que la radio est un vecteur culturel au service des arts, en revanche que la radio soit un art elle-même est une chose moins connue, voire moins admise. Il est vrai que les programmes relevant de l’art radiophonique sont peu nombreux, et diffusés par un nombre infime de stations.

C’est donc avec le sentiment que tout ouvrage traitant de cette question est le bienvenu que l’on commence la lecture de l’ouvrage d’Andréa Cohen, musicienne, productrice de radio, et docteure en musicologie du XXème siècle et dont le premier mérite est de s’être penchée sur cette thématique.

L’auteure a voulu étudier le lien entre les compositeurs et l’art radiophonique. L’ouvrage adopte une perspective diachronique, et nous permet de comprendre comment les artistes ont investi le champ radiophonique, à l’opposé de la thèse selon laquelle la radio n’aurait été qu’au service du mercantilisme. Il est rappelé que les artistes ont apprécié la qualité plastique du son enregistré, les relations entre texte et narration, et l’oralité propre au média. Le travail des « pionniers » est largement décrit dans des chapitres qui établissent des ponts entre l’art radiophonique et les autres arts. Cet art radio, qui naît dès le début des années 1920, s’inscrit dans un mouvement plus large de décloisonnement des arts, et de révolution technologique. Les possibilités offertes par le montage correspondent bien aux orientations de mouvements tels que le cubisme. Les mouvements futuristes russe et italien (aux idéologies pourtant antagonistes) font la part belle au sonore, qui favorise de nouvelles esthétiques. Les conditions technologiques, bien que rudimentaires à cette époque, permettent une représentation inédite du monde. A travers une perspective internationale, les apports des principaux artistes sont énumérés : Vertov, Marinetti, Russolo, ainsi que les recherches menées en Allemagne sous la république de Weimar (1919-1933). Il ne reste malheureusement que peu de traces de ces œuvres, celles-ci étant généralement réalisées sur des disques dont la durée de vie était assez limitée. Seules celles réalisées sur de la pellicule cinématographique, à l’instar de Wochenende de Ruttmann (1930), peuvent encore être écoutées aujourd’hui.

L’ouvrage entame ensuite une perspective plus monographique et a le mérite de retracer une histoire de l’art radiophonique peu connue. C’est bien sûr le rôle des musiciens qui est au centre de cette étude. Le lecteur pourra ainsi savoir quel rôle ont joué des auteurs aussi différents que Pierre Schaeffer (co-inventeur avec Pierre Henry de la musique concrète), John Cage, Luciano Berio, et Mauricio Kagel. Les principales œuvres de ces créateurs sont présentées de manière didactique, et l’on aimerait entendre des extraits tout en lisant leur description.

Dans une seconde partie, Andréa Cohen s’intéresse davantage à l’élaboration formelle d’une pièce radiophonique, et aux matériaux qu’elle convoque. Les conditions de production et de diffusion d’écoute sont aussi interrogées. Cette partie, plus analytique, a pour ambition de tenter de définir ce qu’est l’art radiophonique. Il y est fait mention de l’apport de l’émission Atelier de création radiophonique sur France Culture, créée en 1969, et des recherches menées par la radio allemande WDR3. Cette partie se heurte à des difficultés relatives aux recherches sur l’esthétique. L’on suit l’auteure dans certaines de ses tentatives de catégorisation (les matériaux radiophoniques découpés en « voix », « bruits » et « musique »). Mais d’autres classifications peuvent être interrogées. « L’organisation des sons » est ainsi composée, pour l’auteure, de « sons concrets », de « sons en situation », « d’archétypes sonores », et de « citations musicales et textuelles ». Pourquoi pas, mais la typologie aurait mérité davantage de développements, et une illustration par un corpus d’œuvres. Les mêmes remarques pourraient accompagner la présentation de certains genres radiophoniques (le documentaire, la fiction, le hörspiel) dont les tentatives de définition restent trop brèves. Dans cette partie, le véritable thème de l’ouvrage n’apparaît finalement qu’assez tardivement, et assez secondairement. L’auteur interroge alors les raisons qui ont conduit les compositeurs (Bayle, Frize, Ferrari, Rosset, Roudier…) à investir le champ de la radio. Mais cette partie pêche par son laconisme, et s’avère assez descriptive. On aurait aimé les mêmes développements que ceux de la première partie. Ce livre est l’adaptation d’une thèse académique en musicologie du XXe siècle, qui a été forcément réduite et adaptée pour sa publication. Le lecteur exigeant et passionné par le sujet aura certainement la ressource de se tourner vers le texte initial pour trouver réponses aux questions posées ci-dessus.

Pour citer cet article

Référence électronique

Christophe DELEU, « Andrea Cohen, Les compositeurs et l’art radiophonique, Paris, L’Harmattan, 2015, 236 pages. », RadioMorphoses, [En ligne], n°1 – 2016, mis en ligne le «18/11/2016», URL: http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2016/05/30/andrea-cohen-les-compositeurs-et-lart-radiophonique-paris-lharmattan-2015-236-pages/

Auteur

Christophe DELEU est Professeur en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Strasbourg (SAGE -UMR CNRS 7363).

Courriel : lalointaine@gmail.com

Visibilité des femmes à la radio en 2015. Stéréotypes et discriminations. Compte-rendu du projet GMMP 2015 pour le pôle radio

Béatrice DONZELLE

Anne-Caroline FIÉVET

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Le projet GMMP (Global Media Monitoring Project) regroupe des volontaires d’une centaine de pays dans le monde (114 en 2015) dans le but d’étudier la présence des femmes dans les médias. Ce projet est piloté par l’ONG internationale WACC (World Association for Christian Communication), en collaboration avec MMA (Media Monitoring Africa). Il existe depuis 1995 et a lieu tous les 5 ans.

Pour la France, la 4ème édition (2015)  a été coordonnée par Cécile Méadel et a consisté en l’analyse de la presse, la radio, la télévision et les médias électroniques (Internet et twitter). Le pôle radio était constitué de six monitrices : Laetitia Biscarrat (coordinatrice), Cégolène Frisque, Cécile Gréboval ainsi que, pour le GRER, Béatrice Donzelle, Anne-Caroline Fiévet et Isabel Guglielmone.

C’est la date du 25 mars qui a été choisie (date commune à tous les pays). Nous avons décidé de monitorer la tranche d’information matinale de huit radios, six radios nationales (BFM Business, Europe 1, France Info, France Culture, RMC et RTL) et deux radios régionales (France Bleue Provence et Hitwest). Le monitorage consiste d’une part à noter qui parle et de qui on parle (homme/femme ; analyse quantitative) et, d’autre part, de relever les stéréotypes récurrents qui mettent en scène les femmes (comme, par exemple, le fait de les présenter comme des ménagères plutôt que comme des personnes occupant des postes à responsabilité ; analyse qualitative).

Nous allons présenter les résultats quantitatifs obtenus en 2015 pour la radio et les mettre en perspective d’une part avec les résultats obtenus en 2010 et d’autre part avec ceux obtenus dans les pays frontaliers en partie francophones (Belgique, Luxembourg et Suisse) et avec les résultats mondiaux. Nous envisagerons la présentation de ces résultats selon deux axes : les femmes comme sources de nouvelles à la radio et les femmes journalistes à la radio.

Les femmes comme sources des nouvelles à la radio

Pour la France, le pourcentage de femmes qui sont les sources de nouvelles à la radio a baissé entre 2010 et 2015, il est passé de 29% à 23%. Il est en légère augmentation pour les deux autres médias traditionnels, passant de 21% à 22% pour la presse et de 35% à 38% pour la télévision.

Tableau 1. Pourcentage de femmes sources des nouvelles dans les médias français en 2010[1] et 2015[2].

Radio Presse Télévision
2010 2015 2010 2015 2010 2015
Femmes sources des nouvelles 29% 23% 21% 22% 35% 38%

Si on compare ces résultats avec ceux des pays frontaliers en partie francophones, on constate que le pourcentage de femmes sources des nouvelles en 2015 est le même en France, en Belgique et en Suisse (23%). Depuis 2010, il a quelque peu baissé en Belgique (s’élevait à 25%) et a très légèrement augmenté en Suisse (s’élevait à 22%). Au Luxembourg, ce pourcentage est seulement de 18% en 2015 (17% en 2010). Notons que, pour la Belgique, c’est le rapport de la partie francophone qui a été étudié (il existe un autre rapport pour les Flandres), donc les radios monitorées sont exclusivement francophones alors que pour la Suisse et le Luxembourg, les radios monitorées peuvent être en français ou dans une langue du pays (allemand, italien, luxembourgeois…).

Tableau 2. Pourcentage de femmes sources des nouvelles à la radio en Belgique, au Luxembourg et en Suisse en 2010 et 2015.

  Belgique Luxembourg Suisse
  2010[3] 2015[4] 2010[5] 2015[6] 2010[7] 2015[8]
Femmes sources des nouvelles 25% 23% 17% 18% 22% 23%

Les résultats pour la France, la Belgique et la Suisse sont un peu au-dessus de la moyenne mondiale qui est de 21% en 2015 (22% en 2010).

Tableau 3. Pourcentage de femmes sources des nouvelles à la radio, résultats mondiaux, en 2010 et 2015.

2010[9] 2015[10]
Femmes sources des nouvelles 22% 21%

 

Les femmes journalistes à la radio

Pour la radio, en France, le taux de journalistes femmes (présentatrices et reporters confondues) chute considérablement puisqu’il passe de 53% en 2010 (où il était le média traditionnel qui comportait le plus de femmes journalistes proportionnellement) à 28% en 2015. Pour la presse, ce pourcentage est stable (48%) et pour la télévision, il est en augmentation (passant de 36% de femmes journalistes en 2010 à 44% en 2015).

Tableau 4. Pourcentage de femmes journalistes dans les médias français en 2010 et 2015

  Radio Presse Télévision
  2010 2015 2010 2015 2010 2015
Femmes journalistes 53% 28% 48% 48% 36% 44%

Si on compare de nouveau ce pourcentage avec celui obtenu en Belgique, au Luxembourg et en Suisse, on constate que, cette fois, c’est le Luxembourg qui obtient le pourcentage le plus élevé de femmes journalistes radio (55% ; pas de pourcentage disponible pour 2010). Ce pourcentage a fortement baissé en Suisse (passant de 42% en 2010 à 30% en 2015), il a quelque peu augmenté en Belgique mais est relativement bas (passant de 27% en 2010 à 29% en 2015).

Tableau 5. Pourcentage de femmes journalistes dans les radios en Belgique, Luxembourg et Suisse en 2010 et 2015

  Belgique Luxembourg Suisse
  2010 2015 2010 2015 2010 2015
Femmes journalistes 27% 29% 55% 42% 30%

Au niveau mondial, les pourcentages de femmes sont globalement plus élevés que ceux obtenus pour la France, la Belgique ou la Suisse. Les différents tableaux ou résultats ici mentionnés sont issus du rapport mondial de monitorage des médias 2015. Entre 2010 et 2015, le pourcentage de femmes présentatrices a eu tendance à baisser (passant de 45% en 2015 à 41% en 2010) alors que le pourcentage de femmes reporters radio a augmenté (passant de 37% à 41%).

Tableau 6. Pourcentage de femmes journalistes dans le monde en 2010 et 2015

  2010 2015
Présentatrices radio 45% 41%
Femmes reporters radio 37% 41%

Les disparités sont fortes : ces pourcentages sont élevés pour les pays du Pacifique (61%) ou de l’Asie (51%) ce qui pourrait «  s’expliquer par le fait qu’un plus grand nombre de femmes agissent à titre de lectrices de nouvelles ou de présentatrices, alors que leur nombre est beaucoup plus faible en tant que reporters ». L’Amérique latine (36%) et surtout l’Amérique du Nord (26%) occupent le bas du tableau, alors que l’Europe se situe dans la moyenne (41%).

Tableau 7. Visibilité des femmes journalistes radio dans le monde en 2015, classement géographique 

Région du monde % de femmes journalistes à la radio en 2015
Pacifique 61%
Asie 56%
Moyen-Orient 50%
Caraïbes 45%
Afrique 44%
Europe 40%
Amérique latine 36%
Amérique du Nord 26%

 

Discussion et perspectives

Le projet GMMP comporte également une partie qualitative : il est demandé aux monitrices et moniteurs de relever les cas de reportages manifestement stéréotypés, ceux qui sont stéréotypés de manière plus subtile, les occasions manquées (qui auraient pu comporter une référence au genre et qui ne l’ont pas fait), les reportages qui contestent les stéréotypes, ceux qui démontrent l’impact différentiel de situations particulières sur les femmes et sur les hommes et enfin les reportages qui mettent en lumière des problèmes touchant à l’égalité ou à l’inégalité entre les femmes et les hommes. Tous les pays ne présentant pas ces résultats qualitatifs dans leur rapport final, voici les trois exemples qui ont pu être relevés pour la radio :

  • En 2015, les monitrices françaises [11] ont pu mettre au jour un stéréotype léger sur Europe 1 lors d’un reportage qui relate une émission de télévision destinée à aider les personnes à trouver un logement : deux femmes y sont présentées de façon dénigrante, le reportage insistant sur leur âge et sur leur apparence.
  • En 2010, en France [12], c’est un reportage contestant les stéréotypes qui avait été mis en avant dans le rapport final : sur France Info, une journaliste fait un reportage sur la sortie du film Twilight et évoque des fans « adolescents » et non « adolescentes » comme cela aurait pu être attendu.
  • Le rapport luxembourgeois de 2015 [13] décrit une situation d’occasion manquée : sur radio 100.7, lors d’un reportage sur une affaire juridique mettant en cause une chaîne de restaurants américaine, une journaliste précise que cette chaîne n’emploie que du personnel féminin et lui impose une tenue légère. Or, dans l’émission des informations du soir, un journaliste de sexe masculin ne reprend pas cette information.

Les résultats obtenus pour la radio en 2015 sont-ils alarmants ? Au niveau mondial, les chiffres n’ont que peu évolué depuis 2010, ce qui confirme l’idée d’un « plafond de verre [14] » atteint depuis une dizaine d’années. Pour la France, si le pourcentage de femmes sources des nouvelles est proche de la moyenne mondiale, celui des femmes journalistes a baissé de façon très inquiétante (passant de 53% à 28%). Notons toutefois qu’il est proche des pourcentages relevés en Belgique (29%) et en Suisse (30%). En France, ce chiffre de 28% est peut-être dû au fait que les radios monitorées en 2015 ne sont pas tout à fait les mêmes qu’en 2010. En effet, comme le montre le tableau 8, deux radios nationales privées (BMF Business et RMC) ont été ajoutées entre 2010 et 2015 et une radio nationale publique a été retirée (France Inter), laissant certes la place à une radio régionale publique (France Bleue Provence). Si on ajoute à cela le fait que le personnel de Radio France était en grève le 25 mars 2015 et qu’il n’y a donc pas eu de reportages (donc potentiellement de reporters femmes), cela pourrait expliquer pourquoi ce pourcentage est aussi bas, Radio France étant de tradition plus ouverte aux femmes que les radios privées.

Tableau 8. Radios étudiées pour GMMP en France, comparaison entre 2010 et 2015

2010 2015
Radio nationales privées RTL

Europe 1

RTL

Europe 1

BFM Business

RMC

Radios nationales publiques France Info

France Culture

France Inter

France Info

France Culture

Radios régionales privées Hit West Hit West
Radio régionales publiques France Bleue Provence

Pour le savoir, il faudrait mener d’autres études, sans attendre 2020 et le prochain GMMP. En 2010, Marlène Coulomb-Gully proposait qu’un baromètre annuel [15] soit mis en place afin de pouvoir tester les médias dans leur représentation du Genre. Pour la radio, ces études pourront être poursuivies dans le cadre des travaux du Groupe de recherches et d’études sur la radio.

Notes

[1] Marlène Coulomb-Gully, Projet mondial de monitorage des médias 2010. Rapport national France. http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Imported/reports_2010/national/France.pdf

[2] Cécile Méadel, Projet mondial de monitorage des médias 2015. Rapport national France. http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Imported/reports_2015/national/France.pdf

[3] Martine Simonis, Halima El Haddadi, Projet mondial de monitorage des médias 2010. Rapport national Belgique (francophone). http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Imported/reports_2015/national/Belgique_FR.pdf

[4] Martine Simonis, Halima El Haddadi, Projet mondial de monitorage des médias 2015. Rapport national  Belgique (francophone). http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Imported/reports_2015/national/Belgique_FR.pdf

[5] Marlies Hesse, Medien Beobachtung 2010 in Luxembourg, Frauenpräsenz in den Nachrichten. http://www.cnfl.lu/site/Medienbeobachtung%202010%20in%20Luxemburg_Anmerkungen.pdf

[6] Christa Brömmel, Anik Raskin, Projet mondial de monitorage des médias 2015. Rapport national Luxembourg. http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Imported/reports_2015/national/Luxembourg.pdf

[7] Carolina Carvalho Arruda, Sylvie Durrer, Qui fait les nouvelles en Suisse ? Supplément au projet mondial de monitorage des médias, 2010. http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Reports/Suisse_-Fr.pdf

[8] Maria Pilotto, Switzerland Global Media Monitoring Project 2015, national report. http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Imported/reports_2015/national/Switzerland.pdf

[9] Sarah Macharia, Dermot O’Connor, Lilian Ndangam, Rapport GMMP, Projet mondial de monitorage des médias 2010. http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Imported/reports_2010/global/gmmp_global_report_fr.pdf

[10] Sarah Macharia, Rapport GMMP, Projet mondial de monitorage des médias 2015. http://cdn.agilitycms.com/who-makes-the-news/Imported/reports_2015/global/gmmp_global_report_fr.pdf

[11] Cécile Méadel, 2015, op.cit., p.27

[12] Marlène Coulomb-Gully, 2010, op.cit., p.13

[13] Christa Brömmel, Anik Raskin, 2015, op.cit., p.26-27

[14] Sarah Macharia, 2015, Op.cit.,  p.54.

[15] Marlène Coulomb-Gully, 2010, op.cit., p.14

Pour citer cet article

Référence électronique

Béatrice DONZELLE, Anne-Caroline FIÉVET, «Visibilité des femmes à la radio en 2015. Stéréotypes et discriminations. Compte-rendu du projet GMMP 2015 pour le pôle radio», RadioMorphoses, [En ligne], n°1 – 2016, mis en ligne «18/11/2016», URL :   http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2016/05/30/compte-rendu-du-projet-gmmp-2015-pour-le-pole-radio/

Auteures

Béatrice DONZELLE est Docteure en Histoire culturelle, ATER à l’IUT MMI de Mulhouse.

Courriel : beadonzelle@yahoo.fr

Anne-Caroline FIÉVET, est Docteure en linguistique, ingénieure de recherche EHESS Paris.

Courriel : anne-caroline.fievet@ehess.fr

La radio en Afrique au XXIème siècle: mutations et enjeux.

APPEL A CONTRIBUTIONS

La radio en Afrique au XXIème siècle: mutations et enjeux. Revue RadioMorphoses

Coordination : Etienne DAMOME (Université Bordeaux Montaigne), Sylvie CAPITANT (Université Paris 1), Nozha SMATI (Université Lille3)

Alors que le continent Africain a été durablement présenté comme un espace privilégié du média radiophonique, les mutations profondes que connait le secteur médiatique, en Afrique comme ailleurs, tendent à redéfinir les pratiques, les usages et les modalités de fonctionnement de la radio en Afrique au début de ce XXIème siècle.

Les évolutions sont d’abord structurelles. Le secteur radiophonique, hérité de la libération des ondes des années 1990, est désormais relativement stabilisé. Mais beaucoup de radios, dans leur diversités (commerciales, associatives, publiques, religieuses) restent fragiles et peinent à définir un modèle économique durable dans un contexte de raréfaction des ressources extérieures, de modestie du secteur économique intérieur tout particulièrement dans les pays francophones, et une relance de la concurrence avec les projets d’informations numériques. Un tiers secteur – qui n’a pas fini de s’inventer – s’est aussi développé. Divers acteurs de la société civile (associations, ONG, groupes religieux) font preuve d’une grande imagination pour couvrir tous les domaines de la vie sociale et culturelle. Des stations communautaires et associatives de toutes sortes contribuent ainsi à rapprocher encore plus la radio des populations et à faciliter son appropriation par les couches les plus populaires des sociétés africaines contemporaines.

Les mutations sont également technologiques. Le processus de numérisation est inconditionnellement en marche. Cependant il est loin d’être uniforme et d’engager le secteur dans sa globalité. Il existe en effet des inégalités parfois très grandes d’accès aux nouveaux équipements à l’échelle régionale, les radios de certains pays étant plus avancées que celles d’autres pays. Ce décalage existe aussi à l’intérieur d’un même pays, l’accès aux nouvelles normes techniques étant favorable à une minorité de promoteurs de radios qui ont les moyens de s’équiper et défavorable à une majorité constituée de promoteurs de radios associatives ou communautaires et de radios privées locales. Les inégalités existent par ailleurs entre les milieux urbains et les milieux ruraux, plus précisément entre capitales/grandes métropoles et le reste des territoires, notamment à cause de l’inégalité au niveau des équipements électriques.

Ces mutations technologiques ont des implications culturelles par la redéfinition du rapport au local qu’elles engendrent. Les TIC renouvellent considérablement aujourd’hui les audiences en donnant aux radios locales une diffusion internationale, grâce à la réception par les membres des différentes communautés linguistiques disséminés dans la diaspora. En même temps, elles renforcent leur ancrage local et identitaire, grâce à une couverture améliorée du territoire. Mais les TIC transforment aussi les formes de participation, le développement de la
téléphonie mobile ayant fait revenir à la radio des publics plus jeunes et plus urbains, tentés par l’écoute en mobilité, et renouvelé les moyens d’une co-construction de contenus médiatiques.
Les usages des TIC et du numérique créent de nouvelles pratiques professionnelles et médiatiques. On peut évoquer les tâches spécifiques liées à la diffusion sur Internet ou sur satellite. Mais il faut surtout noter l’intégration de plus en plus importante du téléphone mobile dans la production et la diffusion de l’information. Si ce nouvel outil «dupauvre » permet aux stations de contourner les limites imposées par le manque de matériel professionnel performant, il pose problème àceux qui désirent des produits radiophoniques de qualité. Par ailleurs, il semble avoir fragilisé un peu plus la sécurité des journalistes en rendant plus facilement accessibles leurs données privées.

Enfin, les mutations sont aussi de nature sociale et politique. Les radios, malgré la montée en force d’autres outils d’information, sont les médias qui utilisent le plus les langues nationales africaines, se dotant ainsi d’une force de proximité et de diffusion inestimable. Les radios se sont aussi montrées capables d’assurer un rôle capital dans bon nombre de soulèvements populaires récents, les exemples burkinabè et burundais, bien que très différents, en sont une illustration frappante. Aussi dans le contexte postrévolutionnaire au Maghreb, le lancement de nouvelles radios constitue t-il un levier pour la promotion de la liberté d’expression et du processus de transition démocratique. En Tunisie, la créationde radios privées et associatives, soutenues par des organismes nationaux et internationaux, contribue à la diversification du secteur audiovisuel. En dépit des multiples contraintes (juridiques, techniques, économiques, etc.) qui entravent leur fonctionnement, la naissance de ces radios est significative d’autant plus que la culture associative et citoyenne est récente dans ce pays. Le foisonnement de ces médias, acteurs de la transition démocratique et de contre-pouvoir, reflète in fine une forte aspiration citoyenne à une information alternative et pluraliste, à une voix dissonante aux médias dominants.

La radio, loin d’être reléguée dans les bois sacrés de la tradition, se renouvelle et s’adapte. Le dossier invite les chercheurs et les professionnels à réfléchir sur les pratiques et les enjeux de ces métamorphoses.

Espaces géographiques

Malgré la diversité des situations, ce dossier s’intéresse à l’Afrique dans sa globalité dans le but de faire apparaître les spécificités sous régionales et parfois même nationales. Les données de l’Afrique du Nord sont autant attendues que celles de l’Afrique subsaharienne. Par ailleurs les exemples des pays anglophones ou lusophones seront particulièrement appréciés, surtout s’ils permettent une comparaison avec ceux de l’Afrique francophone.

Axes thématiques

Ce dossier souhaite interroger chercheurs et professionnels sur toutes ces questions et celles qui leur sont liées à travers cinqaxes principaux.

Axe 1:

Mutations structurelles, stratégiques et règlementaires Qu’en est-il de la place de la radio aujourd’hui en Afrique ? Est-elle toujours le média roi ou les autres médias, sociaux ou non, sont-ils en train de la reléguer aux seules zones rurales ? Voit-on se mettre en place des stratégies médiatiques sur le long terme? Invente-t-on des
modèles économiques viables ? Y a-t-il des formes innovantes de gouvernance en particulier dans les radios du tiers secteur? La régulation a-t-elle suivi ces évolutions ?

Axe 2:

Conséquences sociales, culturelles et juridiques des mutations liées au numérique Quels sont les exemples de numérisation réussie? Dans quelle mesure cette évolution pourrait-elle présenter de nouvelles opportunités pour le paysage radiophonique africain et en même temps maintenir l’ancrage local et le lien privilégié avec le public africain ? Quels sont les risques pour la perte d’identité des radios communautaires ? Quelle possibilité pour les radios privées de conserver la main sur leur diffusion dans des pays autoritaires ?

Axe 3 :

Implications des mutations technologiquessur la réception Quels publics ? Quelles formes de participationles TIC permettent-elles? Quelles incidences ont-elles sur l’accès aux contenus informationnels ? Quelles productions citoyennes d’informations enregistre-t-on? Quels nouveaux usages citoyens de la radio observe-t-on? Par ailleurs, y a-t-il une réelle amélioration des conditions de réception?Quelles catégories de la société en bénéficient le plus?

Axe 4 :

Transformations des pratiques professionnelles Quels sont les différents usages et appropriations des TIC en journalisme radiophonique ? Quels impacts ces usages ont-ils sur les pratiques et identités professionnelles? Y a-t-il des risques pour une information de moindre qualité ? Y a-t-il des risques pour un bon exercice du métier et pour la sécurité personnelle du journalisteradio ? Quels rapports les journalistes entretiennent-ils avec leurs sources et leurs publics ?

Axe 5:

Rôle politique et socialdes radios? Quel rôle des radios dans les crises politiques et sociales? La place des acteurs radiophoniques dans l’espace public ? Leur capacité à soutenir des débats démocratiques ou alors à renforcer les oppositions? Leur capacité à faire dialoguer? Leur capacité à la redevabilité des acteurs politiques et économiques ? Se sont-elles autonomisées de l’approche très prégnante des bailleurs de fonds qui les lient au projet développementaliste?

Soumission et procédure d’évaluation

L’évaluation sera assurée en double aveugle par le comité de lecture sur la base d’un résumé en français ou en anglais de 3500 signes au format Word comportant un titre, le nom de (des) auteur-e(s), son affiliation universitaire, ses coordonnées complètes. L’auteur précisera la problématique, les objectifs ainsi que quelques références bibliographiques. Les consignes de rédaction et recommandations aux auteurs sont disponibles sur le carnet de recherche

RadioGraphy:http://f.hypotheses.org/wpcontent/blogs.dir/1185/files/2015/07/ICI.pdf

Les propositions sont à adresser au plus tard le 15 décembre 2015 aux trois adresses suivantes:

etiennedamome@gmail.com;

sylviecapitant@rocketmail.com;

nozha.smati@univ-lille3.fr

Calendrier

15décembre2015 : soumission du résumé

15janvier 2016: Sélection des propositions et notifications aux auteurs

15 mars 2016 : remise des articles intégraux (entre 30000 et 35000 signes espaces, notes et bibliographie compris)

Comité de lecture

ANTOINE Frédéric, UniversitéLouvain-la-Neuve, Belgique

AMSIDDER Abderrahmane, Université IBN Zohr Agadir, Maroc

ASSOGBAHenri, Université de Laval, Canada

AW Rokaya Eugénie, CESTI, Sénégal.

BART Annie, Université Bordeaux Montaigne, France

CANDEL Etienne, Université Paris 4, France

DA LAGE Émilie, Université Lille 3, France

FAURÉ Laurent,Université de Montpellier, France

FRÈRE Marie-Soleil, Université de Bruxelles, Belgique

GAZI Angeliki, Université de Limassol, Chypre

GUAYBESS Tourya, Université de Lorraine, France

KIYINDOU Alain, Université Bordeaux Montaigne, France

MEYER Vincent, Université de Nice Sophia Antipolis, France

SANTOS SAINZ Maria, Université Bordeaux Montaigne, France

STARKEY Guy, Université de Sunderland, Royaume-Uni

ZAMIT Fredj, Université de la Manouba, Tunisie

 

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N°1|2016 : Pascal Ricaud et Nozha Smati

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Un résumé en français, en anglais  et en espagnol n’excédant pas 10 lignes + 5 à 6 mots clés.

  • Pour la rubrique Varia

Les auteurs soumettent une proposition d’article de 500 mots dans la langue de publication (français, anglais ou espagnol). Une fois la proposition retenue, la rédaction informe les auteurs des délais et modalités de soumission de leurs textes (ne doivent pas dépasser 25000 signes espaces et bibliographie compris) et un résumé en français et en anglais (10 lignes max)

  • Pour les notes de lecture

Elles peuvent être proposées spontanément sur des ouvrages consacrés aux études radiophoniques et/ou sonores. Les textes ne doivent pas dépasser 10000 signes espaces compris. Sont attendues des notes de lecture permettant dans une perspective descriptive, critique et analytique de faire comprendre aux lecteurs l’intérêt de l’ouvrage chroniqué et de préciser ses limites.

  • Pour les positions de thèses

Elles peuvent être proposées spontanément sur des thèses soutenues consacrées aux études radiophoniques et/ou sonores. L’auteur de la thèse précisera la date et lieu de soutenance, la discipline, le directeur de thèse et explicitera de manière synthétique l’objet d’étude, la problématique, l’approche théorique, la méthodologie, le terrain, les principaux résultats de la recherche. Les textes ne doivent pas dépasser 8000 signes espace compris.

Consignes typographiques

Les majuscules doivent être accentuées le cas échéant. À. É. È.

Les caractères gras sont réservés principalement aux titres et sous-titres.

Les graphiques, figures et/ou photos sont numérotés en continu avec obligation de références (mettre une légende et un titre conformes au copyright).

Tous  les  paragraphes  (titres  en  gras,  petits  caractères)  seront  distincts  avec  un  seul  espace.  La segmentation en 2,  voire en  3 niveaux de titres, est suffisante et sans numérotation. Titre 1(14 Times gras), Titre 2 (12 Times gras)

Les  notes,  brèves  de  préférence,  figureront  en  fin  d’article  avec  appel  de  note  automatique  continu (1,2,…5). L’article ne devra pas avoir plus de 10 notes.

Les graphiques, figures et/ou photos sont numérotés en continu avec obligation de références, de mettre une légende et un titre
conformes au copyright.

En cas de recours à l’Alphabet Phonétique International, utiliser gratuitement les symboles sur le site : http://www.sil.org/computing/fonts/encore-ipa.html

Citations et normes bibliographiques

Les  citations  sont  caractères  standards  (droits)  et  entre  guillemets  dans  le  corps  du  texte.  Utiliser impérativement  les  guillemets  «  à  la  française  », comme  ici.  Pour  un  mot  ou  un  ensemble  de  mots entre guillemets à l’intérieur d’une citation on utilisera les guillemets à l’anglaise  » « 

 Toute suppression ou coupure dans une citation doit être signalée par […]

Les références à des ouvrages ou articles sont à insérer dans le corps du texte (et non en note de bas de page) et entre parenthèses
en minuscule, le nom de l’auteur, la date de publication de l’ouvrage, et le numéro de la page citée (ex : Cheval, 2009 :10)

La  bibliographie en  fin  d’article  (sans  alinéa, 15  références  maximum) s’en  tiendra  principalement aux ouvrages  cités  dans  l’article  et  s’établira  par  classement  alphabético-chronologique  des  noms propres.

Pour un ouvrage : NOM Prénom. Titre de l’ouvrage, lieu : éditeur, collection (s’il y en a une), année, nombre de pages.

Pour un article de revue : NOM Prénom. Titre d’article, Titre de revue ou de périodique, volume, n°, date, pagination (ex : pp.5-20)

Pour une contribution à un ouvrage collectif : NOM Prénom. Titre de l’article, In Nom, Prénom (dir.), Titre de l’ouvrage, lieu : éditeur, pagination.

Pour une référence électronique : NOM Prénom. Titre de l’article. Nom du site. [En ligne]. Éditeur, (date de consultation). Disponibilité et accès (URL)

 

Appels à contribution

La radio en Afrique au XXIème siècle: mutations et enjeux.

Coordination  :  Etienne  DAMOME  (Université  Bordeaux  Montaigne), Sylvie CAPITANT (Université Paris 1), Nozha SMATI (Université Lille 3)

Alors  que  le continent  Africain  a  été  durablement  présenté comme un  espace  privilégié  du  média radiophonique, les mutations profondes que connait le secteur médiatique, en Afrique  comme  ailleurs,  tendent  à  redéfinir  les  pratiques,  les  usages  et  les  modalités  de  fonctionnement de la radio en Afrique au début de ce XXIème siècle.

Les évolutions sont d’abord structurelles. Le secteur radiophonique, hérité de la libération des ondes des années 1990, est désormais relativement stabilisé. Mais beaucoup de radios, dans leur diversités (commerciales, associatives, publiques, religieuses) restent fragiles et peinent à définir  un  modèle  économique  durable  dans  un  contexte  de  raréfaction  des  ressources extérieures, de modestie du secteur économique intérieur tout particulièrement dans les pays francophones, et une relance de la concurrence avec les projets d’informations numériques.

Un tiers secteur – qui n’a pas fini de s’inventer – s’est aussi développé. Divers acteurs de la société  civile  (associations, ONG, groupes  religieux)  font  preuve  d’une  grande  imagination pour couvrir tous les domaines de la vie sociale et culturelle. Des stations communautaires et associatives  de  toutes  sortes  contribuent  ainsi  à rapprocher  encore  plus  la radio  des populations  et  à  faciliter  son  appropriation  par  les  couches  les  plus  populaires  des sociétés africaines contemporaines.

Les  mutations  sont  également technologiques.  Le  processus  de  numérisation  est inconditionnellement en marche. Cependant il est loin d’être uniforme et d’engager le secteur dans sa globalité. Il existe en effet des inégalités parfois très grandes d’accès aux nouveaux équipements à l’échelle régionale, les radios de certains pays étant plus avancées que celles d’autres pays. Ce décalage existe aussi à  l’intérieur d’un même pays,  l’accès aux  nouvelles normes techniques étant favorable à une minorité de promoteurs de radios qui ont les moyens  de s’équiper et défavorable à une majorité constituée de promoteurs de radios associatives ou communautaires  et  de  radios  privées  locales. Les  inégalités  existent par  ailleurs  entre  les milieux urbains et les milieux ruraux, plus précisément entre capitales/grandes métropoles et le  reste  des  territoires,  notamment  à  cause  de  l’inégalité  au  niveau  des  équipements  électriques.

Ces mutations technologiques ont des implications culturelles par la redéfinition du rapport au local qu’elles engendrent. Les TIC renouvellent considérablement aujourd’hui les audiences en  donnant  aux  radios  locales  une  diffusion  internationale,  grâce  à  la  réception  par  les membres  des  différentes  communautés  linguistiques  disséminés  dans  la  diaspora. En  même temps, elles renforcent leur ancrage local et identitaire, grâce à une couverture améliorée du

territoire. Mais les TIC transforment aussi les formes de participation, le développement de la téléphonie mobile ayant fait revenir à la radio des publics plus jeunes et plus urbains, tentés par  l’écoute  en  mobilité, et  renouvelé les  moyens  d’une  co-construction  de  contenus médiatiques.

Les  usages  des  TIC  et  du  numérique  créent  de  nouvelles  pratiques  professionnelles  et médiatiques.  On  peut  évoquer  les  tâches  spécifiques  liées  à la  diffusion  sur  Internet  ou  sur satellite.  Mais  il  faut  surtout  noter  l’intégration  de  plus  en  plus  importante  du  téléphone mobile dans  la production et  la diffusion de  l’information. Si  ce  nouvel outil  « du pauvre » permet  aux  stations  de  contourner  les  limites  imposées  par  le  manque  de matériel professionnel performant, il pose problème à ceux qui désirent des produits radiophoniques de qualité. Par ailleurs, il semble avoir fragilisé un peu plus la sécurité des journalistes en rendant plus facilement accessibles leurs données privées.

Enfin, les mutations sont aussi de nature sociale et politique. Les radios, malgré la montée en force d’autres outils d’information, sont les médias qui utilisent le plus les langues nationales africaines, se dotant ainsi d’une force de proximité et de diffusion inestimable. Les radios se sont  aussi  montrées capables  d’assurer  un  rôle  capital  dans  bon  nombre  de  soulèvements populaires récents, les exemples burkinabè et burundais, bien que très différents, en sont une illustration frappante. Aussi dans le contexte postrévolutionnaire au Maghreb, le lancement de nouvelles  radios  constitue  t-il  un  levier  pour  la  promotion de  la  liberté d’expression  et  du processus de transition démocratique. En Tunisie, la création de radios privées et associatives, soutenues par  des  organismes nationaux  et  internationaux,  contribue  à  la  diversification  du secteur audiovisuel. En dépit des multiples contraintes (juridiques, techniques, économiques, etc.) qui entravent leur fonctionnement, la naissance de ces radios  est significative d’autant plus que la culture associative et citoyenne est récente dans ce pays. Le foisonnement de ces

médias, acteurs  de  la  transition  démocratique  et de contre-pouvoir,  reflète  in  fine  une  forte aspiration citoyenne  à  une  information  alternative et  pluraliste,  à  une  voix  dissonante aux médias dominants.

La radio, loin d’être reléguée dans les bois sacrés de la tradition, se renouvelle et s’adapte. Le dossier invite les chercheurs et les professionnels à réfléchir sur les pratiques et les enjeux de ces métamorphoses.

Espaces géographiques

Malgré la diversité des situations, ce dossier s’intéresse à l’Afrique dans sa globalité dans le but de faire apparaître les spécificités sous régionales et parfois même nationales. Les données de l’Afrique du Nord sont autant attendues que celles de l’Afrique subsaharienne. Par ailleurs les exemples des pays anglophones ou lusophones seront particulièrement appréciés, surtout s’ils permettent une comparaison avec ceux de l’Afrique francophone.

Axes thématiques

Ce dossier souhaite interroger chercheurs et professionnels sur toutes ces questions et celles qui leur sont liées à travers cinq axes principaux.

Axe1 : Mutations structurelles, stratégiques et règlementaires

Qu’en est-il de la place de la radio aujourd’hui en Afrique ? Est-elle toujours le média roi ou les autres médias, sociaux ou non, sont-ils en train de la reléguer aux seules zones rurales ?

Voit-on  se  mettre  en  place  des  stratégies  médiatiques  sur  le  long  terme ? Invente-t-on  des modèles économiques viables ? Y a-t-il des formes innovantes de gouvernance en particulier dans les radios du tiers secteur ? La régulation a-t-elle suivi ces évolutions ?

Axe2 : Conséquences sociales, culturelles et juridiques des mutations liées au numérique

Quels  sont  les  exemples  de  numérisation  réussie ?  Dans  quelle  mesure  cette  évolution pourrait-elle présenter de nouvelles opportunités pour le paysage radiophonique africain et en même temps maintenir l’ancrage local et le lien privilégié avec le public africain ? Quels sont les  risques  pour  la  perte  d’identité  des  radios  communautaires ?  Quelle  possibilité  pour  les radios privées de conserver la main sur leur diffusion dans des pays autoritaires ?

Axe3 : Implications des mutations technologiques sur la réception

Quels publics ? Quelles formes de participation les TIC permettent-elles ? Quelles incidences ont-elles  sur  l’accès  aux  contenus  informationnels ?  Quelles  productions  citoyennes d’informations enregistre-t-on ?  Quels  nouveaux  usages citoyens  de  la  radio observe-t-on ?

Par ailleurs,  y  a-t-il une réelle amélioration des conditions de réception ? Quelles catégoriesde la société en bénéficient le plus ?

Axe4 : Transformations des pratiques professionnelles

Quels  sont  les  différents  usages  et  appropriations  des TIC  en  journalisme  radiophonique ?

Quels impacts ces usages ont-ils sur  les pratiques et identités professionnelles ? Y a-t-il des risques pour une information de moindre qualité ? Y a-t-il des risques pour un bon exercice du métier  et  pour  la  sécurité  personnelle  du  journaliste radio  ?  Quels  rapports  les  journalistes entretiennent-ils avec leurs sources et leurs publics?

Axe 5 : Rôle politique et social des radios ?

Quel  rôle  des  radios  dans  les  crises  politiques  et  sociales ?  La  place  des  acteurs radiophoniques dans l’espace public ? Leur capacité à soutenir des débats démocratiques ou alors  à  renforcer  les  oppositions ?  Leur  capacité  à  faire  dialoguer ?  Leur  capacité  à  la redevabilité des acteurs politiques et économiques ? Se sont-elles autonomisées de l’approche très prégnante des bailleurs de fonds qui  les lient au projet développementaliste ?

Soumission et procédure d’évaluation

L’évaluation sera assurée en double aveugle par le comité de lecture sur la base d’un résumé en français ou en anglais de 3500 signes au format Word comportant un titre, le nom de (des) auteur-e(s),  son  affiliation  universitaire,  ses  coordonnées  complètes.  L’auteur  précisera  la problématique, les objectifs ainsi que quelques références bibliographiques.  Les consignes de r rédaction  et  recommandations  aux  auteurs  sont  disponibles  sur  le  carnet  de  recherche  RadioGraphy : http://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/1185/files/2015/07/ICI.pdf

Les  propositions  sont  à  adresser au  plus  tard  le  15  décembre  2015 aux  trois  adresses suivantes :  etiennedamome@gmail.com ; sylviecapitant@rocketmail.com ; nozha.smati@univ-lille3.fr

Calendrier

15 décembre 2015 : soumission du résumé

15 janvier 2016 : Sélection des propositions et notifications aux auteurs

15 mars 2016 : remise des articles intégraux (entre 30000 et 35000 signes espaces, notes et

bibliographie compris)

Comité de lecture

ANTOINE Frédéric, Université Louvain-la-Neuve, Belgique

AMSIDDER Abderrahmane, Université IBN Zohr Agadir, Maroc

ASSOGBA Henri, Université de Laval, Canada

AW Rokaya Eugénie, CESTI, Sénégal.

BART Annie, Université Bordeaux Montaigne, France

CANDEL Etienne, Université Paris 4, France

DA LAGE Émilie, Université Lille 3, France

FAURÉ Laurent, Université de Montpellier, France

FRÈRE Marie-Soleil, Université de Bruxelles, Belgique

GAZI Angeliki, Université de Limassol, Chypre

GUAYBESS Tourya, Université de Lorraine, France

KIYINDOU Alain, Université Bordeaux Montaigne, France

MEYER Vincent, Université de Nice Sophia Antipolis, France

SANTOS SAINZ Maria, Université Bordeaux Montaigne, France

STARKEY Guy, Université de Sunderland, Royaume-Uni

ZAMIT Fredj, Université de la Manouba, Tunisie

Conseil scientifique

AMSIDDER Abderrahmane, Université IBN Zohr, Agadir

CHOUIKHA Larbi, Institut de presse et des Sciences de Tunisie

DE IULIO Simona, Laboratoire GERiiCO, Lille 3

DELEU Christophe, Université de Strasbourg

FRERE Marie-Soleil, Université Libre de Bruxelles

GAZI Angeliki, Université de Limassol, Chypre

GUMUCIO Alfonso, Université Mayor de San Andreas, La Paz

HENDRICKS John Allen, Austin State University, Texas-USA

HIZAOUI Abdelkarim, Institut de presse et des Sciences de l’information de Tunis

KIYINDOU  Alain, Université de Bordeaux Montaigne

MEYER Vincent, Université Nice Sophia Antipolis

OLLIVIER Bruno, Université des Antilles

PEÑAFIEL Carmen, Université de Bilbao

PIGNARD-CHEYNEL Nathalie, Université de Lorraine (Laboratoire CREM)

STARKEY Guy, Université de Bournemouth, Angleterre

 

Comité de lecture

ASSOGBA Henri, Université Laval, Canada

ARES DORO Raffaello, Université de Viterbe, Italie

BART Annie, Université de Bordeaux Montaigne

BÉLANGER Pierre C., Université d’Ottawa, Canada

BRETON André, Université du Québec à Montréal

CANDEL Etienne, Université Paris 4

DALAGE Emilie, Université Lille 3

EQUOY HUTIN Séverine, Université de Franche-Comté, Besançon

FAURÉ Laurent, Université Montpellier 3

GALLEGO Ignacio, Université Carlos III, Madrid

GLEVAREC Hervé, CNRS, LCP – Paris

GOMEZ MEJIA Gustavo, Université François Rabelais de Tours

GUAYBESS Tourya, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand

LEE Carolyne R., Université de Melbourne

MORELLI Pierre, Université de Lorraine

OLIVEIRA Madalena, Université de Braga, Portugal

PACHECO Cesar, Université Playa Ancha, Chili

PAREDES QUINTANA Ricardo, Universidad Central de Chile

PEDROIA Albino, Institut d’Études Politiques de Paris

RODERO Emma, Université Pompeu Fabra, Barcelone

SOURISCE Nicolas, Université François Rabelais de Tours

STACHYRA Grazyna, Université de Lublin, Pologne

VAILLANT Derek, Université de Ann Arbour, Michigan-USA

ZAMIT Fredj, Université de la Manouba, Tunisie

 

Comité éditorial

Directeur de la rédaction, ANTOINE Frédéric, Université Louvain-La-Neuve
Courriel : frederic.antoine@uclouvain.be 

Rédacteur en chefRICAUD Pascal, Université François Rabelais de Tours
Courriel : pascal.ricaud@univ-tours.fr

CAPITANT Sylvie, Université Panthéon-Sorbonne – Paris 1
Courriel : sylviecapitant@rocketmail.com

CHEVAL Jean-Jacques, Université de Bordeaux Montaigne
Courriel : jjcheval@msha.fr

DAMOME Etienne, Université de Bordeaux Montaigne
Courriel : etiennedamome@gmail.com

DONZELLE Béatrice, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
Courriel : beadonzelle@yahoo.fr

GKOUSKOU-GIANNAKO Pergia, Université de Nouvelle-Calédonie
Courriel : pergia.giannakou@gmail.com

GUGLIELMONE Isabel, Université de Compiègne
Courriel : isabel.guglielmone@orange.fr

POULAIN Sébastien, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 / UCO
Courriel : sebastien.poulain@hotmail.com

SMATI Nozha, Université de Lille 3
Courriel : nozha.smati@univ-lille3.fr